4/25/2018

Points aveugles

Climène, féministe, enseigne les études genre à l'Université de ..., dit la Lectrice. Dans un entretien au Journal*, elle déclare: "Le féminisme doit réfléchir sur ses propres points aveugles, en particulier au sujet de l'...phobie". Tout le monde sait plus ou moins quelle est la place de la femme dans l'... Les études à ce sujet ne manquent pas (Chahdortt Djavann, Anne-Marie Delcambre, etc.). Il serait donc logique que les féministes en viennent à réfléchir sur l'...philie (point aveugle, s'il en est: pas seulement, d'ailleurs, du féminisme). C'est ce que Climène devrait recommander. Non, c'est le contraire. Il faut, dit-elle, réfléchir sur l'...phobie. Elle parle d'aveuglement. Peut-on, à ce degré-là, s'aveugler ainsi soi-même sur la réalité? Peut-être, effectivement, ne la voit-elle pas, dit l'Avocate: elle est dans sa bulle. Ou alors la voit-elle. Mais cette réalité-là la gêne. Elle s'arrange donc pour ne pas la voir. C'est assez classique. Bref, non seulement elle n'éclaire aucun point aveugle, mais elle contribue à rendre plus aveugle encore un point qui l'est déjà beaucoup, dit la Lectrice. C'est quoi ce magma? Elle dit ce qu'elle croit (à juste titre, d'ailleurs) qu'on attend d'elle qu'elle dise, dit l'Avocate. Beaucoup de gens sont comme ça. Imagine un peu ce qui se passerait si elle s'écartait du droit chemin. Quel scandale. Dans ses livres, Zinoviev évoque les lois générales du comportement humain. Ce sont les lois générales du comportement humain.

* 18 avril.



4/14/2018

Se tâtent

Apparemment, ils se tâtent, dit l'Ecolière. Quelque chose me dit qu'ils ont peur. La dissuasion repose sur la peur, dit le Colonel. En l'occurrence, la peur est quelque chose qu'on peut comprendre. Quid, alors, de ce qui s'est passé aujourd'hui, dit l'Ecolière: comment l'interpréter? Tous leurs plans se sont effondrés, dit le Colonel. L'Etat ... qu'ils ont créé (et ont continué d'ailleurs, jusqu'à la fin, d'armer et de soutenir) n'existe plus. Les groupes ... à leur solde sont en pleine déroute. A un moment donné, ils se devaient de marquer leur mécontentement. Leur rage, si tu préfères. Et maintenant, dit l'Ecolière? Le postulat de base de la dissuasion, c'est que les acteurs politiques ne perdent pas tout sens rationnel, dit le Colonel. Si on le perd, on sort alors de la dissuasion. La dissuasion n'a plus cours. On entre dans autre chose. L'apocalypse, par exemple. Jusqu'ici, ils ont respecté certaines limites. Mais pour combien de temps encore les respecteront-ils? Il faut bien voir à qui l'on a affaire. La raison ne pèse que très peu au regard de l'instinct de mort. L'instinct de mort se décline, en l'espèce, comme affairisme, incurie, corruption, paresse, hypocrisie, inculture, absence totale de moralité, d'autres choses encore de ce genre. La haine qu'ils éprouvent à l'égard de leurs propres populations est par ailleurs notoire. A partir de là, tu conclus.



4/10/2018

Répéter l'opération

Il y a longtemps, en fait, qu'ils y pensent, dit le Colonel. Mais cette fois ils semblent déterminés.  Tu parles des Américains, dit l'Ecolière? Remontons à 1941, dit le Colonel. Pearl Harbour, ça te dit quelque chose? A l'époque, pour forcer le Japon à entrer en guerre, ils l'avaient soumis à un blocus. Ils essayent aujourd'hui de répéter l'opération. Les sanctions russes, c'est quoi? Or ils se heurtent à deux difficultés. D'une part, contrairement au Japon, la Russie est très largement autarcique. Les sanctions ne l'affectent donc que peu. Mais surtout, Poutine n'est pas Tojo: ça, c'est très ennuyeux. Dès lors, quelle alternative? Un Pearl Harbour à l'envers, peut-être. On va peut-être vers ça. Pourquoi les Américains veulent-ils la guerre, dit l'Ecolière? Je retourne la question, dit le Colonel: pourquoi voudraient-ils la paix? Regarde un peu l'état de leur monnaie, celui aussi de leur balance commerciale. La guerre résout bien des problèmes. Et les Européens, dit l'Ecolière? Pourquoi s'alignent-ils, comme ils le font, sur les Américains? Si tu parles des dirigeants, il n'y a là aucun mystère, dit le Colonel. Polanski a très bien décrit cela dans un de ses films. Quant aux populations elles-mêmes, elles pensent comme on leur demande de penser. C'est tout. Elles sont complètement anesthésiées. Mais je te l'accorde, c'est impressionnant. Jamais l'image des foules qu'on mène à l'abattoir n'aura été aussi appropriée.


4/08/2018

Nul ne l'ignore

A la radio*, tout à l'heure, ils ont une nouvelle fois dit tout le bien qu'ils pensaient de la Hongrie, dit l'Auditrice. Et plus particulièrement des médias hongrois. A les en croire, ces derniers n'auraient rien à envier à leurs homologues de Corée du nord. Ce serait même pire encore. Oui, car ils parlent de choses dont, en fait, personne ne devrait jamais parler: de la ... des ... Il est totalement inadmissible de parler de ces choses. Qui d'ailleurs, comme vous le savez, n'existent pas. Les ..., faut-il le rappeler, sont des personnes d'une très grande douceur. Leur culture d'origine les y prédispose, d'ailleurs. Ils n'ont jamais agressé personne. En plus, ils aiment beaucoup les Européens, leur civilisation, etc. Ces mêmes médias poussent la désinformation jusqu'à prétendre que des villes comme Paris et Berlin seraient aujourd'hui devenues, de leur fait, des endroits dangereux. Du pur délire, n'est-ce pas. Nos propres médias en apportent immédiatement, d'ailleurs, la démonstration. Leur est-il arrivé une seule fois, ces douze derniers mois, d'évoquer ces problèmes qui n'en sont pas? Il n'y a qu'en Hongrie, un peu peut-être aussi en Pologne, en Tchéquie et en Slovaquie, qu'on le fait. Mais ces pays ne sont justement pas des Etats libres (ce qu'est, en revanche, indiscutablement la France). Savent-ils seulement aussi ce que veut dire le mot probité (pour ne pas même articuler celui d'objectivité)?

* 8 avril, en soirée.

3/29/2018

Imaginez

Juste une chose, dit l'Ethnologue. Imaginez ce qui se passerait si un militaire, celui-là même ou un autre, laissait un message sur Internet pour dire, comme l'a fait un jour le président Poutine, que les ... devraient être poursuivis jusque dans les chiottes. Ou, mieux encore, passait à l'acte. En plus, en tirant la chaîne. Cela n'arrivera bien sûr jamais. Mais imaginez. Imaginez aussi les commentaires dans le Journal, à l'Emission, etc. La Russie nous pose un réel problème, dit l'Apparatchik. Il y a des limites à ne pas dépasser. On ne transige pas sur les valeurs. Nous devons nous montrer très fermes.



3/28/2018

Son arme

Cet homme jette son arme, lève les mains en l'air, très logiquement ensuite on l'égorge, après quoi l'Etat organise une cérémonie en son honneur, dit l'Ecolière. Je ne comprends pas. Qu'est ce que tu ne comprends pas, dit l'Avocate? Il a fait ce que l'Etat lui demandait de faire. Il est donc normal qu'on lui rende hommage. On lui demandait de se suicider, dit l'Ecolière? Tous les jours, si tu tends un peu l'oreille, on te dit de jeter ton arme, de lever les mains en l'air, dit l'Avocate. C'est même, aujourd'hui, devenu le discours dominant. Les bras en l'air, jette ton arme, on n'entend plus que ça: dans le Journal, à l'Emission, etc. Autrement dit, effectivement, suicide-toi. Ou des variantes : allez, dégage, ôte-toi de là, couche-toi, tais-toi, soumets-toi, etc. Si tu critiques tant soit peu ce qui précède, te voilà aussitôt mis en examen, invectivé, moqué, traîné dans la boue, etc. Donc oui: cet homme a fait ce qu'on lui demandait de faire. Il a aussi pris la place d'un otage, dit l'Apparatchik. C'est un acte de grande bravoure. Je ne parle pas de ça, dit l'Avocate. Bien sûr, c'est très courageux. Et alors? On pourrait aussi citer Soljénitsyne, dit le Visiteur: "Le christianisme est la foi des forts en esprit. Nous devons avoir le courage de voir le mal sur cette terre et de l'extirper"*. De l'extirper, pas de s'offrir soi-même en holocauste.

Le Premier cercle.







3/25/2018

Différence

Tiens, ils ont quand même fini par l'attraper, dit le Double. Quelle idée, aussi, d'aller se promener en Allemagne. Ignorait-il qui était Mme ...?  Ce qu'il y a d'intéressant, dans ce kidnapping, c'est la différence qu'il fait apparaître entre grands et petits pays, dit le Cuisinier. Dans les petits pays (Belgique, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Suisse), tu peux encore circuler sans trop de risques. L'habeas corpus y est, dans une certaine mesure encore, une réalité. Je dis dans une certaine mesure, car même dans ces pays relativement encore favorisés on ne sait jamais trop ce qui peut arriver. Eux-mêmes, ces pays, n'échappent pas à l'évolution générale: lois antiterroristes, juridictions assujetties, atteintes aux droits individuels, etc. Mais, enfin, toute trace d'Etat de droit ne s'y est pas encore complètement effacée. Les services spéciaux s'astreignent encore à une certaine retenue. Etc. Il en va différemment des grands pays: France, Espagne Allemagne. Personnellement j'évite d'y mettre trop souvent les pieds. En fait, je ne le fais plus. C'est beaucoup trop dangereux. On n'évoque que rarement cette ligne de fracture entre grands et petits pays en Europe. Mais elle est importante, aussi importante, sinon davantage encore, que celle, souvent évoquée, entre l'Est et l'Ouest du continent. Ces deux lignes de fracture ne se recoupent pas, mais objectivement parlant, parfois, se chevauchent, et un jour ou l'autre, effectivement, pourraient se recouper.



3/23/2018

D'actualité

Tiens, lis ça, dit l'Avocate. C'est d'actualité. "Il n'y a plus à réagir aux nouvelles du jour, mais à comprendre chaque information comme une opération dans un champ hostile de stratégies à déchiffrer, opération visant justement à susciter chez tel ou tel, tel ou tel type de réaction; et à tenir cette opération pour la véritable information contenue dans l'information apparente"*. Tu penses à cette mise en examen, dit l'Ecolière? Pas particulièrement, dit l'Avocate. Mais bon, on peut en parler, si tu veux. L'information apparente, c'est que la justice fait son travail. Soit, la justice fait son travail. Voyons maintenant l'information véritable. Rappelle-toi ce que le Visiteur disait il y a quelques mois. C'était juste après l'élection présidentielle. L'ère des princes-esclaves, aujourd'hui, est close, disait-il. On est entré dans une ère nouvelle, celle de l'administration directe (Direct Rule)**. Quel rapport, dit l'Ecolière? On n'a plus besoin aujourd'hui de valises de billets, dit l'Avocate. Tu exécutes les ordres, c'est tout. C'est pour ça qu'ils l'ont mis en examen, dit l'Ecolière? Ce qu'ils attendent de toi, c'est que tu t'adaptes, dit l'Avocate. Les juges en montrent l'exemple, ils se sont adaptés. Il n'y a pas de raison pour que tu ne t'adaptes pas toi aussi. Soit tu t'adaptes, soit ils te mettent en examen. L'information véritable, elle est là.

* Comité invisible, L'insurrection qui vient, La Fabrique, 2007, p. 83.
** Voir "En marche (2)", 4 mai 2017.

3/06/2018

Tel numéro

Tiens, regarde, dit l'Ecolière. On est vraiment en 1984. Je parle de ces affiches. Question bête: dans le roman d'Orwell, 1984, les personnages ont-ils conscience de l'être, en 1984 ? Tu dis qu'on est en 1984, dit l'Avocate. En fait, on est très au-delà. Les gens en ont-ils conscience? Tu donnes toi-même la réponse. De quoi les gens ont-ils aujourd'hui encore conscience? L'Etat incite à la délation, dit l'Ecolière. Appelez tel numéro, écrivez à telle adresse, etc. On n'avait plus vu cela depuis Vichy. N'exagérons rien, dit l'Avocate. L'Etat en a toujours appelé à la délation. Autrement, comment fonctionnerait-il? Simplement, à certaines époques, il se fait plus insistant. Juste un chiffre, dit l'Ecolière. Entre 1940 et 1944, les autorités d'occupation ont reçu plus d'un million de lettres de dénonciation. Ernst Jünger en parle dans son Journal. Il dit son écoeurement. Les gens, effectivement, hommes ou femmes, aiment bien dénoncer leur prochain, dit l'Avocate. C'est un vieux réflexe. Un million, dis-tu? C'était avant le numérique. On devrait, cette fois, facilement atteindre les dix, voire les cinquante millions. En somme, si l'on te suit, non seulement les gens n'ont pas conscience d'être entrés dans une nouvelle ère totalitaire, mais s'ils en avaient conscience, ils approuveraient ce qui se passe, dit l'Ecolière. Tu en doutes un seul instant, dit l'Avocate?



2/25/2018

Hyperbole

Laissons de côté les églises, qui vont disparaître*, pour nous recentrer sur l'Evangile, dit l'Ethnologue. Que dit-il du sexe? Le passage essentiel est Marc, chapitre 10. Ce chapitre traite de l'ancien et du neuf: qu'est-ce que l'Evangile apporte de nouveau, d'original, etc. Marc, chapitre 10, se construit sur deux grandes paroles: l'une relative au sexe, l'autre à l'argent. La première dit: "Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni"**. Et la seconde : "Ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel"***. Ce sont deux préceptes extrêmes. Faut-il les prendre au pied de la lettre? Encore une fois, Marc, chapitre 10, forme un tout. Autrement dit, ces deux paroles s'éclairent l'une l'autre. Si l'une est prise au pied de la lettre, l'autre aussi doit l'être. Et inversement. Personnellement, je pense que le second précepte ("Ce que tu as, vends-le, etc.") n'est pas à prendre au pied de la lettre. C'est juste une manière de dire: ne vous laissez pas asservir à l'argent. Prenez vos distances par rapport à ça. L'auteur recourt ici à une hyperbole. "L'hyperbole, dit La Bruyère, exprime au-delà de la vérité pour ramener l'esprit à la mieux connaître"****. C'est le cas en l'occurence. Ce précepte "exprime au-delà de la vérité pour ramener l'esprit à la mieux connaître". Il en va de même du premier précepte ("Ce que Dieu a uni", etc.). Divorcer ou ne pas divorcer, quelle importance. Ce qui compte, c'est le rapport au sexe. Ne pas en abuser. Garder ses distances. Comme pour l'argent.

* Voir "L'autel (1)", 27 Janvier 2018.
** 10, 9.
*** 10, 21.
**** Les Caractères, "Des Ouvrages de l'esprit", 55.

2/20/2018

Craquent

Pardonnez-moi, mais il enfonce des portes ouvertes, dit le Sceptique. Il dit* qu'on est dictature. Quelle grande nouvelle. Il nous en apprend des choses. Qu'on soit en dictature, tout le monde le sait très bien. Il évoque la non-séparation des pouvoirs entre le législatif et l'exécutif, le fait que le législatif se soit transformé en simple chambre d'enregistrement. Là encore, il dit des choses connues de tous. C'est ce qu'on observe en France, mais pas seulement. Voyez la Suisse, l'Allemagne, etc. Quant à la justice... Avez-vous déjà vu un juge désobéir aux ordres venus d'en haut? Le pouvoir exécutif est aussi séparé du pouvoir judiciaire qu'il ne l'est du pouvoir législatif. Il faut être bien naïf pour croire le contraire. Personne d'ailleurs ne le croit. Parlons maintenant des médias. Qui croit encore à l'indépendance des média: vous y croyez, vous? Lisez un peu le Journal, écoutez l'Emission. Elle est belle, leur indépendance. On pourrait développer si vous le voulez, mais je n'en vois pas vraiment la nécessité. Tenez, en revanche, ça tombe bien. Ce matin même, on a publié les statistiques des arrêts-maladie. Elles ont augmenté de 8 % par rapport à l'année précédente. Les gens n'en peuvent plus de travailler comme on les y contraint aujourd'hui. A ce rythme. Toujours plus de tâches en des temps toujours plus resserrés. Et donc ils craquent. C'est cela aussi, la dictature. Tout se tient, il est vrai.

* Laurent Wauquiez, le président des "Républicains".



2/08/2018

Juste un peu (3)

Voilà à quoi mène le complotisme, dit l'Activiste. On comprend mieux, en vous écoutant, les raisons qui ont pu conduire le président à créer ce nouveau délit: le délit de fabrication de fake news. J'ose espérer, comme il l'a promis, que les peines encourues seront suffisamment dissuasives. Si je puis me permettre, vous confondez avec le harcèlement de rue, dit l'Etudiante. Le président ne parlait pas des fake news, mais du harcèlement de rue. C'est à ce propos qu'il a dit que les peines encourues devaient être suffisamment dissuasives. C'est la même chose, dit l'Activiste. Vous serez d'accord, je pense, avec moi pour dire que les fake news sont une forme de harcèlement. L'inverse aussi, d'ailleurs. Bon, je m'emmêle un peu ici les pinceaux. C'est de votre faute. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Vous voulez rétablir la peine de mort, dit l'Etudiante? Nous avons une responsabilité à l'égard des jeunes générations, dit l'Activiste. On ne saurait les laisser lire ou avaler n'importe quoi. Cela pollue le débat démocratique. En principe, je suis contre. Mais il faut toujours prévoir des exceptions. Autrement, trente ans. La loi devrait également être rétroactive. Sans limite de prescription, bien entendu. La parole se libère, dit l'Ecolière.






2/07/2018

Juste un peu (2)

Ils sont dans le rôle, dit l'Ethnologue. Quoi là d'anormal. Cela remonte même à assez haut dans le temps: "Directement ou indirectement, les lois s'opposent toujours à la liberté du mouvoir, elles opposent le mû au mouvoir des personnes. Le mû, c'est l'essence construite du pouvoir sur l'autre; son ultime conséquence, c'est l'immobile, la mort infligée. La montée de l'Etat occidental, ce n'est que l'expansion de son étant contre tout existant, la production et la reproduction de son champ de stratagèmes, champ artificiel créé entre les pôles opposés du mouvoir et du mû, et qui aujourd'hui n'est plus seulement celui d'une armée, d'une police, d'une administration, mais celui de l'ensemble planétaire"*. On en est là aujourd'hui. On ferme aujourd'hui les jardins publics. Demain ce seront les forêts elles-mêmes qui seront interdites d'accès. Les montagnes. Cela a d'ailleurs déjà commencé. Faites un peu le compte de l'ensemble des endroits aujourd'hui interdits d'accès, pour une raison ou une autre (militaire, écologique, industrielle, sanitaire, etc.). A quoi, par ailleurs, croyez-vous que sert le loup archi-protégé, dont la présence est maintenant signalée à proximité immédiate de certaines zones habitées? Très certainement à encourager les gens à sortir de chez eux.

* Paul Virilio, L'insécurité du territoire, Galilée, 1993, p. 81.

2/06/2018

Juste un peu (1)

Tiens, dit le Collégien. Ils sont à nouveau en édition spéciale. La dernière fois, c'était à cause du décès d'une chanteuse des années 60. Un événement cosmique, n'est-ce pas. Aujourd'hui, c'est à cause de la neige. Je n'ai rien contre la neige, encore moins contre les années 60, mais certaines choses ne sont-elles pas plus importantes? Précisément, dit l'Avocate. Pendant que les gens pensent à la neige ou aux années 60, ils ne pensent pas au reste: aux petits chéris, par exemple. Ou encore à l'article 20 de la loi de programmation militaire de 2014, qui légalise l'espionnage généralisé. En fait, ils ne pensent pas. C'est ça le but: empêcher les gens de penser. Si, en effet, les gens se mettaient un peu à penser, juste un peu, les dirigeants auraient peut-être la tâche moins facile. On appelle ça un dérivatif. Autre chose encore. Tu as vu qu'ils insistent beaucoup, ces jours-ci, pour que les gens ne sortent pas de chez eux: "Restez chez vous, ne prenez pas de risques inutiles", etc. Ce ne sont encore que des conseils. Mais demain cela pourrait devenir des ordres. D'autres, avant moi, l'ont relevé: "Les responsables ferment d'ores et déjà tout jardin public, dès lors que le moindre coup de vent s'annonce qui pourrait faire tomber une branche sur la tête d'un malheureux... Cette dérive imbécile ne cesse d'enfler jour après jour. On peut donc être assuré que l'interdiction de sortie de chez soi est pour demain et non pas après-demain!"* Cette dérive n'a rien, en fait, d'imbécile. Elle est tout à fait pensée, délibérée.

*François de Bernard, L'Homme post-numérique, Yves Michel, 2015, p. 79.






1/28/2018

L'autel (2)

Tu viens de parler de l'union du trône et de l'autel, dit l'Ecolière. En fait, c'est ce que représente la photo: l'union du trône et de l'autel. On appelle ça, je crois, un déplacement métaphorique. Est-ce que je me trompe? Lequel des deux est le trône, dit le Collégien? Et lequel l'autel? Il n'y a qu'à leur demander, dit l'Ecolière. Bon, si l'on parlait d'autre chose, dit l'Avocate. Ces gens ne sont pas si intéressants que ça. Une métaphore, pardonne-moi, c'est toujours intéressant, dit l'Ecolière. Tu as raison, dit l'Avocate. En voici donc une autre: "Laisse les morts enterrer leurs morts"*.

* Luc, 9, 60.

1/27/2018

L'autel (1)

Regarde, dit le Collégien: c'est vraiment la fin*. Qu'est-ce qui se passe, dit l'Avocate? De quoi parles-tu? Ah, c'est cette photo?** C'est elle qui te choque? Qu'a-t-elle, en vérité, de si choquant, cette photo? Ils ont pris pour sujet les LGBT, après tout c'est leur droit. C'est aussi très à la mode, comme tu sais. Ils avaient besoin d'une photo, la voilà. Cela ne se fait plus depuis longtemps de publier de textes sans photo. Bon, c'est vrai, les gens tout nus ne sont jamais très beaux à voir. On les préfère, en règle générale, un peu habillés: juste un peu. Je te le concède. Même quand ils couchent ensemble. Surtout, en fait. En plus, l'illustration s'intitule "Crucifixion": on ne voit pas trop bien le rapport. Mais laisse. Si ça les amuse... C'est aussi une manière pour eux de se valoriser aux yeux des dirigeants, de leur dire: voyez, on est de votre bord (le bon), vous pouvez compter sur nous. On ne va quand même pas leur en faire grief. Il y a dix-sept siècles qu'ils fonctionnent ainsi, ce n'est pas aujourd'hui qu'ils vont changer. Autrefois on disait: l'union du trône et de l'autel. Ils perpétuent la tradition. Eadem sed aliter. Tu comprends un peu, je crois, le latin. Par ailleurs, tu l'auras remarqué, ils oeuvrent pour le bien commun. L'un des deux androïdes de sexe masculin représentés sur la photo est ..., l'autre ... Le premier, un anneau à l'oreille, enlace dans ses bras le second. Tu vois le message. C'est quand même un journal d'église, dit le Collégien. Le christianisme affirme la liberté de l'homme face à ses pulsions. Il défend l'abstinence, l'ascétisme***, etc. Que vont dire les fidèles? Rien, dit l'Avocate. Il n'y a plus de fidèles.

* Voir "C'est pas son truc", 7 novembre 2016.
** Réformés (Lausanne), février 2018, p. 10.
*** Emmanuel Todd, Où en sommes-nous? Une esquisse de l'histoire humaine, Seuil, 2017, p. 129.

1/23/2018

50/50

Vous connaissez le mot de Nietzsche, dit l'Avocate. "Que l'homme ait crainte de la femme lorsqu'elle hait: car l'homme n'est, au fond de son âme, que méchant: mais la femme est, au fond de la sienne, mauvaise"*. Et les violences faites aux femmes, dit la Poire? Vous oubliez les violences faites aux femmes. Ce matin même, à la radio, ils ont dit que les deux tiers des violences au sein du couple étaient imputables à l'homme**. Elargissons un peu la question, dit l'Avocate. Il est aujourd'hui acquis que beaucoup de femmes se disant victimes de viol ne disent pas la vérité. Aux Etats-Unis leur proportion serait de 40-45 %***. Je ne veux pas dire par là que toutes les femmes se disant victimes de violences au sein du couple inventent ce qu'elles racontent. Toutes, non. Mais si l'on raisonne par analogie, 40-45 % me semble un chiffre plausible. Ce chiffre en recoupe un autre, dit l'Etudiante: celui des fausses allégations de pédophilie lancées par des enfants, à l'instigation de leur mère, contre le père au moment du divorce. L'American Psychological Association les évalue à 50 %, "certains disent 75%"****. Cela se passe aux Etats-Unis, mais il n'y a pas de raison de penser que les gens mentent moins en Europe qu'aux Etats-Unis. Et donc, dit la Poire? Ce chiffre de deux tiers que vous citez est surévalué, dit l'Avocate. Le chiffre réel doit tourner autour de 50/50. C'est conforme à l'observation empirique, à ce qu'on sait par ailleurs de la nature humaine.

Ainsi parlait Zarathoustra, I, "De petites jeunes et de petites vieilles" (trad. Maurice de Gandillac).
** RTS, vers 8 h.
*** Alain de Benoist, Les Démons du bien, Pierre-Guillaume de Roux, 2013, p. 212.
**** Marcela Iacub et Patrice Maniglier, Antimanuel d'éducation sexuelle, Editions Bréal, 2005, p. 137.


1/09/2018

Dans le temps

En Europe, on est content de le constater, les libertés personnelles se portent plutôt bien, dit l'Avocate. Voyez les nouvelles lois allemandes sur les fake news, lois entrées en vigueur le 1er janvier. Les contrevenants s'exposent à des amendes pouvant atteindre plusieurs millions, voire dizaines de millions d'euros. L'arme absolue, quoi. Un certain nombre de sites ou pages d'Internet ont d'ores et déjà été fermés. D'aucuns évoquent la Stasi, l'ancienne police politique communiste en Allemagne de l'Est. Pourquoi, pendant qu'on y est, ne pas remonter un peu plus haut encore dans le temps? Pas trop haut non plus, quand même: juste un peu? On pourrait. On parle ici de l'Allemagne, mais la France n'est pas en reste. Là aussi, l'étau se resserre. Lors de ses récents voeux à la presse, le président a annoncé le prochain dépôt d'un projet de loi dans ce domaine. Après avoir supprimé l'Etat de droit en transférant l'ancien état d'urgence dans le droit ordinaire (c'est quand même plus confortable), le voilà donc qui enterre les derniers restes, en France, du droit à la liberté d'expression. On avait dit au printemps dernier* que la France était passée du régime du "prince-esclave" (d'une expression forgée, en 1941, par le P. Gaston Fessard à propos du régime de Vichy) à celui de l'administration directe (Direct Rule). Tout se déroule comme prévu.

* Voir "En marche (2)", 4 mai 2017.




1/01/2018

Toute cette harmonie

La musique fait parfois du bien à l'âme, dit l'Ethnologue. Autrement dit, procure du bonheur. En tout cas cette musique-là. Mais l'interprétation aussi compte. Il n'y a pas ici de chef, c'est le soliste lui-même qui tient ce rôle. La conduite d'orchestre naît ainsi de l'orchestre lui-même. On est en Norvège, ceci explique peut-être cela. Mais je dis des bêtises. La musique est une chose, la politique une autre. Toute cette harmonie, cette jubilation discrète. L'ardeur, à vrai dire la ferveur, que met chacun à jouer sa partition. L'attention bienveillante, parfois même admirative, portée à l'autre (au soliste en particulier). La joie dans certains regards. Certains échanges silencieux. L'amour se mêlant à tout cela. C'est de quoi parfois l'on rêve. Le bien commun comme symphonie. Une projection imaginaire, diront certains*. Soit. Mais cette vidéo nous en donne une image approchée. Dépêchez-vous donc de la voir**. Vous aurez ensuite envie de la revoir, et de la revoir encore. Mais trop c'est trop. Vous finirez par en avoir le sommeil troublé. Cela, il ne le faut pas. Que c'est beau. Quel génie aussi que le compositeur. Comment a-t-il fait pour écrire cette chose unique? Vous en aurez donc du bonheur, un bonheur qui ne guérit certes de rien, mais permet, momentanément au moins, sinon d'oublier, du moins de relativiser. On est au-delà.


* Voir "Trip to Asia", 2 novembre 2008.
** Joseph Haydn, Oboe Concerto in C major, Norwegian Chamber Orchestra, François Leleux. Sur Youtube.