12/31/2017

Sanglier

Regarde, dit l'Ecolière: ça se passe en ... Une femme renverse un animal avec sa voiture, en l'occurrence un sanglier. Elle se rend ensuite au poste de police pour signaler l'incident: la loi lui en fait l'obligation. Sauf qu'elle ne s'y rend pas tout de suite. Entre-temps, elle fait un crochet par chez elle. Les fonctionnaires le prennent mal. Vous êtes hors-délai, lui disent-ils: ça vous coûtera 700 euros. Elle refuse de payer. Vous ne voulez pas payer? Ce sera alors trois jours de prison. Ils veulent ensuite la fouiller: nouveau refus. Deux bonnes femmes se jettent alors sur elle pour la déshabiller de force. Puis ils l'encellulent. L'endroit est humide, elle y contracte une infection. Je ne savais pas que ces choses-là étaient possibles en ... Eh bien maintenant tu sais, dit l'Avocate. Bienvenue dans l'Etat de droit. Tout cela est normal. C'est le contraire qui surprendrait. Comment ça, normal, dit l'Ecolière. Je fais ce que la loi me dit de faire, et voilà comment on me traite. Justement, dit l'Avocate. Tu as peut-être tort de faire ce que la loi te dit de faire. On n'obéit à la loi que quand on ne peut pas faire autrement. Quand on peut faire autrement, ce qui en l'occurrence était le cas, on est très bête de ne pas faire autrement. Elle en paye le prix. Elle a déposé plainte, dit l'Ecolière: plainte pour mauvais traitements. Une, encore, qui croit à l'indépendance de la justice, dit l'Avocate. Ce n'est pas 700 euros qu'elle aura à payer, mais 7'000, peut-être même 70'000. Plus les frais.

12/25/2017

S'en émeuvent

La police politique, en France, a fait enlever les crèches de Noël installées en certaines mairies, dit l'Avocate. Certains s'en émeuvent, poussent de hauts cris, etc. A tort, selon moi, car cela reflète la réalité. L'actuelle société française (on pourrait en dire autant de la société allemande, suisse, italienne, etc.) n'est pas seulement post-chrétienne, mais bien anti-chrétienne. Le fait que les symboles chrétiens soient aujourd'hui proscrits de l'espace officiel me semble, dès lors, tout à fait logique et normal. La réalité s'affiche ici pour ce qu'elle est. Je préfère ça que le contraire. On sait à qui on a affaire. Elargissons maintenant le débat. C'est une banalité de dire que la fête de Noël a perdu aujourd'hui son caractère chrétien. La personne du Christ, en particulier, en est complètement absente. Dans une certaine mesure, heureusement. Car, autrement, que dirait-on? A juste titre, on citerait la phrase de Marx sur la religion, point d'honneur spirituel. Rendons cette justice au régime occidental qu'il ne s'avance pas ici masqué. Il ne joue pas la comédie. Pour une fois au moins, il n'est pas hypocrite. La phrase de Marx s'applique, en revanche, très bien aux églises établies, celles qui ressortent le petit Jésus au moment des fêtes, mais pour le reste, sur un certain nombre de sujets dits sensibles, tiennent le même discours exactement que l'Etat anti-chrétien, Etat qu'elles servent avec un zèle qui les honore (ce qui en soi n'est pas une nouveauté).






12/15/2017

Brassage

Autrefois c'était plus simple, dit l'Avocate. Les enfants étaient scolarisés à l'école du village, respectivement du quartier. Ils n'avaient que quelques pas à faire depuis chez eux pour rejoindre l'école. Leur empreinte carbone était indétectable. L'école du village ou du quartier a aujourd'hui disparu, le ramassage scolaire a pris le relais. Les enfants se lèvent avant l'aube pour prendre le car scolaire: car qui les mènera au chef-lieu du canton ou du département. Entre une demi-heure et une heure de trajet sur des routes souvent sinueuses et chaotiques. Le soir, même trajet, mais en sens inverse. Merci pour l'environnement. Les enfants intériorisent ainsi leur future condition d'androïde pendulaire, délocalisable à merci, dit l'Ethnologue. C'est bon pour l'économie. Il ne faut pas vivre dans l'entre-soi, dit la Poire. C'est très dangereux, l'entre-soi. Il faut que les gens bougent. Plus ils bougent, mieux c'est. On favorise ainsi l'ouverture, le brassage social. Parfois aussi il y a des accidents, dit l'Avocate. Hier par exemple: cinq morts à un passage à niveau, plus une dizaine de blessés graves. Le risque zéro n'existe pas, dit la Poire*.

* France Info, 14 décembre 2017, en soirée.

12/10/2017

Changements de société

Regarde, dit l'Auditrice: ça se passe à ... La directrice des écoles inaugure un "dispositif d'alerte et d'écoute" pour accueillir les victimes et les témoins de "comportements inappropriés". Elle motive sa démarche en disant qu'elle est soucieuse de prendre en compte les actuels "changements de société"*. Elle dit probablement la vérité, dit l'Etudiante. C'est très certainement ça, sa motivation. Elle ne se demande pas si ce qu'elle fait est bien ou mal. Elle le fait parce qu'elle ne voudrait pas qu'on vienne un jour lui reprocher de retarder sur les actuels "changements de société". Quand on est une femme politique (un homme aussi, d'ailleurs), ça ne pardonne pas. Le critère du bien et du mal, ce sont les "changements de société". Tu connais la phrase de Zinoviev, dit l'Auditrice: "Le mal des organes de répression n'est que la quintessence du bien répandu par les citoyens eux-mêmes"**. Les citoyens répandent le bien, certes, dit l'Etudiante. Mais il faut parfois les y pousser un peu. Juste un peu. Le mal, ce sont les comportements inappropriés, dit la Poire. Je ne vois pas ce qu'il y aurait de mal à dénoncer les comportements inappropriés. Rassurez-vous, dit l'Auditrice. La plupart des gens pensent comme vous.

* RTS, 9 décembre 2017, vers 18 heures.
** Le Communisme comme réalité, Julliard/L'Age d'Homme, 1981, p. 270.





Noyau

On fête aujourd'hui Noël, dit le Double*. En réalité, il y a trois fêtes de Noël. La première commence en octobre et s'étend sur environ deux mois. C'est la fête commerciale. On en a une illustration avec les marchés de Noël. Pour mesurer le degré d'appauvrissement (en même temps que d'abaissement) des populations européennes actuelles, il importe de s'y rendre au moins une fois: juste pour voir. Il y a ensuite le Noël, je ne dirais pas chrétien (assurément non), mais celui des églises établies, drainant, le jour même de Noël (ou la veille au soir), certains éléments des anciennes classes moyennes. Personnellement j'ai cessé depuis longtemps de m'y rendre, par allergie au discours opportuniste des églises et de leurs représentants. Je n'ai pas grand-chose en commun avec ces dignitaires alignés, qui par ailleurs interprètent très mal l'Evangile**. Reste une troisième manière de fêter Noël, la seule, à mon avis, fidèle, non compromissive. Elle s'est beaucoup développée ces dernières années, je la qualifierais de civilisationnelle. Je pense en particulier aux très nombreux concerts de musique ancienne ou baroque dans les églises (je parle ici des bâtiments). De vraies célébrations, en fait. C'est ce qui subsiste aujourd'hui du christianisme en Europe: les derniers vestiges, si l'on veut. Mais l'on pourrait aussi dire, le noyau dur.

* Texte publié une première fois le 25 décembre 2016.
** Voir "Suivent", 8 novembre 2016.