7/19/2017

De tout

C'est quoi la "direct rule"*, dit l'Ecolière? Quand le P. Gaston Fessard, en septembre 1942, a forgé  l'expression de Prince-esclave, il l'appliquait à Philippe Pétain, dit l'Avocate. Aujourd'hui, on citerait l'Invité, la Carpe, l'Anguille, la Vache, Mme ..., etc. Tous sont des Princes-esclaves. Ils font ce qu'on leur dit de faire. La "direct rule", c'est autre chose encore. Revenons-en encore à cette époque. Il y avait ce qu'on appelait la zone libre, et la zone occupée. C'est un peu pareil aujourd'hui. Il y a la zone libre et la zone occupée. D'un côté les Princes-esclaves, de l'autre les Gauleiter. Tu sais ce qu'est un Gauleiter, quand même? Maintenant oui, dit l'Ecolière. Ce qui est intéressant, c'est moins ces choses en elles-mêmes, zones occupées ou autres, que le fait que personne ne s'en émeuve, dit l'Avocate. Tu veux dire par là qu'elles viennent à leur heure, dit l'Ecolière? Qu'est-ce qui vient ou non à son heure, dit l'Avocate. Tu essayes d'abord, ensuite tu sais. Comme Erdogan, dit l'Ecolière? Un peu de logique, dit l'Avocate. Si tous les Gauleiter sont des dictateurs, tous les dictateurs, en revanche, ne sont pas des Gauleiter. Et à part ça, dit l'Ecolière? Marx dit une chose très juste, dit l'Avocate: à savoir que l'accroissement quantitatif (plus de répression, d'état d'urgence, d'espionnage intérieur, de censure, de propagande, de repentance, de précarité, d'..., de ..., de tout, en fait) se convertit à un moment donné en saut qualitatif. On vit ce moment-là aujourd'hui.

* Voir "En marche (2)", 4 mai 2017.  




 


7/10/2017

On doit ce respect

Ce qui est intéressant aussi, c'est l'attitude des gens, dit le Visiteur. Car elle évolue. On est moins aujourd'hui, comme autrefois, à dire: "On doit ce respect au pouvoir absolu, // de n'examiner rien quand un roi l'a voulu"*. Les gens n'en ont rien à faire aujourd'hui, du roi. Ils l'envoient assez volontiers promener. Enfin, certains. Mais jusqu'à il y a peu, c'était personne. Les gens se laissaient faire, acceptaient tout sans broncher. A la limite, même, en redemandaient. Les adeptes de la désobéissance civile, par exemple. Ils désobéissaient, certes, mais trouvaient ensuite tout à fait normal d'aller en prison. Oui bien sûr, M. le juge, merci M. le juge, vous avez complètement raison, M. le juge, etc. Ce type qui s'exile au Japon** n'est pas du tout dans la désobéissance civile. Ni davantage Assange. Ni Polanski. Eux n'acceptent rien. Ils disent au juge: tu veux me mettre en prison, ...? Viens me chercher. C'est relativement nouveau comme attitude. Jusque là, on respectait le roi. Le roi et le droit. La procédure. Qui respecte aujourd'hui encore le roi? Le roi et le droit (le droit, on sait ce qu'en vaut l'aune)? La procédure? Viens me chercher, le roi. La désobéissance se transmue ici en révolte. Ce n'est, il est vrai, encore qu'un début. Le commencement d'un début. L'amorce du commencement d'un début. Mais c'est déjà ça.

* Le Cid, I, 3.
** Voir 6/7/17.



7/07/2017

Les mêmes mots

C'est comme quand Mme ... écrit à ... pour lui reprocher de porter atteinte à l'indépendance de la justice, dit l'Auditrice. Je n'ai pas de sympathie particulière pour ce dictateur, qui est un vrai dictateur, un dictateur en l'acception pleine et entière du terme: féroce et sans état d'âme. Chacun sait par ailleurs le soutien actif qu'il a apporté et apporte encore à toutes sortes d'organisations ...-terroristes au Moyen-Orient et ailleurs. Mais quand il lui répond (à Mme ...) : Mme ..., s'il vous plaît, avant d'accuser les autres de ceci ou de cela, commencez par balayer un peu devant votre porte, oui la vôtre, juste un peu, il marque incontestablement un point. La justice est aussi indépendante en Allemagne qu'elle l'est en Turquie: aussi peu instrumentée, veux-je dire. En France, c'est presque mieux encore.  Et que dire des médias. Ce matin même, à la radio, j'entendais une sous-cheffe expliquer qu'en Turquie, la radio et la télévision étaient entièrement sous contrôle gouvernemental, et qu'il en allait de même, quoique à un degré moindre, des journaux. J'ai trouvé cela assez drôle, car les mêmes mots, très exactement, pourraient être repris pour caractériser la situation actuelle dans nos pays (France, Suisse, Allemagne, etc.). Seule et unique différence avec la Turquie: il y a encore en Turquie des journalistes assez courageux pour dénoncer une telle situation, alors qu'en France, en Suisse ou en Allemagne ils n'existent tout simplement plus.


7/06/2017

A la pelle

Effectivement, cela donne à penser, dit l'Ethnologue. Mais ce n'est pas le seul exemple. Dans le style, on est plutôt bien servi aujourd'hui. On ne reviendra pas ici sur l'affaire Polanski*. Cinquante ans ou presque après les faits, les Américains continuent à réclamer son extradition. C'est complètement dément, quand on y réfléchit. Ou encore l'affaire Assange: ce lanceur d'alerte réfugié depuis maintenant 5 (cinq) ans à l'ambassade équatorienne à Londres, avec des policiers tout autour pour veiller à ce qu'il ne mette pas le nez dehors, sans quoi on le coffre. Des histoires comme ça, on en a à la pelle. Tout récemment encore, en France, un autonomiste breton s'est fait condamner à six ans de prison pour délit d'opinion. Il est vrai qu'il avait récusé le juge. Plutôt que de purger sa peine, il a préféré s'exiler au Japon. Ou encore ces touristes qui se font arrêter dans les aéroports états-uniens parce qu'ils ont la mauvaise idée de commenter les questions auxquelles on leur demande de répondre (du genre: si vous venez aux Etats-Unis, est-ce dans le but d'y commettre un attentat?). En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils se retrouvent dans une prison HS, privés de tout contact avec l'extérieur. Au passage, on leur fait une injection (de quoi, on ne le leur dit pas). Les Américains passent leur temps à stigmatiser le régime nord-coréen, qui n'est certes pas beau à voir, mais sous plus d'un aspect, il faut le dire, leur propre régime à eux n'a rien à lui envier. En fait, c'est pareil.

* Voir 10/10 et 11/10 2009.


7/05/2017

Logiciel

A ton avis, pourquoi exhument-ils cette très ancienne histoire, dit l'Ecolière? Juste pour faire peur aux gens? Leur montrer qu'on ne les oublie pas? Qu'on les retrouvera toujours? En plus, comme tu le vois, ils ne lésinent pas sur les moyens. En heures de travail, je ne sais pas combien ça fait: au bas mot plusieurs milliers (voire dizaines de milliers). Alors même, en permanence, qu'ils se plaignent de manquer de tout*. Les pauvres. On voit aujourd'hui où sont les priorités. Ecris à la Cour des comptes, dit l'Avocate. Elle se fendra peut-être d'un rapport. Et donc, 32 ans après les faits, ils interrogent les gens sur leur emploi du temps, dit l'Ecolière. Vous faisiez quoi tel jour à telle heure? Et la veille, il y a 32 ans? L'avant-veille? Tu trouves cela normal? Ils ont un logiciel, dit l'Avocate. Mais ne savent pas encore très bien s'en servir. Ceci explique peut-être cela. Il y a un mode d'emploi, mais il est écrit en anglais. Un logiciel pour quoi faire, dit l'Ecolière? Pour savoir, justement, quoi faire, dit l'Avocate. Et après, dit l'Ecolière? Cette histoire leur sert de laboratoire, dit l'Avocate. Ils apprennent. Si l'expérience s'avère concluante, ils l'élargiront ensuite à d'autres domaines. C'est en lien avec l'état d'urgence, dit l'Ecolière? Tiens, je n'y avais pas pensé, dit l'Avocate. Des gens font des malaises, dit l'Ecolière. On doit les transporter à l'hôpital. D'autres encore se suicident. Ca aussi, ça fait partie de l'expérience, dit l'Avocate.

* Le Figaro, 5 juillet 2017, p. 10.