6/13/2017

28 %

Dis, Maman, dit l'Ecolière, tu m'expliques comment un parti plafonnant à 28 % des votants (13 % des inscrits)* se retrouve au final avec 80 % des sièges à l'Assemblée? C'est ça, la démocratie? La France n'est plus depuis longtemps une démocratie, dit l'Avocate. Si le mot dictature te fait peur, on peut en choisir un autre: Etat total, par exemple. L'Etat total est plus que simplement l'Etat policier. L'Etat policier se caractérise par le fait qu'il ne tolère aucune opposition. Il fait donc la chasse aux opposants (au besoin même, comme on le voit aujourd'hui, en instrumentant la justice). Mais l'Etat total nous fait franchir un pas de plus. L'Etat total ne se contente pas de faire la chasse aux opposants: il vise à l'établissement d'un contrôle total. Autrement dit, il veut tout voir, tout savoir. Tout voir, tout savoir, c'est ce dont ont toujours rêvé certains dirigeants. Sauf, désormais, que grâce aux NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication) ce rêve est devenu réalité. Les services spéciaux peuvent effectivement, aujourd'hui, tout voir, tout savoir. Ou presque. Ils s'en sont même récemment donné le droit (avec les lois antiterroristes). Une comparaison s'impose ici avec le communisme. L'Etat communiste était, certes, policier, mais non exactement total. Il contrôlait beaucoup de choses, mais pas tout. Ce qui, d'ailleurs, l'angoissait passablement. Relis Soljénitsyne. Le reste est anecdotique. Cette assemblée ne représente bien sûr qu'elle-même. C'est un simple pouvoir de fait, elle n'a aucune légitimité.

* Le Figaro, 13 juin 2017, p. 2.


6/04/2017

Elites

Tiens, écoute, dit l'Avocate. On est en 1942. Juste cette phrase: "Car c'est une révolution, la plus grande de son histoire, que la France, trahie par ses élites dirigeantes et ses privilégiés, a commencé d'accomplir"*. Intéressant, non? C'est un discours de de Gaulle. Evidemment, 75 ans plus tard, cela ne nous parle plus tellement. "La France, trahie par ses élites dirigeantes et ses privilégiés": qu'est-ce que ce charabia? Et la révolution, dit le Collégien: imagine-t-on seulement aujourd'hui les gens faire la révolution? C'est vrai, dit l'Avocate. Qui se hasarderait seulement à en parler? C'est pourtant bien ce que tu fais, dit le Collégien. C'est vrai encore, dit l'Avocate. Mais en même temps tu as raison: ce qu'il faudrait faire, on ne peut pas le faire. Alors pourquoi en parler, dit le Collégien? Il est important de savoir ce qu'il faudrait faire, dit l'Avocate. Mais on ne peut pas le faire, dit le Collégien. Les deux choses sont importantes, dit l'Avocate: savoir ce qu'il faudrait faire, d'une part, qu'on ne peut pas le faire de l'autre. Bref, on ne peut rien faire, dit le Collégien. On est à l'époque de Néron, dit l'Avocate. Que faisait-on à l'époque de Néron? On se repliait sur la sphère privée. Fais la même chose. Replie-toi sur la sphère privée. Pense à toi d'abord: à toi et à ta santé. Ecoute les conseils du Colonel. Lis, promène-toi. Pour l'instant au moins, il n'y a rien d'autre à faire.

* Discours du 1er avril 1942, à Londres.