1/31/2017

Pas populaire

Bon, dit l'Auditrice: si le Journal disparaît, il y aura encore l'Emission. C'est un service public. Elle, au moins, ne fera pas faillite. Enfin, en principe. Jusqu'à preuve du contraire. Tiens, puisqu'on en parle. C'était aujourd'hui même, vers midi. Une de leurs sous-cheffes, je ne sais plus à propos de quoi, s'est référé au "retour des populismes". On avait comme l'impression, mais je me trompe peut-être, qu'elle n'aimait pas trop le populisme. Juste une impression. Or, quelques minutes à peine plus tard, évoquant la politique anti-... du nouveau président états-unien, politique, faut-il le préciser, dont elle pense le plus grand bien, la même personne a dit que cette politique n'était "pas populaire". Joli, non? On croit que propagandiste est un métier facile, dit l'Etudiante. Erreur. Cela exige au contraire de longues études. Un grand contrôle de soi également. Populisme est péjoratif, populaire, à l'inverse, mélioratif, dit l'Ecolière. Ceci explique peut-être cela. Soit, dit l'Auditrice. Mais le mot peuple, lui, il est quoi: péjoratif ou mélioratif? Cela dépend, dit le Logicien. S'il vote et/ou pense correctement, mélioratif, autrement évidemment non: péjoratif. C'est une nouvelle logique, dit l'Auditrice? Oui tout à fait, dit le Logicien. L'enseignement en a récemment été rendu obligatoire. On dépasse ici le principe de non-contradiction.




1/25/2017

Plaie

C'est un vrai souci, dit l'Etudiante. Ils n'arrivent toujours pas, deux cent ans ou presque après leur fondation, à équilibrer leurs comptes. Oui, je parle du Journal. Notre petite pravda locale, si tu préfères. Beaucoup voudraient maintenant que l'Etat leur vienne en aide. L'Etat les aide déjà beaucoup, mais cela reste insuffisant. Mesures-tu bien le vide qu'ils laisseraient si, d'aventure, ils disparaissaient? Oui, tout à fait, dit l'Auditrice. Il y a une dizaine de jours encore, ils publiaient trois pages sur le sort, il est vrai peu enviable, des ..., une minorité ... en Birmanie: trois pages sur les sept que compte ledit Journal (en oubliant l'économie, les cours de la bourse, ce qu'ils appellent la culture, et la publicité). L'éditorial en première page était intitulé : "Aung San Suu Kyi, tel Pie XII"*. Autrement dit, le sort actuel des ... serait comparable à celui des Juifs européens au cours de la Seconde Guerre mondiale. L'...phobie est une plaie, dit la Poire. Il faut la combattre avec vigueur. Ils participent courageusement à ce combat civilisationnel. D'autant que leurs pages sont généralement équilibrées, dit l'Auditrice. On ne saurait dire le contraire. S'ils consacrent trois pages au sort des ... en Birmanie, ils parlent aussi beaucoup, comme vous le savez, de celui des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient. C'est un journal de qualité, dit la Poire. La qualité, forcément, a un prix.

* 6 janvier 2017.






1/14/2017

Très vite

Très vite après son élection, Trump a déclaré qu'il souhaitait mettre un terme aux guerres secrètes de la CIA, dit le Cuisinier. C'est vraiment bizarre comme demande. D'abord, est-on bien sûr que de telles guerres existent? Il faut se méfier des fausses rumeurs. Que n'a-t-on raconté, il y a une dizaine d'années, sur le rôle de la CIA dans l'apparition du djihad en Europe*? Ou encore, sur l'implication de cette même agence dans le trafic de drogue**? On ne prête, il est vrai, qu'aux riches. Mais il n'en faut pas moins garder son sang-froid. Ensuite, il prend des risques. Pensez à ce qui est arrivé, il y a une cinquantaine d'années, au président Kennedy. Lui aussi, à ce qu'il semble, voulait mettre un terme aux guerres secrètes de la CIA. Il y a là une leçon à méditer. Sauf (et c'est la grande nouveauté) que Trump n'est pas seul dans sa démarche: il est soutenu par les militaires. Plusieurs d'entre eux, et non des moindres, ont été promus à des postes-clés au sein de la nouvelle administration (dont celui de directeur du renseignement). Les militaires affirment ici leur prééminence. Qui de l'armée ou de la police secrète d'Etat finira par l'emporter dans ce bras de fer hors du commun, il est bien sûr encore trop tôt pour le dire. L'oligarchie retient son souffle.

* Jürgen Elsässer, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.
** Alfred Mc Coy, La politique de l'héroïne (l'implication de la CIA dans le trafic de drogue), Editions du Lézard, 1999.






1/08/2017

Déchetterie

Juste ceci*, dit l'Etudiante : pour cause de grippe aviaire, les autorités françaises ont décidé de tuer un million de canards: un million. Cette civilisation est devenue folle. La grippe aviaire, on sait bien quelle en est la cause: c'est l'élevage industriel, et derrière lui tout ce qui en favorise le développement (l'irrésistible développement, en fait) : l'OMC, l'Europe de Bruxelles, les 40 tonnes en colonnes par quatre sur les autoroutes, etc. En voilà la cause. Aujourd'hui, ils tuent les animaux, demain ils tueront les humains. Ils ont d'ailleurs déjà commencé à le faire. Leur seul et unique souci (mais qui tourne aujourd'hui à l'obsession): produire toujours plus au moindre coût. L'argent, autrement dit. Or, comme chacun sait, ce qu'ils produisent est aussi de moins en moins bonne qualité. C'est du bric-à-brac, du déjà-jetable. Ca dure six mois, ensuite, très vite, ça part à la déchetterie: comme, justement, ce million de pauvres bêtes sacrifiées en holocauste (le mot vous indigne? allez, indignez-vous. Jetez-moi en prison). D'un côté, donc, la grippe aviaire, de l'autre la malbouffe, le stress au travail, le burnout, etc. Tout cela se tient, la boucle est bouclée. Pour rejoindre les plantes vertes de votre open space au quotidien, ce sera trois heures de train aller et trois heures retour. Et la multiplication des cancers. Et les droits de l'homme, de la femme, des singes, des robots maintenant. Quelle apogée.

* France Inter.