10/13/2017

Subite

Décris-la moi un peu, cette vidéo, dit l'Ethnologue. Je ne l'ai pas vue. Que montre-t-elle? L'agresseur est un adulte, dit l'Etudiante. Assez baraqué. La victime, un jeune de 15-16 ans, l'air plutôt frêle. L'agression est subite. Le jeune ne l'a manifestement pas vue venir. Normalement, que fait-on quand on voit venir quelque chose? On crée de l'espace (pour les pieds). On s'écarte. On veille, en tout état de cause, à se mettre hors de portée des mains de l'agresseur. Ici, rien de tel. A l'évidence, le jeune a été pris par surprise. A ton avis, pourquoi, dit l'Ethnologue? Pourquoi ne s'est-il ainsi méfié de rien? Je te donne mon sentiment, dit l'Etudiante: parce qu'il a trop intériorisé la marmelade officielle: tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et le reste. Les médias officiels racontent beaucoup de choses dans ce domaine. On y croit ou on n'y croit pas. Lui, apparemment, y croyait. C'est sans doute ça, l'explication. Le pauvre. Quoi d'autre encore, dit l'Ethnologue? On vient de le dire, le jeune a été pris par surprise, dit l'Etudiante. Mais il aurait pu au moins se défendre. Or il ne le fait pas. Aucun geste, ne serait-ce qu'esquissé, de défense. Il est complètement passif. Peut-être était-il tétanisé, je ne sais pas. Mais une autre explication encore est possible: la peur des autorités. S'il s'était défendu ou seulement même débattu, il aurait eu affaire aux autorités. Il a donc préféré ne pas se défendre. Autrement dit mourir. Car il aurait très bien pu mourir.

10/12/2017

Sénèque

Tenez regardez, dit le Cuisinier: ça se passe sur un quai de gare. Lui, c'est un petit chéri. A vue de nez, comme ça, 25-30 ans. Il saisit sa victime à la gorge, un jeune avec une sacoche, le pousse gentiment devant lui. Puis, subitement, lui fait une prise. Le type vole en l'air, avant de s'écraser au sol. Il essaye de se relever, mais le petit chéri l'en empêche. D'autres petits chéris assistent à la scène. Voilà, on peut recommencer si vous voulez. Ces images sont disponibles. Elles tournent en boucle, maintenant, sur le net. Vous dire la joie qu'en éprouvent les autorités est inexprimable. N'est-ce pas Sénèque* qui disait que les hommes en croient plus leurs yeux que leurs oreilles, dit l'Etudiante? Je comprends l'angoisse des dirigeants. Ce qu'il faudrait savoir, c'est qui a tourné la vidéo, dit le Cuisinier. Pour l'instant encore, mystère. Quelqu'un, en tout cas, était là au mauvais moment. On peut émettre une hypothèse, dit l'Avocate: très probablement la police. Dans une gare il y a toujours une présence policière. La police était présente, mais elle n'est pas intervenue. On ne touche pas aux petits chéris. En revanche elle a tout filmé. Je n'ai aucune preuve de ce que j'avance. Mais c'est ce que je pense. Soit, dit le Cuisinier. Mais pourquoi la police a-t-elle ainsi laissé fuiter la vidéo? C'est peut-être une initiative individuelle, dit l'Avocate. Quelqu'un qui en a marre.

* Lettres à Lucilius, 6, 6.



10/11/2017

Rien à voir

Ils parlaient ce matin même de la Hongrie, dit l'Auditrice. Un pays qu'ils aiment bien, comme chacun sait. Surtout depuis qu'il s'est refusé, il y a deux ans, à appliquer les directives européennes en matière ... Ils reprochent également au premier ministre Orban d'avoir établi un lien entre lesdites directives et le terrorisme. Il n'y a bien sûr aucun lien. Bref, disaient-ils, les médias hongrois se livrent à une "propagande à la Goebbels"*. Eux-mêmes, bien évidemment, n'ont rien à voir avec Goebbels. N'est-ce pas Goebbels qui disait que "plus le mensonge est gros, et plus le peuple le croira", dit la Poire? C'est évidemment faux comme formule. Si vous le pensez, dit l'Auditrice. C'est vrai ou faux, dit l'Ecolière? C'est sans importance, dit l'Auditrice. Je ne comprends pas, dit l'Ecolière. Comme tu le sais, les médias officiels sont très largement aujourd'hui discrédités, dit l'Auditrice. Personne ne croit plus à ce qu'ils racontent. Eux-mêmes d'ailleurs le savent: ils savent très bien qu'on ne les croit plus. Dans ce domaine-là, en particulier, mais pas seulement. Mais ils s'en moquent. Ils ne cherchent pas vraiment à ce qu'on les croie. Ce qu'ils veulent, c'est qu'on les craigne. Et ça, ça marche.

* France Info, vers 6 h 15.

10/06/2017

Sensibles

On parle de ratés, de dysfonctionnements, dit le Visiteur. Il n'y a bien sûr aucun raté. Le système fonctionne au contraire très bien. Il n'a même jamais mieux fonctionné. Je ne dis pas qu'ils sont très heureux de ce qui se passe. Certains oui, il ne faut pas en douter. Mais ce n'est pas la majorité. La plupart sont comme vous et moi. Ce sont des êtres sensibles. Ils n'aiment pas trop le sang versé, surtout comme ça. Ce n'est pas leur culture, ils n'ont pas été éduqués à ça. Mais ils se sont fixés des objectifs, vont dans une certaine direction. Ils pourraient très bien dire: c'est trop cher payé. On ne peut pas. Sauf, justement, qu'ils ne le disent pas. C'est le prix à payer, on paye. Prenons le problème à l'envers. Mettons (simple supposition) que vous vous disiez un jour: je vais combattre le terrorisme. Cela n'arrivera bien sûr jamais, mais imaginons. Vous vous dites: tous ces meurtres anti-..., anti-..., anti-..., trop c'est trop. Stop, on arrête. Vous prenez cette décision. Admettons. Si vous la prenez, il n'y a pas trente-six solutions. Vous savez ce que vous avez à faire. Si vous ne le faites pas, c'est que vous ne voulez, en fait, pas combattre le terrorisme. Vous dites que vous le voulez, en fait non: vous ne le voulez pas. Vous ne faites que semblant. Vos lois anti-terroristes, par exemple. On retombe dès lors sur le cas de figure précédent. Vous me suivez?

10/03/2017

En bref

Tiens regarde, dit l'Avocate. C'est le Figaro d'aujourd'hui*. Il n'y a rien qui te frappe? Pas vraiment, dit le Collégien. Tourne un peu les pages, dit l'Avocate. Voyons ça, dit le Collégien. Pages 2 à 4, "ISF: Macron pressé de lâcher du lest par sa majorité". Deux pages entières. Page 5: Las Vegas. Page 6: la Catalogne. Page 8: politique anglaise. Page 9: "Coup de semonce contre l'homéopathie". Ah oui, page 10: "Clandestin et délinquant multirécidiviste, le tueur de Marseille n'a jamais été inquiété". C'est vrai, ça vient tout à la fin. Page 10! Tu connais leur grand souci, dit l'Avocate: "apprendre à vivre avec le terrorisme". Eh bien voilà. C'est une aide à l'apprentissage. Autre chose encore? Peut-être, dit le Collégien. Tout en bas de la page, à droite, il y a une rubrique intitulée "En bref". Les faits divers, je pense. En l'occurrence, deux: une histoire d'euthanasie, d'une part, d'incendie criminel de l'autre. Cette scène à Marseille est donc présentée comme un fait divers. Juste, dit l'Avocate. Le vocabulaire utilisé le prouve aussi: "Le tueur de Marseille". La routine, quoi. Des tueurs comme ça, on en croise tous les jours. En page 10 du Figaro, par exemple. Sauf que ce type n'est pas simplement un tueur. C'est un égorgeur. A aucun moment, l'article ne dit qu'une des deux filles a été égorgée. S'il l'avait dit, l'effet de banalisation aurait été annulé**. Il ne l'a donc pas dit.

* 3 octobre 2017.
** Cf. Anne-Marie Delcambre, L'Islam des interdits, Desclée de Brouwer, p. 65-66.





9/30/2017

D'où l'intérêt

D'où l'intérêt qu'il y a à bien distinguer entre les églises, d'une part, le christianisme de l'autre, dit l'Ethnologue. On identifie volontiers les deux choses, ce sont en fait deux choses très différentes. Elles existent aussi très bien l'une sans l'autre. On peut effectivement penser que les églises disparaîtront un jour. C'est même tout à fait probable. Elles paieront ainsi le prix de leurs compromissions sans nombre, aussi bien passées que présentes. Mais le christianisme lui-même ne devrait pas trop en pâtir. Car, désormais, il vit de sa vie propre. Il y a longtemps, en fait, que le christianisme s'est émancipé des églises. Cela s'est fait progressivement, avec quelques moments forts, il est vrai: l'humanisme (Erasme), la musique italienne et allemande aux XVIIe et XVIIIe siècle, les Lumières, etc. L'histoire du christianisme s'est depuis lors très largement fondue en celle de la civilisation chrétienne: civilisation, me semble-t-il, toujours bien vivante, y compris hors d'Europe (Chine, Corée, Japon). Tout ce que je dis ici, les gens d'en face le savent très bien. C'est la civilisation chrétienne qui les gêne, en aucune manière les églises (avec lesquelles, comme chacun le voit bien, ils entretiennent les meilleurs rapports). Ils ne combattent, en fait, pas les églises: pourquoi les combattraient-ils? Non seulement elles ne leur sont en rien hostiles, mais elles ne cessent, en toute occasion, de leur faire des sourires. La civilisation chrétienne, en revanche, oui. Avec elle, ils en ont bien conscience, aucun compromis ne sera jamais possible. Ce sera elle ou eux.


9/29/2017

Machiavel

L'église catholique n'est pas en reste, dit l'Auditrice. Vous avez vu les dernières déclarations du pape ? Le Figaro les résume en disant qu'il "entend rendre légale l'... illégale"*. En fait, la "protéger" (sous-titre du journal). Pour cela il propose 21 mesures: 21 mesures, qui vont du "regroupement familial" à "l'offre de citoyenneté", en passant par l'ouverture de "comptes bancaires", "l'assistance sanitaire nationale", "des systèmes de pension", la "liberté de profession et de pratique religieuse" (de la charia?), le maintien de l'"identité culturelle", etc. En contre-partie, le pape critique le "soi-disant devoir moral de conserver l'identité culturelle et religieuse d'origine" des Européens**. Les ... ont donc droit au maintien de leur identité culturelle, non en revanche les Européens. Mme ... elle-même, cette ... accomplie, n'était jamais allée aussi loin. Le siège pontifical a toujours été un ennemi des libertés européennes, dit l'Avocate. Machiavel le lui reprochait déjà, toute l'histoire de la papauté le confirme. On l'a bien vu encore au XXe siècle. Je n'entre pas dans les détails. Mais on franchit ici un pas supplémentaire. Le pape dit ici très clairement qu'il veut la mort de l'Europe. Sauf que lui-même, en l'occurrence, joue gros, dit le Double. Il est tout à fait possible que le pape actuel soit le dernier pape. Ce serait plutôt une bonne nouvelle, dit l'Etudiante. Je ne dis pas le contraire, dit le Double. Et l'éthicien, dit le Collégien: ce sera aussi le dernier? Hélas non, dit l'Avocate. L'espèce en est très prolifique.

Le Figaro, 23 août 2017, p. 9.
** Le Figaro, 29 septembre 2017, p. 21.


9/06/2017

Contribuer à

Les églises protestantes, en ..., se vident inexorablement, mais il existe encore des facultés de théologie, dit l'Etudiante. L'une d'elles propose dès ce mois-ci une formation continue aux futurs imams du pays. Je dis bien: imams. Certains se demanderont si c'est bien le rôle d'une faculté de théologie protestante que de contribuer à l'islamisation en cours de l'Europe. La réponse est claire: oui, tout à fait, tel est bien son rôle. Le responsable du programme, un professeur d'éthique, le confirme: "Notre rôle à l'université n'est pas du tout de plaider pour le christianisme"*. Il dit la réalité. Et de poursuivre: "A peu près toutes les sciences ainsi que la philosophie nous ont été transmises par les musulmans". C'est historiquement faux, mais chacun sait qu'il serait particulièrement risqué, aujourd'hui, de soutenir le contraire. "Intégrer cette religion à l'université est la meilleure manière de penser sa complexité", dit-il encore. Sa complexité. On s'accorde, en règle générale, à considérer qu'une des raisons, et non des moindres, de l'attrait qu'exerce aujourd'hui l'islam sur certaines catégories d'individus est justement, au contraire, son extrême simplicité. C'est le christianisme qui est complexe, assurément pas l'islam. On pourrait se demander d'ailleurs si l'islam est bien une "religion". Ou seulement même une civilisation**. Certains en doutent. Le christianisme est une religion (et une civilisation). Le judaïsme en est une aussi. Le bouddhisme. Mais l'islam? L'islam est d'abord un système de contrainte (charia), système incluant un rapport particulier au sang versé (djihad). Accessoirement aussi, peut-être, une idéologie (au sens, alors, arendtien: l'idéologie comme logique de l'idée). Le sentiment qu'il inspire est très normalement et légitimement la peur. Mais cela peut aussi être l'envoûtement, l'hypnose, un irrésistible désir de soumission, en fait de collaboration. C'est ce qu'on découvre en l'occurrence.

* Réformés (Lausanne), septembre 2017, p. 23. Cf. aussi Slobodan Despot, "Soumission à la genevoise", Antipresse, No 92 (sur Internet).
** Cf. Régis Debray, Civilisation: Comment nous sommes devenus américains, Gallimard, 2017, pp. 156-165.






9/05/2017

Approche

On parle beaucoup ces jours-ci des ..., dit l'Auditrice. C'est une campagne très orchestrée. Comme d'habitude, l'information est à sens unique. Seuls les petits chéris ont droit à la parole. A aucun moment on ne prend seulement la peine d'exposer le point de vue des gens d'en face, en particulier du gouvernement ...: lequel, en cette affaire, est quand même soutenu par la Chine, l'Inde et la Russie. Des ONG spécialisées font monter encore la mayonnaise. Les pires persécutions depuis la Deuxième Guerre mondiale, claironnent-elles en choeur. Se non è vero... Revenons à la réalité. On voit que le gouvernement français vient de construire un joli petit muret tout autour de la Tour Eiffel. Des murets de ce genre, il y en aura bientôt un peu partout en France, comme aussi en Angleterre, en Belgique, etc. On veut ainsi empêcher les djihadistes de causer trop de morts sur les trottoirs, quand ils en viennent, sans le faire exprès, bien sûr, à les emprunter avec des camions volés. Cela ne les empêchera pas, il est vrai, d'en causer d'autres ailleurs. Mais chaque chose en son temps, n'est-ce pas. Pour l'heure, les gens suivent docilement les consignes des dirigeants, leur recommandant d'apprendre à vivre avec le terrorisme. Ils apprennent donc, témoignant même, en la matière, d'étonnantes dispositions. En d'autres pays (Inde, Birmanie, Chine, Russie, etc.), on a une approche différente des problèmes. C'est tout.



9/04/2017

A quoi servent

Regarde, dit l'Ecolière. Le dictateur Erdogan vient de faire arrêter en Espagne un de ses opposants, l'écrivain allemand d'origine turc Dogan Akhanti. Il figurait sur une "liste rouge"* d'Interpol. Un mandat d'arrêt international avait été lancé contre lui. On voit, par parenthèse, à quoi servent ces pseudo-organisations de lutte contre la criminalité, en réalité d'aide et de soutien aux pouvoirs en place, en particulier quand ils emprisonnent leurs opposants, accessoirement aussi soutiennent le terrorisme**. Tu ne savais pas que s'opposer au dictateur Erdogan était un crime, dit l'Avocate? Ca, oui, je le savais, dit l'Ecolière. Mais ce que je ne savais pas, c'est que ce savoir-là était à ce point partagé. C'est chose déjà ancienne, dit l'Avocate. En 2013 déjà, Erdogan avait fait arrêter et coffrer en Italie un militant belge des droits de l'homme. Ledit militant s'était permis de traiter de menteur un ministre turc de passage au Parlement de Strasbourg. Là encore, Interpol avait servi de relais***. J'ai peine à suivre, dit l'Ecolière. Je suis citoyen belge, je critique en France le dictateur Erdogan, en plus je dis la vérité, et Erdogan peut me faire incarcérer en Italie? Oui tout à fait, dit l'Avocate. Mais cela doit se faire dans les formes. C'est ce qu'on appelle l'Etat de droit. Il faut respecter les procédures, mettre les signatures au bon endroit, etc. Après quoi tout est permis. L'Etat turc, par exemple, est un Etat de droit. Il n'y a aucune hésitation à avoir à ce sujet.

* Le Temps (Lausanne), 22 août 2017.
** Cf. notamment Arnaud Dotézac, "Guerre de Syrie: La fin de la doctrine Obama", Market, No 126, 2015.
*** Voir "Nos petites...", 5 décembre 2013.






8/27/2017

Maintenant

Tu parles des crimes du communisme*, dit l'Etudiante. Mais les crimes du communisme, c'est déjà ancien. Parlons de maintenant. Ils en recevaient un, l'autre jour. Eadem sed aliter. On ne veut pas vous ennuyer, minaudaient-ils: mais ne croyez-vous pas que...? Juste un peu, mais un peu quand même? Enfin, c'est ce qu'on entend dire parfois. Nous, bien sûr, on ne dit rien. Surtout pas d'amalgame. Mais on vous pose la question. L'autre fait son cirque: mais QUELLE violence? DE QUELLE violence parlez-vous? OU est la violence? Il n'y a PAS de violence. L'..., religion de paix, d'amour, etc. Là, on pourrait l'interrompre: et les mains coupées, le Frère: que faites-vous des mains coupées? Du meurtre des apostats? De la lapidation des femmes adultères? Des cous coupés**? Du sort des populations non-... dans les pays ...? Tout ça, on ne l'a quand même pas inventé, n'est-ce pas? En plus, c'est dans vos textes. Approuvez-vous ou n'approuvez-vous pas? On pourrait. Mais évidemment personne ne le fera jamais. Car si quelqu'un le faisait, à la minute même il serait  licencié, inscrit sur une liste noire, chassé de tout. Les associations se mettraient également en mouvement. Et l'on sait ce que cela signifie. Donc ils se taisent, adoptant même un air contrit: ah bon, si c'est comme ça. Excusez, on ne savait pas. C'était au lendemain même de l'attentat de ...

* Voir "On n'interrompt pas", 9 août 2017.
** Anne-Marie Delcambre, L'islam des interdits, Desclée de Brouwer, 2004, p. 65.

8/09/2017

On n'interrompt pas

C'était aujourd'hui même à l'Emission*, dit l'Auditrice. Ils parlaient de la révolution de 1917. L'invitée était une dame, elle enseigne l'histoire à l'Université de ... Sa spécialité, l'anticommunisme. Elle a même écrit un livre sur le sujet. Et donc on lui demande: comment devient-on anticommuniste?  Ca vient d'où, cette chose bizarre? Tout y passe: les grèves, la presse bourgeoise, l'épidémie de grippe espagnole de 1918, etc. Tout, sauf qu'à aucun moment la dame n'évoque seulement le communisme lui-même: le communisme comme réalité. Rien sur le goulag (une des premières réalisations du régime, quand même). Ni sur les massacres de masse des années 30 et 40. Pas un mot non plus sur les procès de Moscou (thème d'un célèbre roman de Koestler). Etc. Même si on l'imagine très ignorante, la dame a certainement dû, une fois au moins dans sa vie, entendre articuler le nom de Soljénitsyne. Mais elle l'avait, ce jour-là, étrangement oublié. Bref, le lissage intégral. A aucun moment non plus, la sous-cheffe qui l'interviewait ne s'est estimée en droit de lui rappeler l'existence des crimes du communisme, encore moins de lui demander si elle ne pensait pas qu'ils aient pu jouer un rôle dans la genèse et le développement de l'anticommunisme. On n'interrompt pas ainsi les invités (ceux-là en particulier). Joli regard, n'est-ce pas, sur l'indépendance des médias, en même temps que sur la dénivelée actuelle de l'enseignement universitaire.

* Vers 12 h 45.


7/19/2017

De tout

C'est quoi la "direct rule"*, dit l'Ecolière? Quand le P. Gaston Fessard, en septembre 1942, a forgé  l'expression de Prince-esclave, il l'appliquait à Philippe Pétain, dit l'Avocate. Aujourd'hui, on citerait l'Invité, la Carpe, l'Anguille, la Vache, Mme ..., etc. Tous sont des Princes-esclaves. Ils font ce qu'on leur dit de faire. La "direct rule", c'est autre chose encore. Revenons-en encore à cette époque. Il y avait ce qu'on appelait la zone libre, et la zone occupée. C'est un peu pareil aujourd'hui. Il y a la zone libre et la zone occupée. D'un côté les Princes-esclaves, de l'autre les Gauleiter. Tu sais ce qu'est un Gauleiter, quand même? Maintenant oui, dit l'Ecolière. Ce qui est intéressant, c'est moins ces choses en elles-mêmes, zones occupées ou autres, que le fait que personne ne s'en émeuve, dit l'Avocate. Tu veux dire par là qu'elles viennent à leur heure, dit l'Ecolière? Qu'est-ce qui vient ou non à son heure, dit l'Avocate. Tu essayes d'abord, ensuite tu sais. Comme Erdogan, dit l'Ecolière? Un peu de logique, dit l'Avocate. Si tous les Gauleiter sont des dictateurs, tous les dictateurs, en revanche, ne sont pas des Gauleiter. Et à part ça, dit l'Ecolière? Marx dit une chose très juste, dit l'Avocate: à savoir que l'accroissement quantitatif (plus de répression, d'état d'urgence, d'espionnage intérieur, de censure, de propagande, de repentance, de précarité, d'..., de ..., de tout, en fait) se convertit à un moment donné en saut qualitatif. On vit ce moment-là aujourd'hui.

* Voir "En marche (2)", 4 mai 2017.  




 


7/10/2017

On doit ce respect

Ce qui est intéressant aussi, c'est l'attitude des gens, dit le Visiteur. Car elle évolue. On est moins aujourd'hui, comme autrefois, à dire: "On doit ce respect au pouvoir absolu, // de n'examiner rien quand un roi l'a voulu"*. Les gens n'en ont rien à faire aujourd'hui, du roi. Ils l'envoient assez volontiers promener. Enfin, certains. Mais jusqu'à il y a peu, c'était personne. Les gens se laissaient faire, acceptaient tout sans broncher. A la limite, même, en redemandaient. Les adeptes de la désobéissance civile, par exemple. Ils désobéissaient, certes, mais trouvaient ensuite tout à fait normal d'aller en prison. Oui bien sûr, M. le juge, merci M. le juge, vous avez complètement raison, M. le juge, etc. Ce type qui s'exile au Japon** n'est pas du tout dans la désobéissance civile. Ni davantage Assange. Ni Polanski. Eux n'acceptent rien. Ils disent au juge: tu veux me mettre en prison, ...? Viens me chercher. C'est relativement nouveau comme attitude. Jusque là, on respectait le roi. Le roi et le droit. La procédure. Qui respecte aujourd'hui encore le roi? Le roi et le droit (le droit, on sait ce qu'en vaut l'aune)? La procédure? Viens me chercher, le roi. La désobéissance se transmue ici en révolte. Ce n'est, il est vrai, encore qu'un début. Le commencement d'un début. L'amorce du commencement d'un début. Mais c'est déjà ça.

* Le Cid, I, 3.
** Voir 6/7/17.



7/07/2017

Les mêmes mots

C'est comme quand Mme ... écrit à ... pour lui reprocher de porter atteinte à l'indépendance de la justice, dit l'Auditrice. Je n'ai pas de sympathie particulière pour ce dictateur, qui est un vrai dictateur, un dictateur en l'acception pleine et entière du terme: féroce et sans état d'âme. Chacun sait par ailleurs le soutien actif qu'il a apporté et apporte encore à toutes sortes d'organisations ...-terroristes au Moyen-Orient et ailleurs. Mais quand il lui répond (à Mme ...) : Mme ..., s'il vous plaît, avant d'accuser les autres de ceci ou de cela, commencez par balayer un peu devant votre porte, oui la vôtre, juste un peu, il marque incontestablement un point. La justice est aussi indépendante en Allemagne qu'elle l'est en Turquie: aussi peu instrumentée, veux-je dire. En France, c'est presque mieux encore.  Et que dire des médias. Ce matin même, à la radio, j'entendais une sous-cheffe expliquer qu'en Turquie, la radio et la télévision étaient entièrement sous contrôle gouvernemental, et qu'il en allait de même, quoique à un degré moindre, des journaux. J'ai trouvé cela assez drôle, car les mêmes mots, très exactement, pourraient être repris pour caractériser la situation actuelle dans nos pays (France, Suisse, Allemagne, etc.). Seule et unique différence avec la Turquie: il y a encore en Turquie des journalistes assez courageux pour dénoncer une telle situation, alors qu'en France, en Suisse ou en Allemagne ils n'existent tout simplement plus.


7/06/2017

A la pelle

Effectivement, cela donne à penser, dit l'Ethnologue. Mais ce n'est pas le seul exemple. Dans le style, on est plutôt bien servi aujourd'hui. On ne reviendra pas ici sur l'affaire Polanski*. Cinquante ans ou presque après les faits, les Américains continuent à réclamer son extradition. C'est complètement dément, quand on y réfléchit. Ou encore l'affaire Assange: ce lanceur d'alerte réfugié depuis maintenant 5 (cinq) ans à l'ambassade équatorienne à Londres, avec des policiers tout autour pour veiller à ce qu'il ne mette pas le nez dehors, sans quoi on le coffre. Des histoires comme ça, on en a à la pelle. Tout récemment encore, en France, un autonomiste breton s'est fait condamner à six ans de prison pour délit d'opinion. Il est vrai qu'il avait récusé le juge. Plutôt que de purger sa peine, il a préféré s'exiler au Japon. Ou encore ces touristes qui se font arrêter dans les aéroports états-uniens parce qu'ils ont la mauvaise idée de commenter les questions auxquelles on leur demande de répondre (du genre: si vous venez aux Etats-Unis, est-ce dans le but d'y commettre un attentat?). En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils se retrouvent dans une prison HS, privés de tout contact avec l'extérieur. Au passage, on leur fait une injection (de quoi, on ne le leur dit pas). Les Américains passent leur temps à stigmatiser le régime nord-coréen, qui n'est certes pas beau à voir, mais sous plus d'un aspect, il faut le dire, leur propre régime à eux n'a rien à lui envier. En fait, c'est pareil.

* Voir 10/10 et 11/10 2009.


7/05/2017

Logiciel

A ton avis, pourquoi exhument-ils cette très ancienne histoire, dit l'Ecolière? Juste pour faire peur aux gens? Leur montrer qu'on ne les oublie pas? Qu'on les retrouvera toujours? En plus, comme tu le vois, ils ne lésinent pas sur les moyens. En heures de travail, je ne sais pas combien ça fait: au bas mot plusieurs milliers (voire dizaines de milliers). Alors même, en permanence, qu'ils se plaignent de manquer de tout*. Les pauvres. On voit aujourd'hui où sont les priorités. Ecris à la Cour des comptes, dit l'Avocate. Elle se fendra peut-être d'un rapport. Et donc, 32 ans après les faits, ils interrogent les gens sur leur emploi du temps, dit l'Ecolière. Vous faisiez quoi tel jour à telle heure? Et la veille, il y a 32 ans? L'avant-veille? Tu trouves cela normal? Ils ont un logiciel, dit l'Avocate. Mais ne savent pas encore très bien s'en servir. Ceci explique peut-être cela. Il y a un mode d'emploi, mais il est écrit en anglais. Un logiciel pour quoi faire, dit l'Ecolière? Pour savoir, justement, quoi faire, dit l'Avocate. Et après, dit l'Ecolière? Cette histoire leur sert de laboratoire, dit l'Avocate. Ils apprennent. Si l'expérience s'avère concluante, ils l'élargiront ensuite à d'autres domaines. C'est en lien avec l'état d'urgence, dit l'Ecolière? Tiens, je n'y avais pas pensé, dit l'Avocate. Des gens font des malaises, dit l'Ecolière. On doit les transporter à l'hôpital. D'autres encore se suicident. Ca aussi, ça fait partie de l'expérience, dit l'Avocate.

* Le Figaro, 5 juillet 2017, p. 10.



6/13/2017

28 %

Dis, Maman, dit l'Ecolière, tu m'expliques comment un parti plafonnant à 28 % des votants (13 % des inscrits)* se retrouve au final avec 80 % des sièges à l'Assemblée? C'est ça, la démocratie? La France n'est plus depuis longtemps une démocratie, dit l'Avocate. Si le mot dictature te fait peur, on peut en choisir un autre: Etat total, par exemple. L'Etat total est plus que simplement l'Etat policier. L'Etat policier se caractérise par le fait qu'il ne tolère aucune opposition. Il fait donc la chasse aux opposants (au besoin même, comme on le voit aujourd'hui, en instrumentant la justice). Mais l'Etat total nous fait franchir un pas de plus. L'Etat total ne se contente pas de faire la chasse aux opposants: il vise à l'établissement d'un contrôle total. Autrement dit, il veut tout voir, tout savoir. Tout voir, tout savoir, c'est ce dont ont toujours rêvé certains dirigeants. Sauf, désormais, que grâce aux NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication) ce rêve est devenu réalité. Les services spéciaux peuvent effectivement, aujourd'hui, tout voir, tout savoir. Ou presque. Ils s'en sont même récemment donné le droit (avec les lois antiterroristes). Une comparaison s'impose ici avec le communisme. L'Etat communiste était, certes, policier, mais non exactement total. Il contrôlait beaucoup de choses, mais pas tout. Ce qui, d'ailleurs, l'angoissait passablement. Relis Soljénitsyne. Le reste est anecdotique. Cette assemblée ne représente bien sûr qu'elle-même. C'est un simple pouvoir de fait, elle n'a aucune légitimité.

* Le Figaro, 13 juin 2017, p. 2.


6/04/2017

Elites

Tiens, écoute, dit l'Avocate. On est en 1942. Juste cette phrase: "Car c'est une révolution, la plus grande de son histoire, que la France, trahie par ses élites dirigeantes et ses privilégiés, a commencé d'accomplir"*. Intéressant, non? C'est un discours de de Gaulle. Evidemment, 75 ans plus tard, cela ne nous parle plus tellement. "La France, trahie par ses élites dirigeantes et ses privilégiés": qu'est-ce que ce charabia? Et la révolution, dit le Collégien: imagine-t-on seulement aujourd'hui les gens faire la révolution? C'est vrai, dit l'Avocate. Qui se hasarderait seulement à en parler? C'est pourtant bien ce que tu fais, dit le Collégien. C'est vrai encore, dit l'Avocate. Mais en même temps tu as raison: ce qu'il faudrait faire, on ne peut pas le faire. Alors pourquoi en parler, dit le Collégien? Il est important de savoir ce qu'il faudrait faire, dit l'Avocate. Mais on ne peut pas le faire, dit le Collégien. Les deux choses sont importantes, dit l'Avocate: savoir ce qu'il faudrait faire, d'une part, qu'on ne peut pas le faire de l'autre. Bref, on ne peut rien faire, dit le Collégien. On est à l'époque de Néron, dit l'Avocate. Que faisait-on à l'époque de Néron? On se repliait sur la sphère privée. Fais la même chose. Replie-toi sur la sphère privée. Pense à toi d'abord: à toi et à ta santé. Ecoute les conseils du Colonel. Lis, promène-toi. Pour l'instant au moins, il n'y a rien d'autre à faire.

* Discours du 1er avril 1942, à Londres.




5/27/2017

Apparences

Dis, Maman, dit le Nourrisson, c'est eux encore qui ont fait le coup? Tu es très excusable de le penser, dit l'Avocate. Cela en a effectivement toutes les apparences. En fait non, ce n'est pas eux. Tu apprendras dans la vie qu'il faut toujours distinguer entre l'apparence et la réalité. Ce qu'on peut en revanche dire, c'est: 1) que des choses de ce genre, effectivement, leur sont d'une grande utilité. Ils en prennent aussitôt prétexte pour étendre encore davantage le contrôle social, accroître le budget des services spéciaux (leur garde prétorienne), voter de nouvelles lois répressives, etc. En l'occurrence, le gouvernement se propose de pérenniser l'état d'urgence actuel en l'inscrivant dans la loi ordinaire. On aura ainsi la chose, mais pas le mot. Erdogan lui-même n'y avait pas pensé. 2) Tu remarqueras aussi qu'ils ne combattent pas vraiment le ..., car pour ce faire il leur faudrait prendre un certain nombre de mesures que pour rien au monde ils ne sont disposés à prendre (en matière de contrôle des flux ... notamment). Ils sont donc dans la gesticulation. Quand ils disent qu'ils combattent le ..., comment les prendrait-on au sérieux? Tout le monde rit. 3) Nul n'ignore enfin leurs liens avec des organisations et des Etats directement impliqués dans le financement et la planification du ... en Europe. Le mot complicité serait faible. Donc non, je le répète, ce n'est pas eux qui ont fait le coup. Prends maintenant ton biberon, c'est l'heure.

5/26/2017

Long chemin

Regarde, dit l'Etudiante. L'association des étudiants en médecine de ... a décidé de changer de nom: elle s'appellera désormais "association des étudiantes en médecine"*. Comme il y a maintenant plus d'étudiantes que d'étudiants, on a pensé qu'il fallait en tirer les conséquences. Voilà, c'est fait. L'égalité est un long chemin. Max Scheler a écrit autrefois un livre intitulé L'homme du ressentiment, dit l'Auditrice. Il aurait dû préciser que seul l'homme (au sens d'être humain mâle) est capable de ressentiment. L'être humain femelle, lui, en est complètement incapable. Je ne sais pas de quoi vous parlez, dit la Poire. Vos remarques sont déplacées. Je vous explique, dit l'Auditrice. Comme toutes les professions dont le statut social est orienté à la baisse, autrement dit se prolétarise si vous préférez, la médecine, aujourd'hui, a tendance à se féminiser. Mais aussi, comme vous le voyez, à s'idéologiser. Les deux choses vont de pair. Parce qu'elle se féminise, dit la Poire? Non, dit l'Auditrice: parce qu'elle se prolétarise. On peut aussi dire autre chose, dit l'Ethnologue. La médecine est aujourd'hui une branche de l'Etat total. Il est donc normal qu'elle en vienne à parler la langue de l'Etat total. L'Etat total, comme vous le savez, étant d'abord une langue: ce qu'Orwell appelait la novlangue. On en a ici une illustration. Bref, si je comprends bien, on a intérêt aujourd'hui à ne pas trop tomber malade, dit l'Ecolière.

* Le Temps, 26 mai 2017, p. 4.





5/24/2017

Récréation

Bon, dit l'Ethnologue, mettons-nous à leur place. Ce sont des êtres sensibles. D'abord le Brexit, ensuite l'élection américaine: ils sont encore sous le choc. En plus, ils ont été cueillis à froid. Ils ne s'y attendaient pas. Bref, à un moment donné, ils se sont dit: stop. Trop c'est trop. Le droit à la légitime défense n'a pas été inventé pour rien. Donc voilà. Nous avons déjà parlé de ce pauvre ..., qui, en 2013, avait dit que la Russie de Poutine n'était pas exactement ce que les médias officiels disaient qu'elle était. Vous avez vu ce qui lui est arrivé*. En Suisse aussi, la situation a subi une saine clarification. Devinez de qui je parle. Ce type, il faut le dire, leur posait depuis longtemps déjà de gros problèmes. N'avait-il pas, en 2009,  soutenu une initiative ...phobe, initiative, hélas, plébiscitée par 58 % des gens**? Une agence de voyages spécialisée dans les cas difficiles s'est tout particulièrement occupée de lui: oh, juste le temps nécessaire. Pas plus. Ils ont un peu aussi bourré les urnes, mais c'est un détail***. Bref, la récréation est finie. On vient de parler de Trump. Il a peut-être gagné l'élection, mais nul n'imagine un seul instant qu'il terminera son mandat. On ne résiste pas aux services spéciaux. On peut, certes, leur résister, ce n'est pas en soi un problème. Mais on n'est alors ni ministre, ni président. On fait autre chose.

* Voir "Enseignement", 12 mars 2017.      
** Voir "42 %", 30 novembre 2009.
*** Voir "Deux précautions", 25 mars 2017.





5/21/2017

En marche (3)

Le modèle, en l'occurrence, ce sont les révolutions orange, dit le Colonel. Les révolutions orange sont des produits finis, en règle générale livrés clés en mains. On en a ici une illustration. Les exécutants suivent un mode d'emploi, il est relativement simple. Mais je parle ici des exécutants. Derrière les exécutants, il y a les ... .... Et derrière eux encore, les dirigeants. Ces derniers n'apparaissent que rarement sur le devant de la scène. Quant aux ... ... (en l'occurrence, sans doute, allemands et états-uniens), ils appliquent la règle sacro-sainte de l'action subversive: jamais d'action directe. D'où le recours usuel à des organisations-façade (Front Organizations): associations culturelles, ONG, agences de voyage, etc. En marche n'est bien sûr pas une agence de voyage. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Les révolutions orange, on le sait, ont été le principal vecteur de l'extension, à l'Est, de la sphère d'influence occidentale. La France étant depuis longtemps intégrée au camp occidental (celui, n'est-ce pas, de la paix, de l'ouverture, de la démocratie), on ne parlera évidemment pas ici d'extension. L'extension est déjà là. Sauf qu'il faut encore s'occuper des finitions: en matière d'ouverture, notamment. Les choses ne vont pas assez vite dans ce domaine. Les dirigeants s'inquiètent également d'un certain nombre de contre-tendances. Les laisser ainsi se développer, comme on le fait, n'est pas acceptable. C'est cela même qui est en cause.







5/04/2017

En marche (2)

L'ère des princes-esclaves* est aujourd'hui close, dit le Visiteur. Un nouveau régime se met en  place, celui de l'administration directe (Direct Rule). C'est le sens de l'élection actuelle. En même temps, on est passé à la vitesse supérieure. D'ici cinq ans au plus, un certain nombre de choses devront être réglées. On est au-delà ici de la droite et de la gauche. C'était déjà le cas auparavant, mais maintenant c'est officiel. Il reste un peu de gauche encore à l'extrême gauche (et à l'extrême droite), de droite à l'extrême droite (et à l'extrême gauche). Mais un peu seulement. Ce sont de vieilles choses, reléguées, encore une fois, à la marge. Avec le temps, elles disparaîtront. Des législatives sont prévues pour le mois prochain: on peut raisonnablement penser que ce seront les dernières. Des élections, pourquoi faire? En marche n'est pas exactement déjà le parti unique, mais il a tout à fait vocation à le devenir. Le dialogue démocratique se limitera dès lors à des échanges entre les diverses nuances de l'ultra-féminisme, du transhumanisme et de l'...philie. Pourquoi non. Ces nouveaux clivages orientent un espace qui, sans eux, n'offrirait assurément pas les mêmes avantages en termes, à la fois, de gouvernance, de contrôle social et d'optimisation des flux. Les entités qui ont conçu et monté cette opération ont, jusqu'ici au moins, réussi un sans-faute.

* Voir "Quelque part", 7 février 2013.






4/29/2017

En marche (1)

Un nouveau parti a vu le jour, dit le Visiteur: En marche. On se demande parfois quel est son programme. Et même, en a-t-il un? En fait, oui: marcher, justement. En 1939, Hermann Rauschning publia un livre intitulé La révolution du nihilisme, livre en lequel il qualifiait le nazisme de "révolution sans doctrine". "Le révolutionnaire (...) adhère au changement, quelle qu'en soit la direction. Car le changement même implique, pour lui, renouveau et sens de la vie"*. Nous sommes  en marche, disent les gens d'en marche. Et donc, très logiquement, les marchés s'ouvrent: rien que du bonheur. Ils s'ouvrent, remettons-nous donc en marche. Abolissons même les frontières. Pourquoi les maintenir? Les frontières font obstacle à la marche, donc aussi aux marchés qui s'ouvrent. Marchons donc pour maintenir lesdits marchés en état de marche: ces mêmes marchés qui nous permettront ensuite de nous remettre en marche. Pour aller où? "Le révolutionnaire adhère au changement, quelle qu'en soit la direction", explique Rauschning. Autant dire que la marche est à elle-même sa propre fin, sa propre raison d'être. Il en va de même du marché. Ils sont à eux-mêmes leur propre fin. On pourrait aussi parler de mobilisation. Tous se mettent en marche, autrement dit, littéralement, se mobilisent. Les médias officiels, entre autres, mais aussi la justice. Il y a une expression nazie pour cela: Die totale Mobilmachung.

* Hermann Rauschning, La révolution du nihilisme, Gallimard, 1939, p. 78.


4/26/2017

En action

OGM, multinationales, banques, délocalisations, genre, jungles, savent-ils seulement ce qui les attend, dit le Collégien? On appelle cela un angle mort, dit l'Ethnologue. Les gens ne voient que ce qu'ils veulent bien voir. C'est le cerveau qui trie. Enfin, ce qu'ils appellent le cerveau. Quand on pense à ce que ce type représente, dit le Collégien: quels intérêts. On est à l'ère du consumérisme, dit l'Ethnologue. Représente-toi un hypermarché. Quand tu achètes un gadget cancérigène, des vêtements à usage unique, du mobilier jetable, etc., qu'est-ce qui se passe? On ne peut pas comparer, dit le Collégien. Tu ne réponds pas à ma question, dit l'Ethnologue: qu'est-ce qui se passe? Je ne sais pas, dit le Collégien. Certains pourraient mettre le feu au magasin. Ce sont des mots, dit l'Ethnologue. Toi-même, tu ne crois pas à ce que tu dis. Que font les gens? Tout bonnement, ils recommencent. Ils dépensent même le double de la fois précédente, car les produits en question leur seront cette fois proposés en action. Il y a aussi les soldes. C'est ça la réalité.








4/23/2017

On le devient

Ce que les gens sont bêtes, dit l'Ecolière. A ce point-là, je le découvre. Ils ne se rendent compte de rien. On ne naît pas bête, on le devient, dit l'Avocate. C'est tout un apprentissage. Bien sûr aussi ils croient qu'on est en démocratie, dit l'Ecolière. Je ne vais pas te démentir, dit l'Avocate. Quelle alternative, dit l'Ecolière? Tu poses une question à laquelle, présentement, il n'est d'autre réponse qu'individuelle, dit l'Avocate. Il faut être modeste. Pense à toi-même d'abord. Présentement, tu ne peux rien faire d'autre. Aie le souci de toi. C'est à ce niveau-là qu'il y a des alternatives. Et demain, dit l'Ecolière? Les choses peuvent aller très vite, dit l'Avocate.

4/14/2017

Irresponsable

Il n'y a plus aucune limite, dit la Poire. J'ouvre la radio, et qu'est-ce que j'entends? Que Le Monde, je dis bien Le Monde, serait un "journal de caniveau"*. C'est la directrice de campagne d'un des candidats à l'élection présidentielle** qui s'exprimait ainsi: un "journal de caniveau". Comment peut-on dire des choses pareilles? Qui plus est, dans le contexte actuel? Réagissant au quart de tour, un des journalistes présents a déclaré d'une voix forte: Madame, ce que vous dites est ir-res-pon-sable: complètement ir-res-pon-sable. Irresponsable, c'est bien le mot qui s'impose. Chacun est libre de ses opinions. En revanche, il nous incombe à tous de faire preuve de responsabilité. Il y a, à l'évidence, des choses qu'on ne saurait s'autoriser à dire publiquement: sur les médias officiels, justement. On ne leur fait déjà plus tellement confiance, paraît-il. Leur crédibilité serait au plus bas. En rajouter encore à leur sujet serait donc irresponsable. Dans la foulée, la même irresponsable n'a pas hésité à dire que l'un des candidats en lice était le représentant de la "bulle financière". Comme si les banques et d'une manière générale le monde des affaires, les grands groupes industriels, avaient le moindre intérêt à peser sur une élection, même présidentielle, en favorisant des candidats à eux. C'est peut-être vrai, remarquez, mais là également ce ne sont pas des choses qui se disent. Pensez aux conséquences.

* France Info, 12 avril 2017, vers 20 h 30.
** Jean Lassalle.


4/02/2017

Se plaignent

J'entends souvent dire: les médias sont verrouillés, ils ne laissent rien filtrer, dit le Collégien. C'est peut-être vrai, je ne sais pas. Mais de temps à autre, quand même, certaines choses se disent. En fait, tout se dit. Par bribes et morceaux, certes, mais il est aisé, ensuite, de reconstituer le puzzle. Le cerveau humain est relativement bien outillé pour cela. La corruption. L'hyperclasse. Les princes-esclaves. Leurs mégabases de données enfouies dans des sous-sols de casernes. La justice indépendante en renfort. L'OMC. La concurrence obligatoire. La paupérisation à marche forcée. "Apprendre à vivre avec le terrorisme". Que sais-je encore. Tout cela est public. Bon, dit le Colonel: et alors? Les gens ne peuvent pas dire qu'ils ne savent pas, dit le Collégien. 2017 n'est pas 1789, dit le Colonel. Les gens, aujourd'hui, préfèrent ne pas prendre de risques. On peut les comprendre. Soit, dit le Collégien. Mais il ne faut pas ensuite qu'ils se plaignent. Parce que, d'après toi, ils se plaignent, dit le Colonel? Un peu quand même, dit le Collégien. Très peu, dit le Colonel. Enfin, à mon avis. Ce que j'appelle se plaindre. C'est vrai que quand on se plaint, on prend déjà des risques, dit le Collégien. Ce qui compte, ce n'est pas de prendre des risques, dit le Colonel. A quoi ça sert. Ce qui compte, c'est de faire les choses. On peut très bien les faire sans prendre de risques. Et je vais te dire: on les fait beaucoup mieux.



3/27/2017

A-t-on le droit

Ce qu'il y a de bien dans ce pays, c'est que la langue, assez souvent, leur fourche, dit l'Auditrice. On sait par là même aussi très vite à qui l'on a affaire. Madame dirige une émission qu'elle appelle littéraire. Et donc, l'autre jour, on l'entend dire : "A-t-on le droit d'écrire quand on a les idées de la droite populiste, pour ne pas dire pire ?"*. C'était peut-être prémédité, c'est possible. Mais je ne le pense pas. Le plus probable, c'est que c'est sorti comme ça: tout seul. Le retour du refoulé, quoi. Je me crois libérale, tolérante, je défends l'Autre avec un grand A, la société ouverte contre ses ennemis (Karl Popper), en fait, comme je le prouve, je suis prête à restaurer l'Inquisition ("pour ne pas dire pire"). Je déteste les ...,  les ..., mais allez savoir pourquoi, je fonctionne exactement comme eux. En fait non, pas "exactement" : beaucoup mieux encore, puisque je ne le sais pas. C'est toujours un plus, ça: ne pas le savoir. Ne pas savoir qui l'on est. La bonne conscience des gens de bien. Sauf, justement, comme maintenant, quand la langue me fourche. Car là, effectivement, je sais qui je suis. La réalité m'explose même à la figure. On pourrait aussi, à l'inverse, parler de projection. Je projette sur l'autre toutes sortes de choses horribles ("nauséabondes"), plus jamais ça, etc.: or, quand je me regarde un peu dans la glace, je me rends compte qu'elles résident surtout en moi : dans ma petite bulle boboïsée, n'est-ce pas. Mais j'ai désappris depuis longtemps à me regarder dans la glace.

* 15 mars 2017.

3/25/2017

Deux précautions

On dit en plus que ces élections ont été truquées, dit l'Ecolière. Bien sûr, je n'en crois rien. Est-ce seulement pensable. A cet endroit-là, surtout. Nos torrents, l'air pur des montagnes, etc. C'est l'arme ultime, dit l'Avocate: ultima ratio. Quand tout échoue, les affaires, le matraquage, les fake news, etc., on a encore cette possibilité-là: faire voter les morts, bourrer les urnes, etc. En l'occurrence, ce n'était pas exactement nécessaire. Mais tu connais les .... Dans leur genre, ils sont assez maniaques. En tout état de cause, deux précautions valent mieux qu'une. Comme en Autriche, l'an dernier, dit l'Ecolière? Par exemple, dit l'Avocate. Mais on pourrait aussi citer les primaires démocrates aux Etats-Unis. Et en ..., dit l'Ecolière? Ils truquent aussi les élections? Ca, on le verra dans quelques semaine, dit l'Avocate. Chaque chose en son temps. Pour l'instant, ils truquent les sondages, ça les occupe déjà beaucoup. Vous ne croyez pas aux sondages, dit la Poire? A quoi, alors, croyez-vous? C'est une bonne question, dit l'Avocate. A rien.

3/20/2017

D'abord nos félicitations

Autre contre-exemple, dit l'Auditrice: le triomphe, ici même, en ..., de la Belette, notre micro-Macron local. C'était hier dimanche, dernier jour de l'hiver. Il fallait lire, ce matin même, les articles du Journal, écouter l'Emission. Vive nous. La Belette remplace à son poste l'Intrus, dont les médias officiels, en toute indépendance, bien sûr, ont souvent eu à s'occuper ces derniers temps. A juste titre, d'ailleurs. Il y a quatre ans, trompant leur vigilance, cet ennemi du genre humain avait réussi à conquérir un siège au gouvernement. C'était la fin du parti unique. Bon, dirent les dirigeants, ça va pour une fois. On passe l'éponge. Mais à l'avenir, vous ferez un peu attention. Compris? Dans la foulée, certaines rédactions furent épurées. Je n'ai pas compté le nombre d'obus qu'ils tirèrent en plusieurs mois de campagne, mais cela en fait quand même un certain nombre. Qu'est-ce que tu veux faire, là-contre? Invitée d'honneur de l'Emission, la Belette, après avoir reçu les félicitations des journalistes ("d'abord nos félicitations"*), a énuméré ses prochaines priorités en tant que Belette: les Jeux Olympiques pour ...,  l'anglo-américain en option dès la maternelle, enfin, cerise sur le gâteau, une baisse de l'impôt sur les bénéfices des entreprises, afin d'améliorer leur "compétitivité". La mondialisation heureuse, quoi. Merci patron.

* Vers 7 h 30.




3/12/2017

Enseignement

On entend souvent dire que les médias dominants auraient fait leur temps, dit l'Auditrice. Voyez le Brexit, l'élection de Trump aux Etats-Unis (qu'ils essayèrent d'empêcher), certains scrutins populaires en Suisse, etc. Personne ne croit plus à ce qu'ils racontent. Leur propagande tourne de plus en plus à vide. Etc. Mais les contre-exemples ne manquent pas. Soit ce type. Tout le monde pensait que ce serait lui le prochain président. Lui-même, au demeurant, le croit encore (peut-être). Sauf que, dans la vie, on est amené à faire des choix. On ne peut pas vouloir tout et son contraire. Apparemment, il ne le savait pas. Par ses déclarations, au reste mesurées, sur la Russie*, l'..., etc., il s'est, sans doute sans le vouloir, mis à dos les dirigeants. On peut toujours le faire. Ce n'est pas en soi un problème. Mais il ne faut pas alors vouloir devenir président. C'est ou l'un ou l'autre. Les médias, en lien, il est vrai, avec la justice, ancilla principis, ont donc été amenés à s'occuper de lui. Le résultat est là. Moi dont c'est le métier (en même temps que le très grand plaisir, comme vous le savez) d'écouter la radio, je puis en témoigner: ce fut, plusieurs semaines durant, en continu, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et cela continue. On ne résiste pas à ça. Les médias officiels restent donc une force avec laquelle on est obligé encore de compter. On les croyait morts, ils sont toujours bien vivants. Le grand enseignement de cette campagne, en fait, il est là.

* Le Monde, 21 septembre 2013, p. 9.












3/01/2017

Audiatur

Vous vous souvenez peut-être de ce ministre du budget, il y a quelques années, qui perdit son poste à la suite de révélations sur ses avoirs présumés à l'étranger, dit l'Ecolière. Je n'ai pour ma part, et pour cause, jamais encore fraudé le fisc. Mais quand je vois les gens d'en face, ceux, en particulier, qui lui font la leçon, je suis fortement portée à faire mienne la formule de Cicéron: audiatur et altera pars. Soit, dirait cet édile (bien sûr, j'invente), j'ai volé l'Etat. Je lui ai même soutiré pas mal d'argent. Et alors? Sur quoi se fonde-t-on pour dire que voler l'Etat serait immoral? Juste, je pose la question. C'est une question philosophique. On vous serine: l'argent public profite au bien commun. En tant qu'ancien ministre du budget, je ne peux que vous dire: c'est faux. Non seulement l'argent public ne profite en rien au bien commun, mais il sert à financer toutes sortes de choses qui, objectivement parlant, lui sont directement contraires. Vous ne me croyez pas? Comme vous voulez. Oui, je sais, j'aggrave encore mon cas. Non seulement je vole l'Etat, mais je le calomnie effroyablement. L'Etat voyeur, ficheur, lui-même aussi, bien sûr, voleur, manipulateur, ennemi de son propre peuple, j'espère n'avoir rien oublié. Ah si, bobo, collabo, etc. N'interprétez pas mal mes propos. Je ne vous dis pas de faire comme moi. Vous voyez les risques. Mais je repose ma question: en quoi voler l'Etat, serait-ce immoral? Ne pas le voler moral?

2/25/2017

Airs

Le plus drôle encore, c'est quand ils se mettent à parler de la justice, dit l'Ecolière. Les airs qu'ils prennent. "Je m'en remets à la justice de mon pays", dit ce mis en examen. T'en remettrais-tu, toi, à la justice de ton pays, si tu étais mise en examen? Et cet autre: "Il faut laisser la justice faire son travail". Quand on sait ce qu'est, en fait, la justice, comment, justement, elle travaille. Et le bouquet: "Le temps de la justice n'est pas le temps électoral". On dirait la Pasteure parlant de l'éternité. Toutes ces affaires qui éclatent à point nommé: rien à voir, naturellement, avec le temps électoral. Simple concomitance, n'est-ce pas. Ils ont trouvé ça par hasard dans leurs tiroirs. C'est un reste d'Ancien Régime, dit l'Avocate. Le juge peut très bien, s'il lui en prend le caprice, t'envoyer en prison pour plusieurs années. Il est seul à pouvoir le faire. Aucune autre autorité au sein de l'Etat ne l'a: pas même la police. C'est donc lui le vrai pouvoir. A partir de là, tu inventes: "l'indépendance de la justice", "l'impartialité des juges", etc. En même temps, comme tu le vois, les gens ne se laissent pas trop impressionner, dit l'Ecolière. Plus ils te mettent en examen, plus tu montes dans les sondages. La justice relève du sacré, dit l'Avocate: mais c'est le cas aussi de la victime émissaire. Elle aussi relève du sacré. Relis René Girard. Dans certaines sociétés, ils tuent le roi avant de le manger. Mais on peut aussi faire l'inverse: le manger d'abord, ensuite l'élire au poste de roi.


2/20/2017

Une trace

Je ne sais pas si tu as remarqué, dit l'Ecolière, mais cette affaire a démarré le 19 du mois dernier, la veille même de la prise de fonction du nouveau président états-unien. Etrange, non? Il s'est passé beaucoup de choses le 19 janvier, dit l'Avocate. Le 20 aussi, d'ailleurs. Ce n'est peut-être qu'une coïncidence. L'ancien président était russophobe, mais aussi ...phile, dit l'Ecolière. Il en va différemment du nouveau. Lui, au contraire, est ...phobe, mais russophile. On dirait que, pour toi, ce sont les présidents qui prennent les décisions, dit l'Avocate. N'en avons-nous pas ici une preuve, dit l'Ecolière? Une preuve, non, dit l'Avocate. Je ne dirais pas. Juste un indice, si tu veux. Une trace. Comme toute trace, elle demande à être interprétée. Peut-être, au demeurant, a-t-elle été laissée volontairement. Va savoir. Cela complique l'interprétation. Comment savoir, dit l'Ecolière? Les présidents sont une chose, la police secrète d'Etat une autre, dit l'Avocate.




2/19/2017

Et après?

Dis, Maman, c'est quoi un juge corrompu, dit l'Ecolière? Un juge qui fait ce qu'on lui dit de faire, dit l'Avocate. Qu'est-ce qui se passe quand il ne fait pas ce qu'on lui dit de faire, dit l'Ecolière? Cela n'arrive jamais, dit l'Avocate. Supposons, dit l'Ecolière. Tu connais les dirigeants, dit l'Avocate.  Parfois je m'interroge, dit l'Ecolière. N'y a-t-il aucune limite à ce qu'ils se permettent ? Voyons que je réfléchisse, dit l'Avocate: non, je ne pense pas. Aucune. Pour autant, il ne faut pas céder au complotisme. Et s'ils se trompaient dans leurs calculs, dit l'Ecolière? Si tout cela finissait un jour par se retourner contre eux? C'est au moins envisageable. On vient de parler de la justice, dit l'Avocate. On pourrait aussi parler des médias dominants. Comme tu le sais, chez nous, la presse est libre. On ne sait pas non plus ce qu'est une information fausse. Tout est scrupuleusement vérifié, ce sont des gens d'une grande honnêteté. Jamais non plus de chasse à l'homme, ils ne se le permettraient pas. Et surtout, tout le monde a droit à la parole. Est-ce que j'ai répondu à ta question? Ah, j'oubliais: nous sommes en démocratie. C'est très important, ça. Bref, si je comprends bien, ce n'est même pas envisageable, dit l'Ecolière. Ce n'est pas comme ça que se pose le problème, dit l'Avocate. Si, bien sûr, c'est envisageable. Et après?



2/03/2017

Fiables

C'était ce matin même sur France Info*, dit l'Auditrice. Ils reçoivent le responsable de Décodex, un moteur de recherche spécialisé dans la chasse aux "fausses informations" sur Internet. Décodex est une création récente du Monde, référence, on le sait, incontournable en la matière. On distinguera ainsi entre les sites dits "fiables" et les autres "non fiables". Le site de France Info, par exemple, peut être considéré comme fiable. Dame, on est sur France Info. Tu ne voudrais quand même pas que ... D'autres, en revanche, non: ils ne sont pas fiables. L'heure tourne, on passe à autre chose. Ils reçoivent maintenant l'écrivain Marc Lambron, qui vient de publier son journal personnel de l'année 1997**. On retrouve ici Le Monde. C'est Lambron qui raconte. En 1997, il publie un roman intitulé: 1941***. La directrice  de l'époque du Monde des livres déclare alors: "Je vais me payer Lambron". On lui demande ce qui lui déplaît dans le livre. Réponse: "Je n'ai pas lu le livre". En 1997, certes, Décodex n'existait pas encore. Et à peine Internet. Mais la "démocratie post-factuelle", comme on dit aujourd'hui, apparemment oui. Pour ne rien dire de l'inusable bien-pensance: bien-pensance, en l'occurrence, institutionnelle. On relira dans ce contexte deux livres aujourd'hui encore très actuels: Le Monde tel qu'il est, de Michel Legris****, et Lettres enfin ouvertes au directeur du Monde, de Gilbert Comte*****.

* Vers 8 h 15.
** Quarante ans. Journal 1997, Grasset, 2017.
*** Grasset.
**** Plon, 1976.
***** Dualpha, 2002.

1/31/2017

Pas populaire

Bon, dit l'Auditrice: si le Journal disparaît, il y aura encore l'Emission. C'est un service public. Elle, au moins, ne fera pas faillite. Enfin, en principe. Jusqu'à preuve du contraire. Tiens, puisqu'on en parle. C'était aujourd'hui même, vers midi. Une de leurs sous-cheffes, je ne sais plus à propos de quoi, s'est référé au "retour des populismes". On avait comme l'impression, mais je me trompe peut-être, qu'elle n'aimait pas trop le populisme. Juste une impression. Or, quelques minutes à peine plus tard, évoquant la politique anti-... du nouveau président états-unien, politique, faut-il le préciser, dont elle pense le plus grand bien, la même personne a dit que cette politique n'était "pas populaire". Joli, non? On croit que propagandiste est un métier facile, dit l'Etudiante. Erreur. Cela exige au contraire de longues études. Un grand contrôle de soi également. Populisme est péjoratif, populaire, à l'inverse, mélioratif, dit l'Ecolière. Ceci explique peut-être cela. Soit, dit l'Auditrice. Mais le mot peuple, lui, il est quoi: péjoratif ou mélioratif? Cela dépend, dit le Logicien. S'il vote et/ou pense correctement, mélioratif, autrement évidemment non: péjoratif. C'est une nouvelle logique, dit l'Auditrice? Oui tout à fait, dit le Logicien. L'enseignement en a récemment été rendu obligatoire. On dépasse ici le principe de non-contradiction.




1/25/2017

Plaie

C'est un vrai souci, dit l'Etudiante. Ils n'arrivent toujours pas, deux cent ans ou presque après leur fondation, à équilibrer leurs comptes. Oui, je parle du Journal. Notre petite pravda locale, si tu préfères. Beaucoup voudraient maintenant que l'Etat leur vienne en aide. L'Etat les aide déjà beaucoup, mais cela reste insuffisant. Mesures-tu bien le vide qu'ils laisseraient si, d'aventure, ils disparaissaient? Oui, tout à fait, dit l'Auditrice. Il y a une dizaine de jours encore, ils publiaient trois pages sur le sort, il est vrai peu enviable, des ..., une minorité ... en Birmanie: trois pages sur les sept que compte ledit Journal (en oubliant l'économie, les cours de la bourse, ce qu'ils appellent la culture, et la publicité). L'éditorial en première page était intitulé : "Aung San Suu Kyi, tel Pie XII"*. Autrement dit, le sort actuel des ... serait comparable à celui des Juifs européens au cours de la Seconde Guerre mondiale. L'...phobie est une plaie, dit la Poire. Il faut la combattre avec vigueur. Ils participent courageusement à ce combat civilisationnel. D'autant que leurs pages sont généralement équilibrées, dit l'Auditrice. On ne saurait dire le contraire. S'ils consacrent trois pages au sort des ... en Birmanie, ils parlent aussi beaucoup, comme vous le savez, de celui des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient. C'est un journal de qualité, dit la Poire. La qualité, forcément, a un prix.

* 6 janvier 2017.






1/14/2017

Très vite

Très vite après son élection, Trump a déclaré qu'il souhaitait mettre un terme aux guerres secrètes de la CIA, dit le Cuisinier. C'est vraiment bizarre comme demande. D'abord, est-on bien sûr que de telles guerres existent? Il faut se méfier des fausses rumeurs. Que n'a-t-on raconté, il y a une dizaine d'années, sur le rôle de la CIA dans l'apparition du djihad en Europe*? Ou encore, sur l'implication de cette même agence dans le trafic de drogue**? On ne prête, il est vrai, qu'aux riches. Mais il n'en faut pas moins garder son sang-froid. Ensuite, il prend des risques. Pensez à ce qui est arrivé, il y a une cinquantaine d'années, au président Kennedy. Lui aussi, à ce qu'il semble, voulait mettre un terme aux guerres secrètes de la CIA. Il y a là une leçon à méditer. Sauf (et c'est la grande nouveauté) que Trump n'est pas seul dans sa démarche: il est soutenu par les militaires. Plusieurs d'entre eux, et non des moindres, ont été promus à des postes-clés au sein de la nouvelle administration (dont celui de directeur du renseignement). Les militaires affirment ici leur prééminence. Qui de l'armée ou de la police secrète d'Etat finira par l'emporter dans ce bras de fer hors du commun, il est bien sûr encore trop tôt pour le dire. L'oligarchie retient son souffle.

* Jürgen Elsässer, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.
** Alfred Mc Coy, La politique de l'héroïne (l'implication de la CIA dans le trafic de drogue), Editions du Lézard, 1999.






1/08/2017

Déchetterie

Juste ceci*, dit l'Etudiante : pour cause de grippe aviaire, les autorités françaises ont décidé de tuer un million de canards: un million. Cette civilisation est devenue folle. La grippe aviaire, on sait bien quelle en est la cause: c'est l'élevage industriel, et derrière lui tout ce qui en favorise le développement (l'irrésistible développement, en fait) : l'OMC, l'Europe de Bruxelles, les 40 tonnes en colonnes par quatre sur les autoroutes, etc. En voilà la cause. Aujourd'hui, ils tuent les animaux, demain ils tueront les humains. Ils ont d'ailleurs déjà commencé à le faire. Leur seul et unique souci (mais qui tourne aujourd'hui à l'obsession): produire toujours plus au moindre coût. L'argent, autrement dit. Or, comme chacun sait, ce qu'ils produisent est aussi de moins en moins bonne qualité. C'est du bric-à-brac, du déjà-jetable. Ca dure six mois, ensuite, très vite, ça part à la déchetterie: comme, justement, ce million de pauvres bêtes sacrifiées en holocauste (le mot vous indigne? allez, indignez-vous. Jetez-moi en prison). D'un côté, donc, la grippe aviaire, de l'autre la malbouffe, le stress au travail, le burnout, etc. Tout cela se tient, la boucle est bouclée. Pour rejoindre les plantes vertes de votre open space au quotidien, ce sera trois heures de train aller et trois heures retour. Et la multiplication des cancers. Et les droits de l'homme, de la femme, des singes, des robots maintenant. Quelle apogée.

* France Inter.