12/25/2016

Noyau

On fête aujourd'hui Noël, dit le Double. En réalité, il y a trois fêtes de Noël. La première commence en octobre et s'étend sur environ deux mois. C'est la fête commerciale. On en a une illustration avec les marchés de Noël. Pour mesurer le degré d'appauvrissement (en même temps que d'abaissement) des populations européennes actuelles, il importe de s'y rendre au moins une fois: juste pour voir. Il y a ensuite le Noël, je ne dirais pas chrétien (assurément non), mais celui des églises établies, drainant, le jour même de Noël (ou la veille au soir), certains éléments des anciennes classes moyennes. Personnellement j'ai cessé depuis longtemps de m'y rendre, par allergie au discours opportuniste des églises et de leurs représentants. Je n'ai pas grand-chose en commun avec ces dignitaires alignés, qui par ailleurs interprètent très mal l'Evangile*. Reste une troisième manière de fêter Noël, la seule, à mon avis, fidèle, non compromissive. Elle s'est beaucoup développée ces dernières années, je la qualifierais de civilisationnelle. Je pense en particulier aux très nombreux concerts de musique ancienne ou baroque dans les églises (je parle ici des bâtiments). De vraies célébrations, en fait. C'est ce qui subsiste aujourd'hui du christianisme en Europe: les derniers vestiges, si l'on veut. Mais l'on pourrait aussi dire, le noyau dur.

* Voir "Suivent", 8 novembre 2016.

12/18/2016

Résistance

Chez Hobbes, les gens échangent leur liberté originelle contre une promesse de sécurité, dit l'Ethnologue. L'Etat promet aux citoyens de les protéger, en contrepartie de quoi ces derniers renoncent à certaines de leurs libertés. Qu'en est-il de nos jours? On pourrait résumer la situation en disant que les gens n'ont aujourd'hui ni liberté, ni sécurité. Ni liberté: je ne vais pas vous faire un dessin. Dites-moi un peu ce que vous avez encore le droit de faire aujourd'hui. Et même de dire. Qu'est-ce qui n'est pas interdit? Ni sécurité: c'est ce que nous venons de voir. La conséquence en est que le pacte hobbien est aujourd'hui vidé de toute substance: caduc, en fait. Et donc, aussi, on est tout à fait légitimé à ne plus obéir à l'Etat. On continue à le faire parce qu'on y est contraint, mais ce n'est là, justement, que l'effet de la contrainte. Sitôt qu'on peut lui désobéir impunément, on ne s'en prive d'ailleurs pas. On est dans un rapport de force. L'Etat ne défend même plus aujourd'hui les frontières. Au nom de quoi, dès lors, continuerait-on à lui obéir? A la limite, même, lui désobéir devient un devoir: le devoir de désobéissance (et, au-delà encore, de résistance: article 35 de la Déclaration des droits de 1793). Bref, si je comprends bien, l'Etat total est par là-même aussi l'ennemi total, dit l'Ecolière. Tu ne choisis pas ton ennemi, dit l'Ethnologue, c'est lui qui te choisit.





12/17/2016

Dignité

Ils parlent de l'image et de la dignité de l'Etat, dit l'Ethnologue. Ces propos me font rire. Qui d'autre, aujourd'hui, que l'Etat lui-même est responsable de la dégradation, effectivement préoccupante (enfin, n'exagérons rien), de l'image et de la dignité de l'Etat? Ils n'ont pas besoin pour cela d'aide extérieure. Ils font très bien le travail tout seuls. Pour le reste, comment croire un seul instant qu'on puisse aujourd'hui mener au sein de l'Etat le moindre début d'amorce de réflexion sur des sujets tels que ceux que vous me citez, sans qu'aussitôt les dirigeants n'interviennent pour y mettre le holà.  L'intérêt de l'Etat n'est en aucune manière d'anticiper sur les risques possibles de crise sociétale (risques que certains n'hésitent d'ailleurs pas à considérer comme des non-risques - un pur produit de l'imagination, n'est-ce pas: il est dramatique d'y ajouter foi), il est au contraire d'anesthésier au maximum les populations en leur distribuant des soporifiques. Logique, puisque, comme cela a souvent été dit, l'Etat s'emploie lui-même à alimenter les crises en question pour les instrumenter à son profit. Nous savons tous également très bien, du moins je l'espère, que si de tels risques devaient un jour se concrétiser, nous ne pourrions compter que sur nous-mêmes. Non seulement l'Etat ne ferait rien pour nous protéger, mais s'il pouvait nous enfoncer davantage encore, il n'hésiterait pas.


12/16/2016

Détresse

La Bique est en très grande détresse, dit l'Auditrice. Les élections ont lieu l'an prochain, or le risque est grand qu'elle prenne une tisane. Les mots me manquent pour dire les effets que l'éventuel effacement de ce condensé de belles compétences pourrait avoir pour le bien commun. C'est inexprimable. Sauf qu'il y a le Journal. Ah, le Journal. Heureusement qu'il y a le Journal. Faire diversion, je sais. C'est même ce que je sais faire de mieux. En plus, je sais qui sont les dirigeants. Les vrais. Et m'inventer des prétextes. Trois personnes sont dans leur collimateur: l'Apiculteur, le Portraitiste, ainsi qu'un proche de l'Epouvantail, auteur d'ouvrages de référence sur les crises sociétales présentes et à venir. Le Journal leur reproche, à eux trois, d'avoir infiltré l'Etat de droit en y créant un groupe de réflexion sur des sujets prohibés: les crises sociétales, justement, mais aussi l'... de masse, le péril ..., etc. La Bique s'est dite profondément choquée par ces révélations. C'est l'image même de l'Etat qui est en jeu: son image même et sa dignité. En plus, le Portraitiste n'a pas de téléphone portable. C'est contraire aux valeurs humanistes. Qui lit encore ces feuilles discréditées*, dit l'Etudiante: ces petites pravdas épanchant leur venin, c'est tout. Les gens haussent les épaules et passent leur chemin. Pour sauver son siège branlant, la Bique, excuse-moi, devra trouver autre chose.

* Cf. L'Antipresse, 4 et 11 décembre 2016 (sur Internet).






12/07/2016

Comme réalité

Parlons un peu maintenant des droits de l'homme, dit le Cuisinier. Comme vous le savez, il existe une commission spécialisée de l'ONU dans ce domaine. Elle est aujourd'hui présidée par l'Arabie séoudite. A partir de là, deux attitudes sont possibles. Ou bien l'on dit: ce système est complètement shizo, il nage en pleine contradiction. Ou bien l'on dit: non, pas du tout. Il est complètement cohérent avec lui-même. Simplement les droits de l'homme ne sont pas ce que vous croyez qu'ils sont. Vous vous imaginez ceci ou cela. Mais vous êtes hors réalité. Vous ne comprenez pas ce que sont réellement les droits de l'homme: les droits de l'homme comme réalité. Personnellement, j'adopte cette deuxième attitude. Ce qui m'intéresse, moi, c'est la réalité. De même, en effet, que Zinoviev parlait du communisme comme réalité*, il y a lieu, en 2016, de parler des droits de l'homme comme réalité: en Europe, par exemple, le fait que vous soyez aujourd'hui privé de tout droit (autre que celui de la boucler). En ce sens, il est tout à fait logique de confier la présidence de la commission des droits de l'homme à l'Arabie séoudite. Machiavel parlait de la "vérité effective de la chose". Nous voici, en l'occurrence, confrontés à la vérité effective de la chose. Pour une fois, la chose s'affiche comme étant ce qu'elle est. Autant ça que le contraire.

* Le communisme comme réalité, L'Age d'Homme, 1981.



12/06/2016

50 %, disons

Voici d'autres chiffres, dit le Cuisinier. En gros, comme vous le savez, plus de la moitié des mariages se terminent aujourd'hui par un divorce. Certains pensent que c'est beaucoup. Personnellement, je pense que c'est très peu. Ah bon, dit la Poire? Il y a quelques années, une femme avait déposé plainte contre son mari parce qu'elle s'estimait délaissée, dit le Cuisinier. Le mari n'accomplissait pas son devoir conjugal. Vous vous dites peut-être que la plainte a été classée. En aucune manière. Non seulement elle n'a pas été classée, mais le mari a été condamné à 10'000 (je dis bien dix mille) euros de dommages intérêts*. A juste titre, dit la Poire. "Celui qui se prive de tous les plaisirs comme un rustre devient une sorte d'être insensible", relève Aristote**. C'est très répréhensible. De plus, sachez-le bien, contraire aux droits de la femme. Je ne discute pas ce point, dit le Cuisinier. La question que je soulève est d'ordre, plutôt, statistique. Pourquoi si peu de gens divorcent-ils? 50 %, effectivement, c'est très peu. Comme vous le savez, il est interdit de critiquer une décision de justice, dit la Poire. Les gens s'en abstiennent donc, au moins publiquement. Ils montrent par là qu'ils respectent les autorités. 50 % d'entre eux, disons. Ne me dites pas que c'est trop. Si c'est ce que vous pensez, dit le Cuisinier.

* Le Monde, 1er et 14 décembre 2011.
** Ethique à Nicomaque, 1104 a 24.


12/05/2016

Physiologiques

98 % des gens ont donc un téléphone portable, dit le Visiteur. Ce chiffre est énorme, je vous le concède. 95 % aussi des gens regardent la télévision. Là encore, c'est beaucoup. En revanche, paraît-il, beaucoup de gens dissimulent leurs avoirs et leurs revenus pour échapper à la fiscalité confiscatoire. C'est évidemment consternant. Ce qui m'intéresse aussi, c'est ce nouveau débat qui vient de surgir autour de l'IVG. A ce qu'on raconte, les sites de propagande gouvernementaux diffusent toutes sortes d'informations fausses à ce sujet*. Mais ce qu'on constate aussi, c'est que personne, étrangement, ne les consulte. Les sites les plus consultés sont, au contraire, ceux qui combattent ladite IVG (en proposant, par exemple, des solutions alternatives). Voyez la rage des dirigeants. Quand, par conséquent, on parle d'Etat total, il importe en même temps de bien prendre en compte les résistances auxquelles il se heurte, résistances, en l'occurrence, qu'on pourrait qualifier de physiologiques. Car, pour l'essentiel, elles sont liées au corps. C'est le corps, ici, qui s'exprime. Ou l'âme, ce qui revient au même. S'inscrivent également en ce registre les mouvements de résistance à l'... de masse, ... voulue et instrumentée par l'Etat total. Ce qu'on observe donc, c'est un certain devenir institutionnel: devenir, certes, déjà proche de son point d'aboutissement projeté, mais encore inaccompli.

Le Figaro, 2 décembre 2016, p. 10.



11/22/2016

Propositions

Soit, dit l'...: vous avez décidé de vous passer de téléphone. Et après? L'étape suivante, vous la connaissez comme moi: ce sera la monnaie numérique. A la gare, par exemple, en lieu et place des guichets actuels, il y aura des bornes électroniques. Vous ferez quoi alors? Reculer, en soi, c'est très bien. Je ne suis pas contre. On recule, on recule encore, sauf qu'à un moment donné, on se retrouve le dos au mur. C'est ce que je veux dire. Les Scythes*, à ce que je sache, ne se sont jamais retrouvés le dos au mur, dit l'Ethnologue. Ils disposaient de beaucoup d'espace, dit l'... Nous, de beaucoup moins. Vous avez vu les dernières propositions de Mme …: celles visant à un meilleur contrôle des médias à l'échelle de l'Union européenne? Ou encore, en France, la loi dite "Egalité et citoyenneté"? C'est vraiment l'Etat total. Et en même temps, comme vous le voyez, tout part en petits morceaux, dit l'Ethnologue. Personne ne croit plus à ce qu'ils racontent. Ils ont perdu toute légitimité. C'est l'Etat total, mais version Brejnev. Pesé, compté, divisé. J'en reviens à la phrase de Clausewitz**, dit l'...: "La forme défensive de la guerre n'est (…) pas un simple bouclier, mais un bouclier formé de coups habilement donnés". Il parle de coups. Parfois cela s'impose, parfois au contraire non, dit l'Ethnologue. C'est très variable. Il faut être économe de ses forces. Ce système, je le pense, s'effondrera de lui-même. Rien ne presse.

* Hérodote, Histoires, Livre IV.
** Voir "L'autre non", 31 juillet 2016.



11/21/2016

Angoissant

On l'a relevé l'autre jour*, dit l'Ethnologue: seuls 2 % des gens n'ont pas de téléphone portable. 2 %, en un sens, c'est très peu. Qu'est-ce que c'est, 2 % ? Mais, pour les dirigeants, c'est beaucoup: beaucoup trop, en fait. 2 % des gens sans téléphone portable, c'est aussi 2 % des gens non traçables. On ne sait ni où ils sont, ni avec qui ils sont. Ni non plus ce qu'ils font. Un véritable trou noir. C'est très angoissant. Dès lors, que faire? Une solution s'esquisse. Les gens qui n'ont pas de téléphone portable ont, en revanche, tous un fixe. Justement, parlons du fixe. Vous aurez remarqué le récent basculement de l'analogique vers le numérique. Chacun sait que le numérique est beaucoup moins fiable que l'analogique. Il coûte, il est vrai, aussi moins cher. A un moment donné, on dira: le fixe, aujourd'hui, c'est fini. Oublions le fixe. Il y a trop de pannes. Tout le monde, dès lors, sera obligé d'acquérir un portable. Ce pourrait être une solution. Et même astucieuse. Sauf, si l'on y réfléchit, que ce n'en est pas vraiment une. Car il y aura toujours quelqu'un pour se dire: tant pis, je me passerai désormais de téléphone. Il y a deux cent ans, les gens s'en passaient bien. Je ré-apprendrai à m'en passer. Pour les dirigeants, il n'est même pas pensable que quelqu'un puisse aujourd'hui se passer de téléphone. A mon avis, ils se trompent. Ils sous-estiment les capacités de résistance de l'être humain.

* Voir "Une bonne chose", 29 septembre 2016.

11/08/2016

Suivent

Dans son livre, L'insécurité du territoire, paru il y a une quarantaine d'années*, Paul Virilio rappelait que le Christ était "mort sous le coup d'une seule accusation, ennemi de l'Etat", dit l'Ethnologue: pour cela et rien d'autre. Cette remarque retient l'attention. Elle signifie, en particulier, qu'on ne saurait, purement et simplement, confondre le christianisme avec les églises. Le christianisme est une chose, les églises une autre. A la limite, même, les églises n'ont rien à voir avec le christianisme. Les églises, on le sait, ont toujours servi l'Etat avec zèle. On peut même, si l'on y tient, remonter à St Paul: omnis potestas a deo. Depuis longtemps, le pli est pris. C'est l'union du trône et de l'autel. Sauf que le trône, entre-temps, s'est beaucoup transformé (en même temps que redimensionné). A l'ancien Etat-nation territorial (Gott mit uns), aujourd'hui tombé en obsolescence, s'est substitué l'Etat planétaire total, avec ouverture des frontières, chômage de masse et espionnage généralisé. Les territoires encaissent, après nous le déluge. Autre différence encore, les valeurs. N'oublions pas les valeurs. Les églises s'essoufflent à suivre, mais suivent. Voyez les déclarations du pape. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que les pratiques s'effondrent, comme on le voit aujourd'hui. A terme, effectivement, les églises sont promises à disparition**. Les populations trahies, très logiquement, leur tournent le dos. Mais je parle ici des églises. La mort du Christ, elle, est toujours d'actualité.

* Stock, 1976 (1ère édition); Galilée, 1994 (2e édition).
** Voir "C'est pas son truc", 7 novembre 2016.






11/07/2016

C'est pas son truc

J'ai écouté hier le culte à la radio, dit l'Auditrice. Je comprends mieux maintenant ce que veut dire l'Ethnologue, quand il dit que les églises, aujourd'hui, sont promises à une fin prochaine. Le plus impressionnant encore, c'est le zèle qu'elles-mêmes mettent à accélérer encore le rythme. On a d'abord eu droit à du Gospel. En soi, déjà, un bon accélérateur. Puis l'un des deux pasteurs a dit (car ils étaient deux, un homme et une femme): "Les conventions, on s'en balance". On s'en balance, soit. Mais par quoi, alors, les remplacera-t-on ? Si je vous réponds: par un certain nombre de clichés, de redites usées et d'idées toutes faites, vous ne serez, je pense, pas outre mesure surpris. J'ai relevé en particulier cette perle (ça, c'est la femme): grâce à Internet, a-t-elle articulé, les gens savent aujourd'hui beaucoup plus de choses que n'en savaient leurs parents. C'est vrai que quand on écoute un peu les gens autour de soi (dans la rue, au boulot, etc.), on est frappé par l'étendue de leurs connaissances. Ne parlons pas même de la richesse de leur conversation. La même en a appelé ensuite à l'ouverture: il faut s'ouvrir aux "nouvelles spiritualités", a-t-elle proclamé: danse, yoga, soufisme, etc. Ils disaient déjà ça en mai 68. Bref, je pense, ça va maintenant aller très vite. A un moment donné, l'un des deux a lâché (l'homme, je crois): "Les raccourcis, c'est pas son truc, à Jésus". A lui en revanche, oui, je pense. Un raccourci vers la fin.



10/22/2016

"Voir du pays"

Il est généralement admis que les frontières, aujourd'hui, passent à l'intérieur des villes, dit l'Ethnologue. Mais il y a des exceptions: quand, par exemple, l'OTAN envoie des troupes en Afghanistan. Là, manifestement, on est très loin des villes. On a même tendance à les oublier. Dans Voir du pays, le film de Delphine et Muriel Coulin, des militaires français, justement, rentrent d'Afghanistan. A mi-parcours, ils font escale à Chypre, son ciel bleu, ses hôtels de luxe, etc. C'est l'ile d'Aphrodite (aujourd'hui divisée en deux, rappelle quand même le film). Pendant trois jours, ils décompressent, participent à des thérapies de groupe. Oui, car il faut leur remonter le moral. En Afghanistan, des collègues sont morts. Au fond, pourquoi ? Le colonel récite son texte: "Morts pour la France". La réalité est qu'ils sont morts pour rien, et tout le monde le sait. D'où un certain vague à l'âme. Des psys sont appelés en renfort, ils distribuent des questionnaires. Le film se focalise sur deux femmes-soldats, deux copines. Aujourd'hui, la guerre n'est plus un monopole d'hommes, les femmes aussi s'en mêlent. On en voit une à l'aéroport, elle traîne son volumineux paquetage, il est beaucoup trop lourd pour elle. Un collègue homme s'offre pour le lui porter. Là encore, on se heurte à la réalité. Le séjour à Chypre se passe d'ailleurs assez mal, les nerfs sont à vif. Des militaires en viennent aux mains, sortent des couteaux. L'une des deux filles manque de se faire violer. Etc. Le psy comme ultime recours. Mais il y a une limite à ce que peut faire un psy. Le psy ne peut pas donner du sens à ce qui n'en a pas.


10/18/2016

Survie

D'ordinaire, le médecin écoute, et c'est le patient qui se confie, dit le Cuisinier. Sauf que cette fois cela a été l'inverse. Il est dans la cinquantaine, regrette d'avoir autrefois choisi la médecine comme métier. Il aurait mieux fait d'en choisir un autre. Ses conditions de travail n'ont cessé de se dégrader depuis une quinzaine d'années. Tout est désormais minuté, chronométré. Le métier s'est complètement robotisé. J'essaye de relativiser. C'est pareil ailleurs, lui dis-je. Aucun secteur n'échappe aujourd'hui à la robotisation. Voyez l'enseignement, les professions juridiques, etc.  Il m'écoute, mais ça n'a pas l'air de beaucoup le soulager. Il se plaint aussi de la dictature des caisses d'assurance. Elles se sont appropriées tous les pouvoirs:  rationnement des soins oblige. On a intérêt aujourd'hui à ne pas tomber malade. Puis il se lâche. Le directeur régional de la santé publique, membre en vue de la suprasociété, gagne 300'000 euros par an, alors que lui-même, médecin, 15 ans de formation, sur la brèche du matin au soir, parfois même le week-end, ne gagne que 5'000 euros par mois. Je feins l'étonnement: 300'000 euros, dites-vous? Est-ce seulement possible? Il décrit ensuite ses patients. Stress, souffrance au travail, je n'arrive plus à suivre, docteur. Il parle de décomposition sociale, d'économie de survie. Allais-je lui dire que tout cela est voulu? Et ainsi de suite. Je remarque que quand les gens commencent à parler, ils ont peine à s'arrêter.


10/01/2016

Jan Marejko

Jan Marejko est mort à Genève le 21 septembre dernier, il avait 69 ans. Ce disciple de Raymond Aron et de Hannah Arendt laisse derrière lui une oeuvre importante: une quinzaine d'ouvrages, au carrefour entre la philosophie politique et la philosophie des sciences. C'était un vrai philosophe, un philosophe au sens premier, platonicien, du mot. Une expression revenait souvent dans sa bouche: "la vie de l'esprit". Il aimait la vie de l'esprit, et l'aimait pour elle-même: pour le plaisir même, la joie, qu'elle lui procurait. Il aimait aussi la liberté. Quand il s'exprimait, il le faisait toujours à la première personne: c'est moi qui parle: moi, et non quelque chose (ou quelqu'un) d'autre à travers moi: les livres que j'ai lus, par exemple. Il avait une pensée personnelle. Nietzsche dit: "Dans toutes les institutions où ne souffle pas l'air vif de la critique publique, il pousse une innocente corruption, comme un champignon (par exemple dans les corps savants, les sénats)"*. Jan Marejko avait eu le courage, au  début des années 80, de faire souffler, sur un certain nombre d'institutions, "l'air vif de la critique publique". Elles ne le lui ont jamais pardonné. L'accès à l'enseignement universitaire lui fut ainsi barré: une vraie injustice, pour l'appeler par son nom. Sur le moment même, il en conçut de l'amertume, mais il comprit vite qu'il payait ainsi le prix de sa propre liberté de pensée et de parole. C'était injuste, et en même temps complètement naturel, normal. C'est ainsi que fonctionnent les "corps savants, les sénats". Ils ne sauraient fonctionner autrement (et en payent, de leur côté, chèrement le prix: leur propre insuffisance, en tant que corps, justement, savants, ou soi-disant tels. Aujourd'hui, on évoquerait leur effondrement). C'est ce que veut dire Nietzsche quand il parle de "corruption". On pourrait aussi parler de vénalité. Dans son dernier roman, Soumission, Michel Houellebecq en fait une description saisissante. Jan Marejko n'avait, quant à lui, que mépris pour la pseudo-"scientificité" universitaire, et ce qui l'accompagne le plus souvent: l'esprit, effectivement, de soumission. Politiquement parlant, Jan Marejko venait de l'extrême gauche, plus exactement encore du trotskisme, mais il s'était, avec le temps, quelque peu "droitisé". Quelque peu. Car, au fond, il était resté très semblable à lui-même. On le vérifiait parfois à son ton de voix, à sa manière de parler. Dans les années 80, il avait rejoint les rangs du parti libéral genevois, un parti de centre-droit, mais on peut se demander s'il y était réellement à sa place. Lui-même, au demeurant, l'admettait volontiers : sa véritable famille d'esprit était plutôt la famille libertaire et écologiste. Il avait participé à Mai 68, et en était resté marqué. Non-baptisé, il s'était converti au christianisme, mais son approche propre du christianisme n'était rien moins que dogmatique. Il avait subi l'influence de la psychanalyste d'orientation lacanienne Marie Balmary (Le sacrifice interdit), qui réinterprétait les textes bibliques à la lumière de la thématique oedipienne (elle-même revisitée). S'il fallait le situer religieusement, je le situerais quelque part entre la spiritualité juive (Levinas), et la spiritualité orthodoxe (Dostoïevski, Chestov, etc.). La vertu d'espérance était chez lui centrale. Lui-même est parti, mais il nous reste son oeuvre: Le Territoire métaphysique, Cosmologie et politique, bien sûr aussi sa grande thèse sur Rousseau (Jean-Jacques Rousseau et la dérive totalitaire), etc. De grands et beaux livres et qui montrent, effectivement, que la vie de l'esprit n'est pas un vain mot**.

* Humain, trop humain, VIII, 468.
** Un hommage lui est rendu dans l'Antipresse (sur Internet), ce dimanche-ci 2 octobre, sous la plume de Slobodan Despot.

9/27/2016

Une bonne chose

Tiens regarde, dit l'Ecolière. Les Suisses ont maintenant leur Patriot Act. Ils viennent d'approuver par référendum un texte de loi légalisant l'espionnage intérieur. Ce que les gens sont bêtes. Tu donnes de l'importance à des choses, en fait, qui n'en ont pas, dit l'Ethnologue. La police politique, en Suisse, n'a bien sûr pas attendu la loi en question pour ficher les gens, les tracer, etc. Elle le fait depuis longtemps. En soi, ce n'est pas nouveau. Simplement, ce qu'elle faisait, elle le faisait illégalement, alors que désormais ce sera légal. C'est le seul changement. Pour le reste, je dirais, cette loi est plutôt en elle-même une bonne chose. Elle aura peut-être un effet d'éveil. Les gens, bien à tort, croyaient jusqu'ici que l'oligarchie en place respectait certaines limites. Ils ne prenaient donc aucune précaution particulière. Ils vont peut-être commencer à en prendre. Renoncer à leur téléphone portable, par exemple. Seuls, actuellement, 2 % des gens n'en ont pas. Il serait étonnant que ce chiffre, particulièrement bas, ne s'oriente, ces prochaines années, quelque peu, au moins, à la hausse: ce qui, n'en doutons pas, ne manquera pas de combler de joie les dirigeants, résolument hostiles, comme on sait, à tout traçage des individus, en particulier par leur téléphone portable. Peut-être, aussi, la nouvelle loi conduira-t-elle certaines personnes à revoir leur utilisation de l'Internet. Quand tu as quelque chose de particulier à dire à quelqu'un, tu te déplaces toi-même pour voir la personne, ou encore tu utilises un messager. Ce sont des habitudes à prendre.

* Voir "Priorité", 10 avril 2015.





9/19/2016

A cela peut-être

C'était hier sur France Inter, dit l'Auditrice: une tribune de critiques de films. Comme toujours, dans ces groupes endogames, il y en a un qui joue le rôle de bouc-émissaire. On l'égratigne, le houspille. On l'interrompt quand il parle. Etc. Il joue aussi le rôle d'alibi. Voyez, on est en démocratie. Quinze jours plus tôt, ledit bouc-émissaire s'était permis, il est vrai sans les nommer, d'évoquer deux actrices de cinéma, de l'une disant: "la noire" (ce qui, paraît-il, ne se dit pas, c'est leur manquer de respect), et de l'autre: "la beurette" (pareil). L'animateur, d'un ton grave, est revenu là-dessus en début d'émission. De nombreux courriels lui étaient parvenus, des gens clamant leur indignation. Cher …, a-t-il dit (ils s'appellent tous par leur prénom), pourrais-tu, s'il te plaît, rassurer nos auditeurs ? dissiper les doutes affreux qu'ont suscités en eux tes propos malencontreux ? Houellebecq a intitulé son dernier roman: Soumission. On a donc eu droit à un exercice de soumission. "Si, sans le vouloir, j'ai pu blesser quelqu'un...", etc. Bien sûr, le type aurait pu dire non. Allez vous faire voir. Mais il savait que s'il le faisait, il devenait non coopté. Jamais plus on ne le réinviterait. La voix tremblante, il s'est donc exécuté. On se demande parfois à quoi ressemblaient les séances d'autocritique sous Staline ou Brejnev. A cela peut-être. Un vrai sujet de film, par ailleurs.




9/14/2016

S'essaie

Tiens, dit l'Ecolière, elle s'essaie à la désobéissance civile. C'est une députée. Elle aidait des … à traverser illégalement la frontière. Les aider à traverser la frontière, c'est ce que fait aussi la Carpe, dit l'Avocate. A beaucoup plus grande échelle, même. Mais elle, tout à fait légalement. C'est quand même mieux ainsi, dit la Poire: je veux dire, légalement. On est dans un Etat de droit. Vous croyez, dit l'Avocate? La vraie différence n'est pas entre le légal et l'illégal, dit le Cuisinier : mais entre les amateurs et les professionnels. La Carpe, elle, est une professionnelle. Qu'est-ce qu'elle risque, dit le Visiteur: je parle de l'autre, de celle qui s'essaie? L'Emission mène le bal, dit l'Auditrice. C'est une icône, la digne héritière des résistants au totalitarisme au siècle précédent, etc. Vous allez voir, dit le Double: elle aura bientôt sa rue à elle, que dis-je: son établissement scolaire. Oui, mais d'abord, il faut que la Carpe ait son prix Nobel*, dit le Cuisinier. Sincèrement, elle le mérite. Après tout ce qu'elle a fait. Il manque un Robespierre, dit l'Ecolière. Bon, dit l'Avocate, si l'on parlait d'autre chose? Je dis ce que je pense, dit l'Ecolière. C'est qui Robespierre, dit le Dégéèciste? Un confrère à moi, dit l'Avocate. Il vit à Arras. Vous me rassurez, dit le Dégéèciste. Je croyais qu'il … Vous êtes mal renseigné, dit l'Avocate.

* Voir "Prix Nobel", 1er avril 2016.





8/24/2016

Evolutive

Regarde, dit l'Ecolière. Elle est professeur en études genre à ... La voilà, dans le Journal, qui prend position contre l'interdiction du voile intégral : l'interdire, affirme-t-elle, est "une tyrannie de la majorité blanche". Comment peut-elle enseigner l'égalité de genre, et en même temps dégoiser comme elle le fait? En plus, elle parle de majorité blanche: moi qui croyais que les races n'existaient pas. D'abord, l'idéologie du genre n'enseigne pas l'égalité de genre, dit l'Avocate: qu'est-ce que tu inventes. Elle enseigne la prééminence d'un des deux genres sur l'autre. C'est différent. Ensuite, cette idéologie est évolutive. L'idéologie du genre défend la prééminence d'un des deux genres sur l'autre: soit. Mais toute règle a ses exceptions. L'exception, en l'occurrence, est liée à la … Lorsque les idéologues du genre ont à choisir entre l'idéologie du genre et la ..., ils choisissent la … Ne me demande pas pourquoi, c'est ainsi. A partir de là, l'idéologie du genre se retourne. La soumission, j'aime. Et même j'en redemande*. On maquille ensuite tout ça en parlant de majorité blanche. En principe, les races n'existent pas, c'est vrai. Mais lorsque cela s'avère utile, tu as tout à fait le droit de dire qu'elles existent. Après, si tu lui dis, à cette …, qu'on ne peut pas à la fois être pour la prééminence de la femme et contre l'interdiction du voile intégral, elle te dira que ta remarque est blessante. C'est du paternalisme. La cohérence a été inventée par le vieux mâle blanc chrétien, on peut donc très bien s'en affranchir. C'est même un devoir moral.

* Voir "Burqa", 13 octobre 2013.


8/15/2016

Main-forte

Ah, la Corse, dit l'Ecolière. C'est vraiment particulier, la Corse. Au fait, qu'est-ce qu'elle a de si particulier? D'abord, pour paraphraser Michelet, c'est une île, dit l'Avocate. Qui plus est, relativement petite. Il n'y a pas beaucoup d'espace sur cette île. Quand, en France métropolitaine, l'Autre, avec un grand A, s'empare d'un quartier, d'une ville, voire d'un département entier, pour y instaurer la mixité sociale, théoriquement au moins tu as toujours la possibilité de déménager. Le pays est grand*. Là-bas, en Corse, où veux-tu déménager? Les gens sont le dos au mur, pardon: à la mer. Conséquence, elle est vite tirée. J'ajoute ce qui suit. En Corse, l'Etat lui-même est traditionnellement perçu comme un intrus. Il l'est d'ailleurs, objectivement. A partir de là, quand l'Etat intrus, ne se contentant pas d'être ce qu'il est, Etat intrus, en vient par-dessus le marché à prêter main-forte à l'intrusion d'un nouvel intrus, l'Autre, en l'occurrence, qui plus est avec un grand A, les gens ne sont pas trop surpris. Très vite, ils passent à la case suivante. Je ne dis pas que c'est bien, c'est évidemment très mal. Répète après moi: c'est évidemment très mal. L'Etat n'est pas moins intrusif sur le continent qu'il ne l'est en Corse, dit l'Ecolière. Il l'est même davantage encore. Sauf que les gens, sur le continent, n'en ont pas conscience, dit l'Avocate. Tu vois la différence?

* Cf. Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2104.


8/01/2016

A l'envers

En règle générale, quand ils évoquent la guerre civile, les gens en parlent au singulier, dit l'Avocate. C'est une erreur. Si une telle guerre devait éclater un jour (ce qu'à Dieu ne plaise), il n'y en aurait pas une, mais plusieurs à la fois (plus ou moins liées entre elles, il est vrai). Chacun des deux camps en présence serait en effet lui-même divisé en deux. Prends le camp d'en face. On a parfois l'impression qu'il est tout d'une pièce. C'est loin d'être le cas. Sur les quelque 10 ou 15 millions d'individus qu'il regroupe (évaluation basse), beaucoup non seulement n'ont rien à voir avec l'…, mais lui sont tout à fait hostiles. Il faut les écouter, lire leurs livres. Ce sont eux, bien souvent, qui expriment les plus grandes craintes à son sujet. Car ils savent de quoi ils parlent, souvent même ont payé assez cher pour le savoir. Eux ne comprennent pas notre passivité, certains vont même jusqu'à dire notre lâcheté. En laissant ainsi les choses se faire, en ne disant pas, à un moment donné, stop, jusque là mais pas plus loin, vous creusez votre propre tombe (et la nôtre en même temps), insistent-ils. C'est maintenant qu'il vous faut faire quelque chose: demain il sera trop tard. Etc. Ces gens ne sont certes qu'une minorité, mais une minorité quand même. Ce sont des alliés objectifs, et sans doute même subjectifs. En face, c'est la même chose, mais à l'envers. Tu parles des élites, dit l'Ecolière? Chacun est libre de son vocabulaire, dit l'Avocate.

7/31/2016

L'autre non

Les gens se demandent s'il y aura une guerre civile, dit le Visiteur. En fait, la guerre civile, elle est là. Mais elle est unilatérale. Un des deux camps fait la guerre, l'autre non. Vous oubliez l'opération ..., dit la Poire. Tous ces soldats en armes déambulant dans la rue, les aéroports, etc. N'êtes-vous pas impressionné? Puisque vous m'y contraignez, je vais vous citer Clausewitz, dit le Visiteur: "La forme défensive de la guerre n'est (…) pas un simple bouclier, mais un bouclier formé de coups habilement donnés"*. Autrement dit, on ne se défend pas sans attaquer aussi un peu. Juste un peu. Mais un peu quand même. Quelques coups, mais "habilement donnés". Un simple bouclier ne suffit pas. Surtout quand il est plein de trous, comme c'est le cas en l'occurrence. Qu'est-ce que vous proposez donc, dit la Poire? Le président Poutine a dit récemment qu'il fallait aller chercher les … jusque dans les …, dit le Visiteur. Personnellement, je dirais qu'il faudrait aussi tirer la chaîne. Mais je ne fais qu'exprimer une opinion personnelle. Je ne suis pas un spécialiste. Le FNLC corse a récemment aussi lancé une proposition dans ce domaine**. C'est une proposition parmi d'autres. On pourrait enfin citer les Israéliens. Eux, je pense, ont compris de quoi se défendre était le nom. Juste se défendre. A partir de là, chacun décide. Mais on ne peut pas faire dire aux mots n'importe quoi.

* De la guerre, VI, 1.
** Le Figaro, 29 juillet 2016, p. 4.


7/30/2016

Moins désormais

L'erreur des conquérants, classique, est de céder à l'impatience, dit le Visiteur. Ils veulent tout et tout de suite. Ils vont trop vite, se compliquant ainsi à eux-mêmes la tâche. Car il ne faut jamais brûler les étapes. Ni non plus bien sûr se démasquer prématurément. L'écrasante majorité des Européens, ces dernières années, s'étaient peu ou prou faits à l'idée de leur propre disparition prochaine en tant que culture. Ils s'y étaient résignés. Ils avaient, en ce sens, complètement intériorisé le discours officiel, celui des princes-esclaves européens* et de leurs relais dans l'espace techno-médiatique. Ouf, se disaient lesdits princes-esclaves. Mission accomplie. On peut respirer. Sauf que les récents attentats ont sinon rebattu les cartes, du moins relancé la partie. Tout paraissait si simple, ce l'est un peu moins désormais. Les gens sont peut-être indifférents à leur héritage civilisationnel. En revanche, comme tous les êtres vivants, ils sont animés d'un certain instinct de survie: individuel, certes. Mais réel. Ils n'ont pas, par exemple, tellement envie de finir comme le P. Hamel dans son église de Normandie, la gorge tranchée. Pour ne rien dire des clients du Bataclan, en novembre dernier, retrouvés morts avec les testicules dans la bouche. C'est nouveau comme prise de conscience. On ne sait au juste à quoi elle conduira (si elle conduit à quelque chose). Mais le temps d'adaptation à l'ordre nouveau risque de s'en trouver singulièrement allongé.

*Voir "Quelque part", 2 juillet 2013; "Risques", 5 septembre 2015.


7/19/2016

Viens les prendre

C'est ce qui ne se passerait pas, je pense, en Suisse, dit l'Avocate. Enfin, je pense. Non, je ne parle pas de ce faux coup d'Etat manqué. Je parle de l'autre, du vrai: lui tout à fait réussi, en revanche. A ce qu'on raconte, les arrestations se comptent par dizaines de milliers. Et pourquoi donc, dit l'Ecolière? Parce qu'en Suisse, les gens sont armés, dit l'Avocate. C'est le principe du citoyen-soldat. Les gens possèdent à peu près tous une arme à domicile. Les coups de filet au petit matin, même sur la base de listes préétablies, deviennent, dès lors, plus délicats. Si tu vois ce que je veux dire. On peut les leur confisquer, dit l'Ecolière. Il y a même, si je ne me trompe, une directive de Bruxelles à ce sujet. Les ministres suisses, comme tu sais, obéissent toujours scrupuleusement aux ordres de Bruxelles. Viens les prendre, dit l'Avocate.

7/18/2016

Apparu

Tiens, si l'on jouait au coup d'Etat, dit le Collégien? Très bonne idée, dit l'Ecolière. Voyons donc. "L'..., les traits tirés, est apparu ce matin à la télévision". Après un coup d'Etat, même manqué, il faut toujours avoir les traits tirés. Rappelle-toi, au cas. Ensuite tu prononces ces mots ailés: "Il faut accélérer la mobilisation". C'est ce qu'ils disent tous*, tu répètes. A partir de là, tu ouvres les hostilités. Première mesure, une large amnistie, qui fera que les prisons seront un peu moins pleines qu'elles ne le sont aujourd'hui. Je pense en particulier aux criminels multirécidivistes. Evidemment cela produira du chaos, mais justement c'est le but. Dois-je le préciser, tu ne vas pas le crier sur les toits. Et d'une. La garde nationale, ensuite. Elle sera réactivée, avec pour mission prioritaire la protection des sites les plus menacés: mosquées salafistes, zones de non droit, etc. Et de deux. Accessoirement, Françaises, Français, un couvre-feu est décrété, il s'étend à l'ensemble du territoire, je dis bien l'ensemble: hormis, bien sûr, le 93, plus un petit millier d'autres endroits dits sensibles. Mais ce n'est pas la peine d'en parler. Tertio, un impôt exceptionnel de 50 % sera perçu sur le capital, afin de permettre à la République d'honorer ses engagements internationaux en matière d'accueil de migrants. Juste cette année, bien sûr. L'an prochain, ce sera 75 %. C'est la dernière ligne droite. Tu oublies l'état d'urgence, dit le Collégien. Au regard  des menaces actuelles pesant sur le droit et la liberté des citoyens, il y aurait lieu peut-être de le prolonger. De combien, d'après toi? Je ne sais pas, dit l'Ecolière. De vingt-cinq ans, peut-être? Plus, dit le Collégien. Cinquante. Que dirais-tu aussi d'une purge? Soit, dit l'Ecolière. Des listes préétablies de noms existent déjà, tu les trouveras au fond du tiroir.

* France Inter, 15 juillet 2016.








6/24/2016

Jusqu'au bout

Vous voyez, dit la Poire. Même si ce que vous disiez l'autre jour était vrai, cela ne marche pas. Les gens ne se laissent pas ainsi manipuler. C'est vrai que la manipulation ne marche pas toujours, dit le Cuisinier. Je ne l'ai d'ailleurs jamais dit. Mais quand elle ne marche pas, on a encore cette possibilité: faire comme si elle avait marché. Voyez par exemple ce qui s'est passé il y a une dizaine d'années avec le référendum sur la constitution européenne. Une majorité de citoyens dans plusieurs pays ne voulaient pas de ce texte, ils l'ont même fait savoir par référendum. Chacun sait qu'il n'en a été tenu aucun compte. Les citoyens ont voté pour rien. En Suisse, les citoyens ont exprimé à plusieurs reprises leur refus de tout assujettissement à l'Eurocratie bruxelloise. Cela n'a pas empêché le gouvernement de ce pays de conclure toutes sortes d'accords avec ladite Eurocratie, accords qui font que la Suisse a aujourd'hui perdu toute souveraineté. On fait semblant d'appliquer la volonté populaire, et en réalité on fait le contraire. D'une manière générale, les dirigeants ne baissent jamais les bras. Ils vont toujours jusqu'au bout de ce qu'ils ont décidé de faire. Car c'est eux qui décident: eux et personne d'autre. Ils ont le pouvoir, ils ne vont évidemment pas le lâcher. Donc, à vous en croire, il ne s'est rien passé, dit la Poire. Qu'est ce qui s'est passé, dit le Cuisinier?


6/21/2016

Tous ensemble

Certains disent que la mort violente de cette députée, une semaine, juste, avant le référendum sur le Brexit, relèverait de la manipulation, dit le Cuisinier. Quelle sotte idée. C'est comme si l'on disait que les fraudes électorales massives récemment constatées en Autriche auraient eu pour but d'empêcher l'élection d'un candidat anti-régime. Simple concomitance, en fait. Ou alors dites tout de suite qu'on n'est plus en démocratie. Allez, dites-le. C'est absurde. Certains vont même plus loin encore, ils disent que les sempiternelles discussions sur les chances ou non qu'auraient certaines formations décriées de l'emporter un jour en une élection tant soit peu importante sont oiseuses. Lesdites formations peuvent éventuellement frôler les 50 %, ça oui. On vient encore de le vérifier. Mais les dépasser, non. Ce n'est même pas pensable. C'est donc perdre son temps que d'en parler. Là, carrément, on porte atteinte à la démocratie. Les gens qui tiennent un tel discours cèdent, sans le dire, à l'hydre complotiste, autre bête immonde, contre laquelle les dirigeants ne cessent en permanence de nous mettre en garde. Tous ensemble, résistons au complotisme.

6/12/2016

Leur âme

Vous avez vu leurs cérémonies, dit l'Etudiante? Non, je ne parle pas de l'iman bénisseur. L'iman bénisseur, on en a déjà parlé*. Je parle de cette liturgie sataniste**, liturgie au cours de laquelle l'arbre de vie, celui de la Genèse, a été représenté la tête en bas. Chacun sait que, dans l'iconographie chrétienne, l'arbre de vie représente en réalité la croix***. C'est donc la croix chrétienne qu'ils ont mise à l'envers. Si ça peut les distraire, dit l'Avocate. A leur prochaine inauguration de tunnel, je pense, on aura droit à des scènes de nécrophilie, dit l'Auditrice. Qui sait, même, peut-être, d'anthropophagie. En fait, ils iront beaucoup plus loin encore, dit l'Avocate. Dirais-tu qu'ils aient vendu leur âme au diable, dit l'Ecolière? Au diable, non, je ne pense pas, dit l'Avocate. On ne vend jamais rien au diable. Le diable prend ce qu'il lui plaît, c'est tout. Non, tout simplement à leurs officiers traitants. Eux paient plutôt bien. Enfin, cela dépend. D'ordinaire, ces choses passent comme une lettre à la poste, dit le Double. Cette fois-ci, étonnamment, non. Chose à peine croyable, il y a même eu une interpellation au Parlement. Une députée. Vous voyez, on est encore en démocratie, dit l'Avocate. Dans la Divine Comédie, Dante situe le lieu de séjour des Joe au neuvième cercle de l'enfer, dit l'Ecolière: autrement dit tout au fond. Je doute qu'aucun d'entre eux n'ait jamais, une fois seulement dans leur vie, ouvert la Divine comédie, dit l'Avocate.

* Voir "L'occasion", 15 mai 2016.
** Sur Google: "Gottard satanic ceremonies".
*** Cf. Gabrielle Dufour-Kowalska, L'Arbre de vie et la croix, Editions du Tricorne, 1985.

5/16/2016

Alternance

A la fin du Noeud gordien, un de ses essais, Ernst Jünger observe que "la perte de la liberté provoque un engourdissement dans l'espace, dans l'esprit et dans l'âme"*, dit le Visiteur. Sauf, parfois, que les gens se réveillent. Vous parlez de Verdun, dit l'Etudiante? C'est très rare que le pouvoir recule, dit le Visiteur. Surtout quand des symboles sont en jeu. En règle générale, il ne cède pas. Il envoie plutôt ses prétoriens. Là, en revanche, il a cédé. Cela mérite attention. Vous avez une explication, dit l'Etudiante? La peur est le commencement de la sagesse, dit le Visiteur. Ces personnels, je pense, ont eu peur: peur pour eux-mêmes, tout simplement. Peur qu'il ne leur arrive quelque chose. Juste quelque chose. Ils sont habitués à prendre des risques, dit l'Etudiante. Quand, dans ce domaine-là, je dis bien ce domaine, les gens se réveillent, on ne peut plus simplement parler de risques, dit le Visiteur. On change de registre. On dit que les hommes aiment la servitude, dit  l'Etudiante. Vous vous souvenez du Grand Inquisiteur, le personnage de Dostoïevski. C'est en alternance, dit le Visiteur. Comme, justement, la veille et le sommeil. Les gens dorment parfois longtemps. On croit alors qu'ils sont morts. On peut aussi les maintenir en sommeil artificiel. Mais vous ne pouvez quand même pas faire n'importe quoi. Là, ils sont allés trop loin.

* Dans Essai sur l'homme et le temps, Christian Bourgois, 1970, p. 470.


5/13/2016

Tâches

C'est quoi exactement, un Joe, dit l'Ecolière ? Il faut distinguer les bébés Joe* des Joe adultes, dit l'Avocate. Les bébés Joe sont les apprentis Joe. En règle générale des étudiants. On leur fait faire une ou deux choses, juste pour voir. Après quoi ils sont pris en main. Ils rejoindront plus tard la vaste communauté des Joe adultes. Pour quelles tâches, dit l'Ecolière? C'est très variable, dit l'Avocate. Cela va de la ... à la tafta, en passant par la politique d'..., le soutien actif au …, la lutte contre l'…phobie, l'éradication de l'ancienne culture européenne, d'autres choses encore de ce genre. Se rendent-ils bien compte de ce qu'ils font, dit l'Ecolière? Des conséquences de leurs actes? Et j'ajoute: savent-ils bien pour qui ils travaillent? Ce sont des pragmatiques, dit l'Avocate. Ils ne se posent pas trop de questions. Ils font ce qu'on leur dit de faire, c'est tout. En contrepartie, leur carrière est assurée. Y a-t-il des défections, dit l'Ecolière? Parfois, mais c'est rare, dit l'Avocate. En fait, non.

* John Le Carré, Un pur espion.

5/12/2016

L'occasion

Le 1er juin prochain, ils inaugurent leur nouveau tunnel transalpin, dit l'Auditrice. De grandes cérémonies sont prévues, avec festin, rencontres entre Joe, le tout, bien sûr, sous haute surveillance. De tels événements, comme toujours, sont l'occasion, pour les dirigeants, de se livrer à diverses provocations. Ainsi, un iman a été invité, il bénira le tunnel. Surtout pas d'amalgame. Un iman, mais non, en revanche, les représentants de l'église protestante. Eux ne béniront rien. Un iman, pourquoi non, dit l'Etudiante. Mais on pourrait faire mieux encore : un groupe rap. Tu sais, comme à Verdun, dans le pays voisin. La section d'assaut. Ils viendraient dire ce qu'ils pensent de la ..., tout l'amour qu'ils lui portent, etc. La ministre est pour l'ouverture, dit la Poire. Elle réprouve également toute atteinte à la liberté d'expression. Elle devrait donc bien accueillir votre proposition.





4/29/2016

C'est bien la preuve

Tout à l'heure, à la radio, un apparatchik a déploré le fait que les gens, quand ils se rendent à une manifestation, portent désormais des gilets pare-balles, dit l'Etudiante. Des gilets pare-balles, mais aussi des masques à gaz. C'est bien la preuve, disait-il, que ces gens ont basculé dans "l'ultra-violence"*. L'ultra-violence, ce ne sont pas les gardes mobiles arrosant les gens de gaz toxiques, mais bien ceux, en application du principe de précaution, assez rationnellement, donc, essayant d'éviter l'asphyxie. Soit, dit l'Auditrice. Il yoyote. Cela étant, regarde les dirigeants. Quand ils sortent de leurs bunkers, c'est toujours en voiture blindée, entourés de gardes du corps. La circulation est bloquée, des militaires en armes sont postés à tous les coins de rue. Etc. On peut quand même, en l'occurrence, se poser certaines questions. Ils ne portent pas de masques à gaz, dit l'Etudiante.

* France Inter, 29 avril 2016.

4/28/2016

Espaces spéciaux

Qu'on soit en régime gynécocratique n'empêche pas les féministes de geindre en permanence sur le triste sort des femmes dans nos sociétés hyper-machistes, dit l'Etudiante. L'autre jour, à l'Emission, elles en ont remis encore une couche. Une tchékiste à voix métallique a réclamé la création d'"espaces spéciaux" réservés aux femmes. Celles-ci se verraient ainsi protégées contre la "violence masculine". Le lendemain même, dans le Gratuit, on racontait l'histoire d'un homme accusé à tort de viol: à tort, mais on ne s'en était pas rendu compte tout de suite. Le type a fait une dépression et plusieurs tentatives de suicide. Il a naturellement perdu son emploi. Quel rapport, dit la Poire?


4/04/2016

Trop pénible

Tenez, dit l'Ethnologue, c'est dans Guerre et paix: "L'approche de l'ennemi ne rendit pas les Moscovites plus sérieux, bien au contraire. Il en va toujours ainsi devant l'imminence d'une catastrophe. Deux voix également fortes s'élèvent alors dans l'âme: l'une conseille sagement de se rendre compte du péril et de chercher les moyens d'y parer; l'autre, plus sagement encore, dit qu'il est trop pénible de penser au danger, que l'homme ne saurait tout prévoir ni échapper à la marche des événements, et qu'il vaut mieux écarter toute pensée fâcheuse devant le fait accompli. Dans la solitude, l'homme obéit généralement à la première de ces voix; en société, au contraire, il se soumet à la seconde. Et voilà pourquoi on ne s'était jamais tant amusé à Moscou que cette année-là"*. Tu trouves que les gens, aujourd'hui, s'amusent, dit l'Ecolière? J'interprète ta question, dit l'Ethnologue. Tu penses, avec raison, que leurs jeux sont stupides. Et donc tu penses qu'ils ne s'amusent pas. Là, tu te trompes. Ils s'amusent au contraire beaucoup. Il ne faut pas surévaluer ses contemporains.

* Tolstoï, Guerre et paix, Pléiade, p. 974.


4/01/2016

Prix Nobel

La Carpe n'a pas de pétrole, mais elle a des idées, dit l'Auditrice. Chacun sait qu'en 2016, une nouvelle déferlante est attendue, plus importante encore que la précédente. Cela leur pose évidemment des problèmes. Ils ont déjà eu de la peine à caser les ... de 2015. Qu'en sera-t-il de ceux de 2016? La Carpe a trouvé la solution. Un projet de loi vient ainsi de voir le jour, il instaure, entre autres, un droit d'expropriation en cas de besoin. L'expropriation, il fallait y penser. Le prix Nobel est désormais à sa portée. Tu poses mal le problème, dit l'Ethnologue. Tu dis que l'expropriation leur sert à résoudre les problèmes migratoires: en fait, c'est le contraire. Les migrants leur servent à résoudre les problèmes de propriété. Ils veulent chasser les gens de chez eux. Quel meilleur moyen encore, pour y parvenir, que d'encourager, comme ils le font, ces mouvements pré-programmés et organisés de population? L'immigration n'est pas pour eux le problème, c'est la solution. Certaines personnes, à tort, se considèrent comme étant chez elles chez elles (dans leur maison, en ..., en Europe, etc.). Il faut les ramener à la réalité. Allez, dégagez, et plus vite que ça.


3/23/2016

Confiance

Que leur faut-il de plus, dit l'Ecolière: n'ont-ils pas déjà tout ce qu'ils veulent? Tout ce qu'ils veulent, non, dit l'Ethnologue. Tout ce qu'ils veulent, ils ne l'auront jamais. Car ils ne savent pas s'arrêter. Il n'y a pas de limites à ce qu'ils veulent. Aucune. En fait, que veulent-ils, dit l'Ecolière? Ils mentent très mal, dit l'Ethnologue. Prête un peu attention à ce qu'ils disent. Tu te feras déjà une petite idée. Regarde aussi ce qu'ils font, dit l'Avocate. Là, ils ne mentent pas. N'y a-t-il pas, à la longue, un risque d'accoutumance, dit l'Ecolière? Pourquoi dis-tu "risque", dit l'Ethnologue? C'est le but recherché. Un des buts, plus exactement. Ces opérations sont à buts multiples. D'accoutumance, oui bien sûr. Le monde est ce qu'il est, il faut l'accepter. C'est comme ça, personne n'y peut rien. Faisons confiance aux dirigeants, eux "combattent le terrorisme". Ou s'ils ne le font pas (mais bien sûr ils le font)*, au moins t'apprendront-ils à vivre avec. Quoi d'autre encore, dit l'Ecolière? Une minute de silence, c'est toujours bon à prendre, dit l'Ethnologue. Pourquoi ça, dit l'Ecolière? Ils gagnent ainsi du temps, dit l'Ethnologue. S'octroient un petit sursis.

* Cf. Jürgen Elsässer, Comment le Djihad est arrivé en Europe (Préface de Jean-Pierre Chevènement), Xenia, 2006.




3/15/2016

C'est qui ?

J'en reviens à ma question*, dit l'Ecolière. C'est qui, aujourd'hui, l'ennemi prioritaire ? Car, n'est-ce pas, on ne peut pas se battre sur tous les fronts. Ce n'est pas possible. Je vais te répondre, dit l'Ethnologue. Quand Carl Schmitt parle d'ennemi prioritaire, il veut dire par là que sur la masse de tes ennemis, réels ou potentiels, il y en aura toujours un qu'il faudra traiter en priorité : en priorité, parce qu'il représente pour toi la plus grande menace, celle te faisant courir les plus grands risques. L'ennemi prioritaire, c'est lui. Maintenant, on peut très bien avoir deux ennemis prioritaires, deux ennemis aussi prioritaires l'un que l'autre. C'est tout à fait envisageable. Et même trois, cela arrive. Aujourd'hui, tu as deux ennemis prioritaires, il est relativement facile de les identifier. Il te faut donc penser aux deux à la fois. Ils font aujourd'hui cause commune, mais ce n'est pas le même ennemi. Ils sont deux, et non un. Après, quand tu me dis qu'on ne peut pas se battre sur tous les fronts, je te réponds qu'on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Est-ce qu'on peut ou non se battre sur deux fronts ? En l'occurrence, tu n'as pas le choix. Evite, autant que possible, d'être prise en tenailles, ça surtout. Régulièrement, les gens se font piéger, certains lycéens, par exemple, lorsqu'ils défilent dans la rue pour ceci ou cela. Les gardes mobiles les passent à tabac, avant que ne surviennent les "petits chéris". Eux terminent le travail. Pense à ta santé. De telles scènes sont emblématiques. Elles résument, en plus petit, ce qui, aujourd'hui, un peu partout en Europe, s'observe à une beaucoup plus grande échelle.

* Voir "Seule", 20 novembre 2015.

3/09/2016

Anormal

Scène de vie à Dope-City, dit l'Etudiante. Il est 19 h 30, j'entre dans le RER, compartiment de première classe. En journée, c'est relativement calme, on peut y lire tranquillement. Le soir, c'est différent. Les contrôleurs passent aux heures de bureau, ensuite ils disparaissent, on ne les voit plus. Les resquilleurs n'ont donc pas à se gêner, ils sont chez eux chez nous. Ils débarquent avec leur musique, mettent les pieds sur les sièges, vous connaissez ça par coeur. En règle générale, les gens se taisent, c'est certainement mieux pour eux. Là, pour une fois, quelqu'un a protesté, une dame. Elle avait payé sa place, trouvait donc anormal d'avoir à rester debout alors que d'autres, qui n'avaient pas payé, occupaient tout l'espace. Ce n'est pas normal, geignait-elle. Je vais écrire aux autorités. C'était la journée de la femme. Je ne lui ai pas dit ce que je pensais, mais je vais le faire ici. On est en guerre, Madame. Jusqu'ici, peut-être, vous ne vous en rendiez pas compte, maintenant vous le savez. De quelle planète débarquez-vous? Vous dites que vous allez écrire aux autorités. Avant d'écrire aux autorités, commencez par vous poser quelques questions. Cet état de choses n'est pas né de rien. Vous le jugez anormal, d'autres, au contraire, le trouvent tout à fait normal: les autorités, justement. Et non seulement cela, mais cet état de choses, elles l'ont elles-mêmes voulu: voulu et programmé. Il est leur oeuvre propre. Après, c'est vous qui décidez. Ecrivez-leur si ça vous chante. Moi, je fais autre chose.

3/01/2016

Larmes amères

Quand on commence un travail, autant le terminer, dit l'Ethnologue. L'ancien chancelier A. H. disait que si les Allemands perdaient un jour la guerre, ce qui au moment où il le disait était déjà fait, ils pouvaient tout aussi bien disparaître en tant que peuple, car, en cette hypothèse, ils ne méritaient pas de survivre. C'est le télégramme 71: "Si la guerre est perdue, que la nation périsse"*. Lui-même, au demeurant, fit beaucoup pour traduire ce qu'il disait dans la réalité. Ce qu'on oublie trop souvent, soit dit en passant. Le poste de chancelier en Allemagne est aujourd'hui occupé par Mme … Personne n'a jamais demandé à Mme … si, à son avis, les Allemands méritaient ou non de survivre en tant que peuple. Peut-être, un jour, le lui demandera-t-on. Pourquoi non. Un procureur spécial, par exemple. En attendant, rien ne nous empêche de faire un premier bilan. Je fais ceci, je décide cela. En règle générale, on est jugé sur ses actes. Exécutrice testamentaire, quel beau métier. D'une certaine manière, elle est même allée au-delà, puisque ce ne sont pas seulement les Allemands en tant que peuple qui sont en train de disparaître, mais bon nombre d'autres peuples avec eux: leurs voisins immédiats, d'une part, mais aussi un peu plus loin (Grèce, Balkans, pays nordiques, etc.). On imagine les sentiments de profonde tristesse que doit en éprouver, en ce qu'on appelle l'Hadès, l'ombre de l'ancien chancelier. Les larmes amères d'A. H.: ce pourrait être le titre d'un film.

* Cité par Paul Virilio, L'Insécurité du territoire, Galilée, 1993, p. 46.




2/20/2016

Fredonnent

Moi, ce que j'admire le plus chez eux, c'est leur sens aigu du pluralisme, dit l'Auditrice. Ce soin, réellement hors du commun, qu'ils mettent à donner la parole à tout le monde. Tenez, par exemple, êtes-vous déjà allés sur …?  Des invités triés sur le volet, jamais une fausse note. Et dire que certains parlent de dictature. L'éventail des thèmes abordés est aussi très large: le matin, les années 30, à midi les migrants, l'après-midi l'…, religion de paix, le soir la montée du populisme. Ou alors l'inverse: le matin, la montée du populisme, à midi l'…, etc. Il y a mieux encore, dit l'Etudiante: es-tu déjà allée sur … ? Eux, je t'assure, vont vraiment au fond des choses. La vérité, toute la vérité, rien que la vérité: là-dessus, ils ne transigent pas. Quelle honnêteté, aussi, dans le commentaire. Bon, forcément, il y aura toujours des  mécontents. Des gens qui critiquent. Certains vont même plus loin encore. Ils fredonnent: Radio Paris ment, Radio Paris est allemand. C'est ignoble. De tels rapprochements me choquent profondément. C'est vrai, qu'il y a une différence, dit l'Ethnologue: Radio Paris, aujourd'hui, n'est plus allemand.


2/19/2016

Au moindre écart

Quand on dit que la France est aujourd'hui une dictature, les gens objectent: ce n'est pas vrai, vous exagérez, dit l'Avocate. A mon avis non: on n'exagère pas. Prenez le droit à la liberté d'expression. Vous savez très bien qu'aujourd'hui, en France, il n'est plus possible de ne rien dire sur rien. Au moindre écart, les gens se retrouvent aujourd'hui devant des juges, avec à la clé des condamnations s'élevant parfois à plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d'euros. Une manière efficace de museler les opposants, en même temps que de les ruiner. Au passage on admirera le zèle que mettent certains magistrats à défendre l'indépendance de la justice. L'indépendance de la justice, j'aime. Le droit de manifester ne se porte guère mieux. Si une manifestation leur déplaît, ce n'est pas compliqué, ils l'interdisent purement et simplement, laissant aux gardes mobiles le soin de gazer les manifestants et/ou de les passer à tabac. Pour compléter le tableau, vous avez maintenant l'état d'urgence, qui leur permet de fracturer des portes en pleine nuit, avant de saccager des maisons ou des appartements. Je n'irais pas jusqu'à prétendre que de telles scènes ne s'observent pas également ailleurs. C'est possible. Sauf que dans des pays comme l'Allemagne, l'Italie ou la Suisse, l'Etat total doit encore compter avec des restes de société civile: celle-ci jouant le rôle de frein, de tampon. En France, il faut le constater, pour diverses raisons sur lesquelles, d'ailleurs, il pourrait être utile une autre fois de revenir, il n'y a plus aujourd'hui de société civile. Et donc, je pense, le mot dictature n'est pas trop fort. On est bien en présence d'une dictature, même si, s'en étonnera-t-on, elle ne dit pas son nom.


2/12/2016

Seuil

Grâce à l'informatique, il est aujourd'hui possible de contrôler un pays en ne s'appuyant que sur un nombre relativement restreint de personnes, dit le Visiteur. En France, par exemple, la police secrète d'Etat (DGSE, DGSI, etc.) regroupe aujourd'hui entre 20 et 25'000 personnes. 25'000 personnes, si l'on y songe, sur une population de 60 millions, c'est très peu. Sauf qu'à ces 25'000 personnes, il faut ajouter Internet, une bonne centaine de banques de données (toutes, bien sûr, interconnectées), la monnaie électronique, la carte Navigo, le passeport biométrique, etc. C'est suffisant pour tout verrouiller, ou presque. Je dis presque, parce qu'il existe encore quelques fissures. On peut très bien, par exemple, décider de se passer d'Internet*. Ou encore ne pas avoir de portable. Payer ses achats en espèces. Etc. Beaucoup de gens sont dans cette démarche: ils passent ainsi entre les mailles. C'est tout à fait faisable (moyennant une certaine discipline de vie, il est vrai). Mais à la marge. Dans l'ensemble, le dispositif numérique actuel est très performant. Jamais, dans le passé, la police politique d'un pays donné n'avait disposé d'autant de moyens pour faire ce qu'on lui demande de faire (et bien sûr aussi de droits: car les droits suivent automatiquement). Ses possibilités d'intrusion, partant aussi d'intervention, sont sans commune mesure avec celles, par exemple, dont disposait autrefois la Gestapo (à l'époque nazie), ou encore le KGB (à l'époque soviétique). Sans commune mesure non plus avec les descriptions d'Orwell (1984), ou de Soljénitsyne (Le premier cercle). On ne peut même pas comparer. On a franchi un seuil.

* Voir "Julian Assange", 12 juillet 2015.




2/05/2016

Inapproprié

Max Weber définissait l'Etat par le "monopole de la violence physique légitime", dit le Visiteur. Or, selon certains, ce monopole serait aujourd'hui remis en cause. On ne pourrait plus dire aujourd'hui que l'Etat dispose du monopole de la violence physique légitime. Voyez les zones de non droit.  D'autres évoquent la guerre civile mondiale. Les frontières elles-mêmes ne sont plus aujourd'hui défendues. Etc.  En concluera-t-on pour autant que l'Etat est sur le déclin? Je ne le pense pas. Quand, par exemple, la police veut aujourd'hui coffrer quelqu'un (je dis bien: le veut), elle n'a pas trop de peine à le faire. On le vérifie au quotidien. D'une manière générale, quand la police veut faire quelque chose, elle le fait. Réciproquement, si elle ne le fait pas, c'est qu'elle ne le veut pas: elle ne veut pas le faire. Le problème n'est donc pas: "est-ce que je peux", mais bien: "est-ce que je veux". En ce sens, la guerre civile mondiale ne suffit pas à dire la réalité. C'en est un aspect important, mais non exclusif. L'autre aspect, complémentaire du précédent, est la mutation en cours de l'Etat, mutation qu'on pourrait résumer en disant que l'Etat n'a plus aujourd'hui pour fonction de protéger les citoyens (elle ne les protège plus de rien), mais de les contrôler. A ce point de vue, parler du déclin de l'Etat apparaît inapproprié. On peut même s'interroger sur le bien-fondé de la thèse selon laquelle l'Etat ne disposerait plus aujourd'hui du monopole de la violence physique légitime. Certains des faits sur lesquels elle s'étaye sont réels, je ne le nie pas. C'est l'interprétation qu'on en donne qui fait problème.









1/31/2016

Etonne-toi

A …, mon Université, les examinateurs ont reçu pour consigne de faire passer 80 % des candidats, dit l'Assistante : 80 %. Etonne-toi ensuite des conséquences. C'est une honnête contribution à la paix sociale, dit le Double: ça aussi ça compte. Les profs y voient surtout, je pense, un moyen d'accroître leur part du gâteau budgétaire, dit le Cuisinier. Plus tu produis de diplômés (même dévalués), plus nécessairement aussi tu est légitimé à revendiquer la création de nouveaux postes: "chercheurs", sous-chercheurs, chercheurs-adjoints, etc. Ils se construisent ainsi de petites baronnies. Vous ne croyez pas à la recherche, dit la Poire? C'est un tort. La recherche est notre avenir. Autrefois, un prof écrivait des ouvrages, dit le Visiteur. C'était ça sa vie. Compte un peu aujourd'hui les profs qui écrivent encore des ouvrages. Ils n'en ont tout simplement plus le temps. Non, car, "il (leur) faut produire des articles et des colloques à la chaîne"*. Leur cote de notoriété en dépend. Ou ils ne produisent pas de colloques, mais ils sont alors marginalisés. Leur nom disparaît des rapports d'évaluation internationaux. Les colloques à la chaîne, c'est très bien décrit dans David Lodge, dit l'Avocate. Vous avez lu, j'espère**. Plus les réunions administratives, dit le Visiteur. Vous n'imaginez pas. Ou encore le temps qu'ils passent à essayer de comprendre le fonctionnement de l'informatique interne, les mots de passe, les procédures de sécurité, etc. Alors les livres...

* Cité dans Le Figaro, 5 novembre 2015.
** Un tout petit monde, Rivages-Poche.


1/29/2016

Non conforme

On croit volontiers que les universités sont là pour produire du savoir, dit le Visiteur. Le dire, c'est comme dire que la police serait là pour produire de la sécurité. On peut bien sûr le penser, mais on est hors-réalité. Les universités ne sont pas là pour produire du savoir, mais de la conformité. Un bien aujourd'hui très prisé, comme tu sais. Que se passe-t-il lorsque, ce nonobstant, on persiste à croire (ou feindre de croire) qu'elles produisent du savoir, dit le Collégien? Il se passe ce qui est arrivé récemment au fils d'un de mes amis, dit le Visiteur. Il s'est fait expulser de la salle de cours, car il avait posé une question non conforme: non conforme, car remettant en cause le récit officiel sur un épisode récent de l'histoire européenne (la guerre en Bosnie). La prof (pas la linguiste, une autre) l'a traité de complotiste. En plus, il a reçu une convocation du doyen. Voilà, tu as la réponse. Très vite, on est ramené à la réalité. Reprenons notre comparaison: c'est comme si tu téléphonais aujourd'hui au directeur de la police de l'air et des frontières en Allemagne, en Suisse ou en Autriche pour lui signaler que plusieurs milliers de personnes franchissent chaque jour illégalement la frontière et lui demander ce que font ses services. Tu aurais de bonnes chances, toi aussi, de recevoir une convocation.



1/27/2016

Scruter

C'était hier dans le Journal, dit l'Auditrice: notre petite Pravda locale. Un article sur les velléités d'expulsion d'étrangers auteurs de crimes et délits. Je dis bien, les velléités. L'opinante, linguiste de son état, est évidemment contre. Elle traite d'idéologues les gens ne pensant pas comme elle en la matière. Ce qu'elle-même, assurément, n'est pas. Idéologue, moi? Oh que non. Ladite Pravda la présente comme experte en l'art de "scruter" un texte. Voyons donc le sien. "Dans un cadre authentiquement moral et altruiste, dit cette experte, ici en moralité, chaque être humain mérite compassion et respect". Les linguistes, justement, expliquent très bien quelle est la fonction de telles affirmations : c'est une fonction d'intimidation. Les gens, après cela, la bouclent, on ne les entend plus. Cela étant, je ne vois pas bien le lien logique qu'il y a entre cette proposition ("chaque être humain mérite compassion et respect") et cette autre selon laquelle il serait blâmable d'expulser des étrangers auteurs de crimes et délits. Ou alors il faudrait renoncer au code pénal dans son ensemble. On pourrait. Envoyer les voyous et les criminels en prison, je trouve, c'est manquer singulièrement de respect à leur endroit. Et de compassion. Ce qu'il faudrait aussi scruter, c'est la baisse générale de niveau dans les Universités, dit le Visiteur. S'interroger aussi sur les causes.

1/24/2016

Voeu pie

C'est une jolie formule, dit l'Avocate: "Apprivoiser les écrans"*. Qui plus est, elle part d'un bon sentiment. On pense ici aux enfants. On voudrait empêcher que ceux-ci ne se transforment trop vite en zombis, en esclaves pavloviens. Et donc on dit aux parents: veillez à ce qu'ils ne restent pas trop longtemps seuls devant les écrans. Faites-les parler, amenez-les un peu à raconter ce qu'ils ont vu. Echangez, participez. Etc. De tels conseils sont raisonnables, on ne dira pas ici le contraire. Sauf, bien évidemment, que très peu de gens les suivent. Ils relèvent du voeu pie. Les psys isolent une situation donnée, les écrans et leurs utilisateurs, oubliant tout le reste, à commencer par les conditions de vie et de travail concrètes des gens. C'est par là, pourtant, qu'il faudrait commencer. Pour toutes sortes de raisons, professionnelles entre autres, les parents n'ont plus le temps aujourd'hui de s'occuper de leurs enfants. Ils demandent donc aux écrans de les remplacer : occupez-vous en, vous le ferez très bien. A partir de là, quel sens cela a-t-il "d'apprivoiser les écrans"? Soit les parents s'occupent de leurs enfants, en quel cas on n'a pas besoin d'écrans; soit ils ne s'en occupent pas, car ils n'en ont pas le temps : trop fatigués, stressés, passant eux-mêmes aussi beaucoup trop de temps devant les écrans, etc. Mais s'ils n'en ont pas le temps, ils n'en auront pas non plus pour "apprivoiser les écrans".

*Serge Tisseron, 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir, érès, 2013.








1/20/2016

La vérité effective de la chose

Ce matin je suis allée au culte, dit l'Etudiante: un endroit non loin de chez moi. L'officiant était une femme. Au début du culte, il y a eu un baptême, une petite fille dans les bras de sa mère. Quatre femmes ont participé à ce baptême: l'officiante, la mère, la marraine, enfin une femme qui soit était la deuxième marraine, soit autre chose encore que je n'ai pas identifié: une copine peut-être. En tout état de cause, aucun participant homme: ni père, ni parrain. Il est souvent aujourd'hui question, comme vous le savez, des pères absents. Là, très clairement, le père était absent. Père absent, car, peut-être aussi, père anonyme. Ou décédé. Mais je ne crois pas trop. Plutôt non invité. Désinvité, dira-t-on. Pas non plus de parrain. Pourquoi faire. C'était une cérémonie entre femmes et pour les femmes. Je dis ce que j'ai vu. Ensuite le culte. Il y a d'abord eu une lecture de textes. Deux femmes se sont relayées au micro, deux paroissiennes. La femme pasteur a prononcé ensuite une homélie. Personnellement, je me fiche pas mal de la parité, je laisse ces trois syllabes à l'Epouse, à la Cheffe et à la Rapace. Elles en vivent, je ne vais pas leur ôter le pain de la bouche. Mais la vérité effective de la chose, comme le disait magnifiquement Machiavel, me réjouit toujours. Ce n'est pas sans lien avec les événements récents en Allemagne, dit l'Ethnologue. La gynécocratie occidentale d'un côté, le Rape Jihad de l'autre: c'est ça aujourd'hui, le choc des civilisations*.

* Voir "La moitié", 23 février 2015.





1/08/2016

Failles

Ce gouvernement manque de fermeté, dit la Poire. Je n'irais pas jusqu'à parler de laxisme, mais clairement il y a eu des failles. Normalement, ce qui s'est passé n'aurait pas dû se passer. La police ne fait pas vraiment son travail. Il n'y a eu aucune faille, dit l'Ethnologue. Vous dites que la police ne fait pas vraiment son travail. Encore faudrait-il s'entendre sur ce qu'est son travail. Son travail, comme je ne cesse de vous le répéter (mais vous n'écoutez pas), n'est en aucune manière de combattre le terrorisme. Si c'était le cas, vous pourriez effectivement parler comme vous le faites. Mais, justement, ce n'est pas  le cas. Il vous faut changer de logiciel. Quelle est aujourd'hui la mission première de la police: sa mission première, et à vrai dire exclusive (elle n'en a pas d'autre), ce qui la mobilise à cent, que dis-je: à cent cinquante pour cent? Elle se résume en ces mots: veiller à ce que rien ni personne ne fasse obstacle au processus en cours d'… de l'…,  processus planifié de longue date et qui entre aujourd'hui dans sa phase terminale. A cette fin, repérer les éventuels opposants, les mettre hors d'état de nuire. En ce sens, la police fait très bien son travail, très bien et très correctement. Il n'y a aucune faille. Même en Corse, dit le Collégien? Me semble-t-il, il y a quand même eu là-bas quelques failles. La Corse n'est pas vraiment la France, dit l'Ethnologue. On en reparlera, si tu veux.




1/06/2016

Théorème

J'en reviens au théorème de Clausewitz, dit le Visiteur. Clausewitz dit que c'est la défense qui est à l'origine de la guerre, non l'attaque. C'est toujours, en effet, le défenseur qui décide s'il y aura ou non une guerre. Car soit il se défend, en quel cas, effectivement, il y aura la guerre, soit il renonce à se défendre, en quel cas, au contraire, on échappe à la guerre. "Un conquérant est toujours ami de la paix", dit Clausewitz*. Et de fait, beaucoup de conquêtes sont pacifiques. On cite même des cas, rares il est vrai, où l'armée du défenseur va jusqu'à prêter main forte à l'envahisseur (l'aidant, par exemple, à franchir un bras de mer). C'est rare, mais cela arrive. Bref, le véritable fauteur de guerre, ce n'est jamais l'agresseur, celui convoitant le territoire d'autrui pour s'y installer et le piller, y importer ses propres us et coutumes, en chasser ou tuer les habitants, violer aussi leurs femmes, mais bien celui s'opposant à l'agresseur, lui résistant les armes à la main. C'est lui qui est à blâmer. Au passage, relevons que si la soumission est ce qui permet d'échapper à la guerre, l'inverse est vrai aussi: la guerre est ce qui permet d'échapper à la soumission. Ces remarques ont une portée générale, mais concernent en particulier la guerre civile. Beaucoup craignent la guerre civile, et donc font profil bas, laissent les choses se faire. Ils suivent les consignes des dirigeants leur prêchant la reddition. D'autres, en revanche, non: ils ne se rendent pas. Le risque de guerre civile, aujourd'hui, il est là. C'est très préoccupant.

* De la Guerre, VI, 5.