12/27/2013

Si tu l'écoutais

Dès lors, qu'est-ce qui serait à sa portée, dit le Collégien? C'est vrai, j'oubliais, tu n'écoutes pas l'Emission, dit l'Ethnologue. Si tu l'écoutais, tu te ferais une petite idée. Tiens, par exemple, la semaine dernière, ils ont beaucoup parlé de l'... L'… par-ci, l'… par-là, ça n'a pas arrêté.  Il faut dire que c'était Noël, et donc, très normalement, ils en ont profité pour mettre les bouchées doubles. Il y a longtemps déjà que Noël n'est plus une fête chrétienne. Pourquoi, à tout prendre, ne pas en faire une fête ...? Bref, une semaine durant, l'... a été à l'honneur. Chaque matin, à leur réveil, les auditeurs ont eu droit à un petit prêche. Un petit prêche de qui? Du Frère bien sûr. Tu vois qui est le Frère: un spécialiste reconnu de l'… Enfin, c'est comme ça qu'ils le présentent. Voilà, c'est un exemple. Ce que dit le Frère, chacun peut le comprendre. Il explique les choses, avec lui tout devient clair. A part cela, tu as évidemment le Gratuit. Le Gratuit, en principe, chacun comprend. Je dis bien, en principe. Et le code pénal.



12/24/2013

En deçà

Le déclin du christianisme, au moins en Europe, est assez évident, dit l'Ethnologue. Mais il est délicat de l'expliquer. Au siècle dernier, Dietrich Bonhoeffer disait que les dogmes chrétiens étaient devenus "problématiques". Autrement dit, on ne pouvait plus y croire comme on y croyait autrefois. Ils servaient d'habillage au christianisme, mais avec le temps cet  habillage était devenu obsolète. Bonhoeffer appelait de ses voeux l'avènement d'un christianisme qu'il appelait "irréligieux", autrement dit sans dogmes ni miracles*. Il rejoignait ainsi les positions de Rudolf Bultmann, un adepte de la démythologisation**. Les dogmes étaient des mythes, au minimum il fallait les réinterpréter. On adhère ou non à ces conceptions, mais on pourrait se demander si elles épuisent le sujet. Aussi bien Bultmann que Bonhoeffer croyaient au progrès, ils pensaient que l'homme européen était passé de l'ère mythique à l'ère rationnelle. C'est une manière de voir, mais elle est sujette à caution. Regardez les tous, par exemple, devant leur tablette électronique. Vous donnent-ils tellement l'impression d'agir et de se comporter en êtres rationnels?  En un sens oui, au sens de la rationalité instrumentale. Techniquement parlant, ces jouets sont très performants. De vraies petites merveilles. Il faut aussi savoir les utiliser, etc. Mais je ne parle pas de ça. Je parle de choses comme l'équilibre mental, la culture, l'esprit critique, la capacité d'abstraction, le sens esthétique, etc. Dès lors, l'appréciation se nuance. Je résumerais ma pensée en me demandant si l'une, au moins, des raisons de l'actuelle désaffection de l'homme européen à l'égard du christianisme ne tiendrait pas au fait que le christianisme, en l'ensemble de ses manifestations, lui serait devenu inaccessible: cela dépasserait ses facultés de compréhension. C'est trop délié, trop compliqué pour lui. Et donc il s'en détourne. Zinoviev disait que la bêtise devait s'apprendre au même titre que l'intelligence*** C'est en fait ça, le problème. L'état mental de l'homme européen s'est aujourd'hui à ce point dégradé que le christianisme, comme bien d'autres choses encore, d'ailleurs, est devenu pour lui hors de portée. Personnellement, je verrais plutôt les choses ainsi. Loin de s'être projeté au-delà du christianisme, l'homme européen a régressé en deçà.

* Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission, Lettres et notes de captivité, Labor et Fides, 2006.
** Rudolf Bultmann, Nouveau Testament et mythologie, Labor et Fides, 2013.
***Alexandre Zinoviev, Les Hauteurs béantes, L'Age d'homme, 1977, p. 79.


12/14/2013

De telles listes

La France extrade ses propres nationaux vers l'Espagne, mais on peut faire mieux encore, dit l'Avocate. La Suisse ne vient-elle pas de livrer aux Américains les noms de plusieurs milliers de ses ressortissants, des gens, justement, dont les Américains, ne connaissaient pas les noms? Ils ne les connaissaient pas, mais souhaitaient néanmoins les connaître, histoire de régler quelques vieux comptes (accessoirement aussi de se renflouer financièrement, leurs guerres à répétition les ayant mis en situation délicate en ce domaine: les caisses sont vides). That's an order: ces noms, et tout de suite. Yes Sir, immediately*. Et donc, dit l'Etudiante? De telles listes sont bien sûr secrètes, dit l'Avocate. Tu dénonces ton voisin, mais tu ne vas évidemment pas lui dire que tu l'as dénoncé. Tu gardes cela pour toi. Mettons donc que ton voisin profite de ses vacances pour franchir la frontière. En règle générale, tout se passe très bien, le voisin rentre chez lui sain et sauf, avec plein de belles histoires à raconter. Mais ce n'est pas toujours le cas. Parfois aussi le voyage se termine au goulag. Comment cela, au goulag, dit l'Etudiante? Je voulais dire, dans un pénitencier américain, dit l'Avocate. Tu sais à quoi ressemble un pénitencier américain. Bref, si je comprends bien, les Etats n'ont même plus besoin aujourd'hui d'extrader leurs ressortissants, dit l'Etudiante: ils s'extradent tout seuls. D'une certaine manière, dit l'Avocate.

* Voir "Etat d'âme", 17 août 2012.












12/05/2013

Nos petites ...

La NSA en est une grande, dit l'Ethnologue. Pour autant, nous ne devons pas perdre de vue nos petites ... à nous: les … européennes. Car, là aussi, l'incrimination "terroriste" occupe une place privilégiée. J'ai cité il y a quelques mois* le cas de cette militante indépendantiste basque, de nationalité française, que son propre pays, la France, avait extradé vers l'Espagne, dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen. Son crime? Avoir assisté à une réunion publique du parti Batasuna, un parti politique aujourd'hui interdit en Espagne (mais pas en France). En soi, déjà, c'était du "terrorisme". Entretemps, elle été élargie, mais elle n'en a pas moins passé plusieurs semaines dans un cul-de-basse-fosse madrilène. Plusieurs semaines pour rien. On constate au passage que les Etats n'hésitent plus aujourd'hui à livrer leurs propres nationaux à des Etats étrangers. Cela ne s'était plus vu depuis la Deuxième Guerre mondiale (pour la France, depuis Vichy). En l'occurrence, l'intéressée n'a même pas eu la possibilité de recourir contre son extradition. En quelques heures tout était réglé. Autre exemple maintenant, celui de ce ressortissant belge, militant des droits de l'homme, contre lequel la Turquie islamiste a émis un mandat d'arrêt international, mandat en exécution duquel il a été incarcéré en Italie. Les islamistes turcs lui reprochaient d'avoir interpellé l'un de leurs ministres sur le sort des prisonniers politiques en Turquie, et cela (crime suprême) en l'enceinte même du Parlement européen. Il l'avait, à juste titre, d'ailleurs, traité de menteur. Ankara le poursuivait donc pour "terrorisme" et demandait son extradition. Dans la prison italienne qui l'accueille, il n'a le droit de téléphoner à ses proches que dix minutes deux fois par mois**. On voit par là comment des organismes comme Europol ou Interpol, soi-disant créés pour combattre la criminalité, sont en fait instrumentés par les Etats pour étouffer toute espèce de critique et de contestation, se transformant ainsi eux-mêmes en organisations qu'on peut légitimement qualifier de criminelles. Et les mêmes viennent ensuite vous expliquer que la Biélorussie n'est pas une "démocratie", un "Etat de droit", etc.

* "Quelques heures à peine", 3 novembre 2012.
** http://www.silviacattori.net/article5094.html

11/29/2013

Scrupuleusement

Il ne faut pas abuser des mots, dit l'Ethnologue: celui de Gestapo par exemple. On l'utilise à toutes les sauces, ce n'est pas raisonnable. On le voit par exemple avec l'OTAN, le TPIY, Europol, Interpol, d'autres institutions encore de ce genre. Certains parlent de "nazisme universel", mais l'expression est contradictoire (contradiction in adjecto). Autant que possible, quand on s'exprime, il faut respecter les règles logiques. Ensuite, comme vous le savez, les Américains n'agissent jamais seuls, mais toujours en étroite concertation avec leurs alliés, ceux de l'OTAN en particulier. Mais pas seulement. L'Autriche, par exemple, qui n'est pas membre de l'OTAN, s'est engagée à livrer à la police secrète américaine l'ensemble des données confidentielles de ses propres citoyens, y compris les empreintes digitales et les analyses ADN. Une série d'accords bilatéraux ont même consacré cet état de choses*. On peut légitimement supposer que de tels accords existent également avec d'autres pays amis et alliés: Suisse, France, Allemagne, Italie, etc. Simplement on ne le se sait pas. Je trouve donc indigne de dire, à plus forte raison encore d'insinuer, que la police secrète américaine (NSA, CIA, DOJ, IRS, etc.) serait une sorte de super-Gestapo ne respectant aucun droit, pas même le droit international. Le droit international, comme vous le voyez, est au contraire scrupuleusement respecté.

Le Monde, 12 juin 2013.



11/18/2013

Deux siècles au plus

On vient d'évoquer la Gleichschaltung, dit le Double. Dans le même ordre d'idées, on pourrait aussi évoquer l'industrie du bruit: rock, hip-hop, techno, etc. De Nuremberg aux raves, en quelque sorte. On peut évidemment faire le parallèle, dit l'Avocate. Personnellement, je remonterais à plus haut encore. Prenez le Sacre du printemps, de Stravinski. Cette pièce a été créée il y a tout juste cent ans, en 1913. On a eu plusieurs fois l'occasion cette année de la réentendre. Ce fut notamment le cas au festival de ..., tout près de chez moi. Comme je ne la connaissais pas, j'ai pris un billet. On sent que le compositeur n'a eu qu'une idée en tête, faire le plus de bruit possible. Plus ça tape, plus il est content. Il faut dire que le chef d'orchestre y mettait du sien. C'est une pièce expérimentale, on essaye d'abord ceci, puis cela, cela encore, etc. Les expériences s'enchaînent les unes les autres, chaque groupe d'instruments y passe tour à tour. Je me suis réjouie quand ça s'est arrêté. Le temps de vie de la musique occidentale n'a pas été très long, dit l'Auteur: deux siècles au plus. En 1914 déjà, tout était fini.

11/17/2013

Culture

Vous vous souvenez de ce mot de Goebbels, dit le Cuisinier: "Quand j'entends le mot culture", etc. Entre-temps, comme vous le savez, les choses ont évolué. Selon certaines enquêtes, sur 100 élèves sortant aujourd'hui de l'école obligatoire, 20 ne savent ni lire ni écrire: je dis bien, 20. Il faut aussi voir ce que lisent les autres, dit le Double: les 80 restants. Le Gratuit, peut-être, et encore. Arrêtez de nous bassiner, dit la Poire. Il faut vivre avec son temps. On est aujourd'hui passé à l'ère numérique. Qui s'intéresse encore à la culture? Moi aussi, je sors mon revolver. En plus, c'est discriminatoire, dit l'Activiste. Discriminatoire, vous voulez dire contraire à la Gleichschaltung, dit le Double? C'est vrai, c'est contraire à la Gleichschaltung. Je ne sais pas, dit l'Activiste. C'est quoi la Gleichschaltung? Pardonnez-moi, j'ai un train à prendre, dit le Double.

11/15/2013

Sous le choc

Tiens, encore un dérapage, dit l'Etudiante. Les dirigeants sont sous le choc. Mettons-nous à leur place, dit le Cuisinier: tant d'efforts pour rien. Et d'argent dépensé. De lois d'exception, etc. Bon, dit l'Auditrice, puisqu'on en est là, on va recourir aux grands moyens. Et pour commencer, la prohibition de la ... Oui, de la ... Il ne sera désormais plus possible d'en importer, ou alors en très petit nombre seulement. Seuls les ministres auront encore le droit d'en consommer. Et encore, pas tous. Quelques-uns seulement. La ... sera remplacée par la poire, politiquement plus digeste. La culture de la poire sera systématiquement encouragée, à certains endroits, même, rendue obligatoire. Il y aura des poiriers partout. Un ministère de la poire sera par ailleurs créé, on en confiera la responsabilité à la Poire. Elle nous fera profiter de ses compétences particulières en la matière. Si je peux rendre service, dit la Poire.




11/07/2013

Basique

J'insiste sur la marche à pied, parce que c'est le mode de déplacement basique, dit l'Auteur. Quand tout le reste disparaît, il te reste encore ça, la marche à pied. Dois-je ici préciser que les dirigeants en sont complètement conscients. C'est pourquoi j'ai parlé ici du loup. Avant d'être une icône écologiste, le loup est un instrument de contrôle social*. Il en va de même des petits chéris**, tu vois de qui je parle. Entre les gardes mobiles d'un côté, les loups et les petits chéris de l'autre, la marge de manoeuvre s'amoindrit singulièrement. Si Rousseau voulait aujourd'hui se rendre de Paris à Montmorency, il n'échapperait pas à la nécessité de prendre, comme tout le monde, une carte Navigo, permettant ainsi aux autorités de le suivre à la trace dans tous ses déplacements. On l'obligerait aussi à acheter un téléphone portable, deux précautions valent mieux qu'une. Enfin, s'il le voulait, il pourrait très bien faire l'acquisition d'une voiture, on l'y encouragerait même plutôt: les routes, comme on le sait, sont particulièrement sécurisées***. Ceci dans un premier temps. Plus tard, dans un second, les gens n'auront même plus le droit, sauf autorisation spéciale, de quitter leur lieu de résidence (ville d'abord, puis quartier, enfin pâté de maisons). Pour éviter qu'ils ne le fassent quand même, ils seront tous équipés d'un bracelet électronique.

* Voir "Aucune victime", 17 décembre 2011.
** Voir "Petits chéris", 30 avril 2011.
*** Voir "Salon de l'auto", 8 mars 2007.





11/02/2013

Plus facile

On dit et répète volontiers qu'il est beaucoup plus facile aujourd'hui de se déplacer qu'autrefois, dit le Double. Les risques seraient également moindres. Vraiment? Essaye un peu, par exemple, de te rendre aujourd'hui à pied de Paris à Montmorency (Val d'Oise). Je cite cet exemple parce qu'un auteur que j'aime bien, Rousseau, a souvent fait autrefois le trajet: il en parle dans les Confessions. On peut bien sûr essayer, mais cela ne va pas de soi. Au minimum il te faudra disposer d'une escorte armée (BAC, CRS, GIGN, etc.). Autre exemple maintenant. Au XVIIIe siècle toujours, les gens qui voulaient se rendre à pied de Genève à Chamonix pouvaient le faire en suivant un chemin pédestre le long de l'Arve. Le chemin pédestre, entre-temps, a disparu, il n'y a plus de chemin. Tiens, regarde: c'est une carte au 1: 25'000, celle de l'IGN. Tout l'espace est occupé par le réseau routier et autoroutier. Impossible, donc, de se rendre à pied de Genève à Chamonix. Mettons maintenant que tu te proposes d'aller visiter le Louvre. Autrefois, tu prenais ton billet sans faire la queue, les salles étaient vides. Il en va différemment aujourd'hui. A moins de disposer d'un coupe-file, ce sera plusieurs heures d'attente. Jean Clair relève dans son dernier livre* que pour pénétrer aujourd'hui dans la basilique Saint-Marc à Venise, il te faut patienter une heure de temps. Y pénétrer seulement. Tu peux aller jusqu'au narthex, mais pas plus loin. Impossible d'entrer sous les nefs. Allez dans le Mercantour, dit la Poire. Là, au moins, vous ne rencontrerez personne. Un certain nombre de loups, peut-être. Mais vous ne risquez rien. Comme vous le savez, le loup ne s'attaque pas à l'homme.

*Jean Clair, Les derniers jours, Gallimard, 2013, p. 243.

11/01/2013

A leur place aussi

Lorsqu'on les entend dire qu'ils combattent le terrorisme, on ne peut bien sûr s'empêcher de sourire, dit le Double. Faut-il en effet rappeler la place qu'occupe (et a d'ailleurs toujours occupée) le terrorisme dans leur propre stratégie à eux: autrefois en Afghanistan, au Caucase, dans l'ex-Yougoslavie, en Amérique latine, etc., aujourd'hui même au Sahel et au Moyen-Orient, certains vont même jusqu'à dire dans les banlieues françaises? On leur reconnaît même une certaine expertise en la matière. Leur prétendue guerre contre le terrorisme doit donc être prise pour ce qu'elle est: un simple écran de fumée. Elle leur sert de prétexte pour faire à moindres frais ce qu'il leur serait autrement beaucoup plus difficile de faire: Prism, par exemple. Tout ce que tu dis est exact, dit le Colonel. Pour autant je ne dirais pas qu'ils ne font qu'instrumentaliser le terrorisme. C'est plus compliqué. Ils l'instrumentalisent, certes, mais ce qu'il faut comprendre également, c'est qu'eux-mêmes ont pleinement conscience de leur propre vulnérabilité dans ce domaine. Car, vulnérables, ils le sont. Les "princes-esclaves"* européens eux aussi, par parenthèse. Si l'on faisait le compte de toutes les personnes qui pourraient être tentées aujourd'hui d'y recourir, ne serait-ce qu'au titre de la légitime défense, pour ne rien dire du droit de résistance, la liste serait particulièrement longue. Les passages à l'acte ne sont d'ailleurs pas rares**. Plusieurs auteurs de fictions*** (et même de films****) ont abordé le sujet. Bref, il faudrait peut-être aussi regarder dans cette direction. La peur a été la grande passion de ma vie, disait Hobbes. Certaines peurs sont feintes, un certain nombre d'autres, en revanche, bien réelles, voire justifiées. A leur place aussi, peut-être, j'aurais peur.

* Voir "Quelque part", 2 juillet 2013.
** Voir p. ex. Theodore Kaczinski, Unabomber, Xenia, 2008.
***Voir p. ex. Michael Crichton, Etat d'urgence, Pocket, 2007.
**** Voir p. ex. Kelly Reichardt, Night Moves, qui sortira au printemps 2014 (Le Monde, 22 octobre 2013).







10/19/2013

Alternative

Pour à peu près tout le monde, la médecine est ce qui conditionne la santé, dit l'Ethnologue. Mais il existe une alternative à la médecine: la sagesse. C'est ce qu'explique Michel d'Anielo dans son ouvrage: La santé par la sagesse*. Soit tu écoutes les conseils du sage, soit tu fais la queue chez ton généraliste. Les conseils du sage se résument en deux ou trois formules simples: faire attention à ce qu'on mange, éviter tout excès, au minimum 10'000 pas par jour, etc. Le livre ne va pas jusqu'à dire que mieux vaut écouter les conseils du sage que faire la queue chez son généraliste. Mais c'est ce qui se lit entre les lignes. La médecine est un pis-aller. On ne consulte son médecin que quand on n'a pas été assez sage pour suivre les conseils du sage. Le médecin te reçoit alors pendant vingt minutes, après quoi il te prescrit des médicaments. On sait ce qu'il en est des médicaments. Certains sont clairement dangereux pour la santé, d'autres tout simplement inutiles**. Mais les gens n'en obéissent pas moins à leur médecin. C'est comme ceux qui font confiance à la police pour assurer  la protection des personnes et des biens, ou encore à l'école pour instruire et éduquer leurs enfants. Ils sont habitués depuis leur plus jeune âge à prendre des médicaments, ne sont donc guère motivés à ne plus en prendre. Et que dire des maladies noso-comiales, celles qui s'attrapent à l'hôpital. Bref, la médecine ne fait pas que guérir les maladies, parfois aussi elle en crée. Mais ce n'est pas le sujet du livre. Le sujet, encore une fois, c'est l'existence d'une alternative: Sapere aude (ose être sage), prends-toi toi-même en charge! Le livre anticipe aussi, sans exactement le dire, sur certaines crises d'ores et déjà programmées. Car les actuels systèmes de soins ne sont évidemment pas éternels. Personne ne sait non plus s'il y aura demain encore des médecins. Il est donc bon, en attendant, de s'exercer un peu à l'autonomie.

* Michel d'Anielo, La santé par la sagesse, Xenia, 2013.
** "26 % à risque, dont 5 % à risque majeur, 40% non ou peu efficaces" (Philippe Even et Bernard Debré, Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, le cherche-midi, 2012, p. 179).



10/13/2013

Burqa

Vers 1950 déjà, C. G. Jung remarquait que la femme occidentale tendait à se masculiniser, alors même que, de son côté, l'homme occidental tendait à se féminiser, dit l'Avocate*. A l'époque, les théories du genre n'avaient pas encore cours, et surtout on ne les avait pas encore rendues obligatoires dans les écoles (y compris, désormais, en maternelle**). On est donc en présence d'une tendance de fond, tendance se projetant sur le temps moyennement long. C'est elle, cette tendance, qui explique les théories du genre, et non l'inverse. A partir de là se pose le problème des compensations. Car, à toute tendance, correspond nécessairement une contre-tendance. On pourrait aussi parler de retour du refoulé. Ainsi, on le sait, la féminisation actuelle de l'homme occidental trouve-t-elle sa contre-partie dans l'hyper-machisme bien typé de certaines populations masculines, hyper-machisme qu'on ne saurait interpréter que comme l'expression erratique d'une masculinité manquée (manquée, justement, car censurée, condamnée, donc, à une existence, partiellement au moins, souterraine: mais il lui arrive occasionnellement de refaire surface, et cela sous la forme qu'on vient de dire: c'est logique). Du côté féminin, une évolution symétrique est également observable. On pourrait ainsi se demander si l'engouement actuel, de prime abord paradoxal, de certaines féministes affichées pour la burqa ne trouverait pas son explication dans le retour, là encore, du refoulé, au sens où ce qu'on se refuse aujourd'hui à prendre à compte, à savoir la féminité de la femme, tend mécaniquement à réapparaître sous une forme qu'on pourrait qualifier de monstrueuse (la burqa), forme qui est l'exact pendant chez la femme masculinisée de l'hyper-machisme chez l'homme féminisé: l'hyper-soumission de la femme voilée.

* C. G. Jung, "Ma vie": Souvenirs, rêves et pensées, Gallimard, folio, 2012, pp. 417-418.
** " ' Il est trop petit pour avoir une cuisine et c'est pas une fille ' ", Le Monde, 2 octobre 2013.

10/10/2013

Affects

Imagine un peu le genre d'affects, d'émotions si tu préfères, que ces gens, par leur arrogance, les choses qu'ils s'autorisent (s'en autorisant, d'ailleurs, en permanence de nouvelles: pourquoi se gêneraient-ils?), d'une manière générale leurs attitudes et comportements, la haine non dissimulée qu'ils nourrissent à l'endroit du pays d'accueil, la terreur qu'ils font régner partout où ils se retrouvent en nombre, les privilèges qu'on leur concède, last but not least, l'aliénation civilisationnelle dont s'accompagne leur établissement (qui, contrairement à ce qu'on répète souvent, n'est en aucune manière pacifique: il est au contraire d'une extrême violence), sont en train d'amonceler sur leur tête, dit le Double. Imagine. Rassure-toi, dit l'Ethnologue. Ils ne risquent rien. Tous leurs cheveux sont comptés. Les dirigeants sont très sensibles au problème.







10/05/2013

Promenez-vous

Nous parlions récemment des gardiens de camp, dit l'Ethnologue: les prochains, veux-je dire. Ceux prévus pour demain. On s'interrogeait sur leur formation*. Cela étant, en y réfléchissant, je me demande si la question est bien posée. Revenons-en aux analyses arendtiennes. Pour Arendt, on le sait, le gardien de camp illustre un certain type psychologique, celui de l'obéissance inconditionnelle aux ordres: les ordres sont les ordres, fais ce que dois advienne que pourra, etc. Certaines comparaisons sont évidemment possibles, parfois même elles s'imposent. Mais elles ont aussi leurs limites. En particulier, personne ne dit plus aujourd'hui: fais ce que dois, advienne que pourra. Les gens font ce qui leur plaît, un point c'est tout. En l'espèce, la motivation première est la haine. C'est elle, l'élément de base. Le passage à l'acte est donc beaucoup plus rapide. Pour préciser encore ma pensée, je dirais que le camp de concentration est une institution du XXe, non du XXIe siècle. Il en existe encore quelques-uns dans le monde, mais c'est une survivance. Dans concentration il y a centre. Le centre, aujourd'hui, est partout et la circonférence nulle part. Promenez-vous à certains endroits. De surcroît, cela se passe à très petite échelle. Ce n'est ni pire, ni moins pire, simplement le monde a changé. Les problèmes sont autres.

* "Les mieux classés", 5 décembre 2011.




 







10/04/2013

Pourrissait (2)

Lisons maintenant la suite, dit le Double. Après avoir dit que le parti en question "pourrissait" la vie politique du pays, l'éditorialiste écrit: "Face à une classe politique minée par la corruption, il a cristallisé le vote anti-système d'une partie de la société grecque". Là, ils se prennent un peu les pieds dans le tapis. A ton avis, qui sont les pourrisseurs? Les vrais? Attention dit la Poire: il ne faut pas tout confondre. Ce n'est pas parce que les élites politiques, en Grèce comme ailleurs, sont minées par la corruption qu'il faut pour autant leur reprocher de pourrir la vie politique. Cela n'a rien à voir. La Poire a raison, dit l'Etudiante. Ce n'est évidemment pas elle, cette classe politique archi-corrompue, qui pourrit la vie politique, ce sont les autres, ceux qui dénoncent un tel état de choses.

10/03/2013

Pourrissait

Tiens, lis ça, dit le Double: c'est l'éditorial du Monde*. "Il a suffi de quelques heures au gouvernement grec pour décapiter le parti néo-nazi Aube dorée, qui depuis deux ans, pourrissait la vie politique du pays. C'est une bonne nouvelle venant d'Athènes." Ce qui est intéressant, c'est le début: "Il a suffi de quelques heures". Le Monde trouve naturellement cela très bien. S'il avait suffi de quelques minutes, ç'eût été mieux encore. Petit problème quand même: normalement, si tu veux coffrer un député  (en l'occurrence ils étaient six: le tiers du groupe parlementaire...), il te faut au préalable obtenir la levée de son immunité. Tu ne peux pas l'arrêter comme ça. C'est toute une procédure. Apparemment le gouvernement grec ne s'en est guère préoccupé. Quand tu as besoin d'argent, à plus forte raison encore de beaucoup d'argent, tu ne te demandes pas si tu respectes ou non la constitution, dit l'Ethnologue. Tu fais ce qu'on te dit de faire.  En Grèce, comme tu le sais, les caisses sont vides.

* 3 octobre 2013.

9/26/2013

Ce qu'ils pensent

Autre thème abordé*, l'absence, en Russie, de démocratie, dit l'Auditrice. Comme si, en France, on était en démocratie. C'est ce qu'ils pensent, dit le Collégien. Ils le pensent sincèrement. Ils pensent  sincèrement qu'en France, on est en démocratie. Si, si, je vous assure. En France, on ne serait pas en démocratie, dit la Poire? Comment peut-on dire des choses pareilles? Je vous emmène faire un tour à la 17e chambre correctionnelle, dit l'Avocate. Vous verrez comment, en France, fonctionne la démocratie. Toutes les libertés ont leurs limites, dit la Poire. On ne saurait tolérer l'intolérable. C'est ce que pense aussi Poutine, dit l'Avocate. Je vous le signale. Lui aussi pose des limites. Sauf que ce ne sont pas les mêmes. Vous êtes de mauvaise foi, dit la Poire. On ne peut pas discuter avec vous. Je me borne à vous montrer la réalité, dit l'Avocate: la réalité de la chose, comme disait Machiavel. En France, le pouvoir est issu du suffrage universel, dit la Poire. C'est le peuple qui décide. Expliquez-moi alors comment il se fait que deux partis ayant attiré les faveurs de plus d'un électeur sur quatre ne soient représentés à l'Assemblée nationale que par 4 députés (quatre), alors qu'un autre, ayant recueilli 29,2 % des voix exprimées, soit 16,4 % des électeurs inscrits, en rassemble, lui, 278, dit l'Avocate**.

* France Culture, 24 septembre 2013.
** Le Monde, 19 juin 2012.

9/25/2013

Faites ce que je dis

Hier matin, sur France Culture, il était question de la Russie, dit l'Auditrice*. En quels termes, vous l'imaginez sans peine. Rien que de très neutre et objectif. Un des journalistes, à un moment donné, s'est exprimé sur les photos officielles de Poutine, celles, en particulier, où on le voit faire du sport. Selon lui (ou plutôt elle, c'était une femme), tous les Russes aiment la force. Pas seulement quelques-uns: tous. Elle en donne ensuite les raisons supposées. Le lendemain même, sur la même chaîne, même tranche horaire, un autre journaliste dit qu'il est criminel d'"essentialiser" le débat sur les Roms**. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

* France Culture, 24 septembre 2013.
** France Culture, 25 septembre 2013.

9/18/2013

Synthèse

L'autodéfense inclut en son concept quantité de choses très différentes, dit l'Ethnologue. On peut d'abord l'entendre au sens strict. Mettons, pure hypothèse, qu'on te cambriole et que tu réussisses, je ne sais trop comment d'ailleurs, à maîtriser ton cambrioleur. Tu appelles la police, qui bien entendu te met en garde à vue, car, faut-il le rappeler, séquestrer un cambrioleur est un délit grave. L'Etat de droit ne saurait l'admettre. Tu seras ensuite convoqué devant un juge, qui, pour l'exemple, t'infligera une peine ferme. Je ne raconte pas des choses en l'air, c'est réellement ce qui s'est passé ici même, à Dope-City. Autre cas de figure, maintenant. Un certain nombre d'individus se livrent à leur passe-temps favori, la vente de drogues illicites (mais de fait tolérées). Soudain l'un d'eux s'effondre, une balle tirée depuis une fenêtre d'immeuble. On ne parle déjà plus ici de la même chose. Le sens initial s'est élargi. Comme le relevait hier le Cuisinier, le tireur n'a jamais été retrouvé. C'est très regrettable. Enfin, troisième cas de figure, celui décrit dans un film dont vous souvenez peut-être: La Nuit des juges*. C'est une synthèse des deux cas précédents. Un certain nombre de juges et de policiers, à l'exemple de Pénélope, entreprennent de défaire la nuit ce qu'ils font (et surtout laissent faire) le jour. De nombreuses victimes sont à déplorer. Chacun est libre de ses définitions.

*Peter Hyam, The Star Chamber (titre français: La Nuit des juges), 1984.

9/17/2013

Autre solution

La scène se passe à Coke-City, plus exactement encore dans le quartier du ... , dit le Cuisinier. C'était il y a une quinzaine d'années. Un coup de feu part d'une fenêtre d'immeuble, il vise un revendeur. Observons une minute de silence. Mais ce n'est rien encore. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tout avait disparu. Et quand je dis tout, c'est tout. Fini, terminé. Plus un seul revendeur à l'horizon. Ni bien sûr non plus de client. Les autorités ne s'en sont pas encore remises. Les pauvres, dit l'Etudiante. Comme je les plains. Et le tireur, demanda le Collégien: qu'est-il devenu? Hélas, il court toujours, dit le Cuisinier. Quelle tristesse, dit l'Avocate. Je ne saurais dire à quel point cela me fend le cœur. Et moi donc, dit l'Auditrice. Comme vous le savez, je suis très attachée à l'Etat de droit. Tu dis que le coup de feu est parti d'une fenêtre d'immeuble, dit le Double? Je suggérerais donc, par mesure de sécurité, qu'on mure toutes les fenêtres d'immeuble. Pas seulement d'ailleurs à Coke-City: partout. Il ne devrait plus y en avoir une seule de non murée. Autre solution envisageable, dit l'Ethnologue: la destruction de tous les immeubles existants.

9/09/2013

Globale

Tiens, des nouvelles de la Cheffe, dit l'Avocate. Elle vient de se retrouver un emploi. Comme la Cruche, au conseil des droits de l'homme de l'ONU, dit l'Etudiante? Non, pas du tout, dit l'Avocate. A l'Université de ... Elle y enseignera la "gouvernance globale". Reconnaissons-le, elle a une bonne expérience de ces choses, dit le Double. Il eût été dommage de ne pas en faire profiter les étudiants. De futurs chefs, dit le Cuisinier. Et surtout cheffes, dit l'Auditrice. Dame, elle en a connu du monde, dit l'Etudiante. Tenez, par exemple, le premier ministre du ... Oui, vous savez, ce type auquel le Conseil de l'Europe, à tort bien sûr, reprochait de parrainer un réseau de trafic d'armes, de drogue et d'organes humains. C'était en 2010. Deux ans plus tôt, juste après la proclamation de l'indépendance du ..., la Cheffe était venue lui serrer la main. C'est une femme de devoir, dit l'Auditrice. Même lorsque certaines choses lui répugnent profondément, elle se contraint à les faire. En plus, comme vous le savez, le ... héberge la plus grande base terrestre américaine au monde, dit le Cuisinier: ça aussi, ça compte. De quoi meubler ses cours, dit l'Auditrice.

9/04/2013

Effacer l'histoire

Le Monde faisait écho l'autre jour aux déclarations du directeur général des antiquités et des musées de Syrie, dit l'Etudiante. Il décrivait, devant des experts réunis à l'Unesco, les destructions et pillages sur les sites antiques de son pays: "C'est l'histoire du pays qui est en jeu, disait-il. La politique change, les gouvernements changent, mais l'histoire du pays ne change pas. On est là depuis des millénaires, je suis un [...] professionnel, je défends l'histoire de la Syrie"*. L'intervention américaine en Irak, il y a dix ans, avait déjà produit les mêmes effets. Quantité de sites archéologiques, à l'époque, avaient été vandalisés. D'innombrables pièces de musée avaient également disparu. Ils remettent ça, mais cette fois en Syrie. Il faut préciser l'enjeu, dit l'Avocate. Syrie, Irak, ces deux pays ont une très vieille histoire. C'est là, en fait, que commence l'histoire humaine. Un auteur l'a d'ailleurs dit il y a une cinquantaine d'années: "L'histoire commence à Sumer". Mais cela ne plaît peut-être pas à tout le monde. Cette guerre est aussi l'occasion de remettre les compteurs à zéro.  On efface tout et on recommence. C'est un des buts aussi de cette guerre. Elle a pour but d'effacer l'histoire. "Nous sommes là depuis des millénaires", dit cet homme. En soi il a raison, mais il lui faut maintenant parler au passé: nous étions. Une ère nouvelle commence, du passé faisons table rase. C'est bon aussi pour l'économie.

* Le Monde, 31 août 2013.

9/03/2013

Coopératifs

Détruire un certain nombre de pays ne leur suffit pas, dit l'Ethnologue. Ils veulent le chaos total, avec, si possible, de grands mouvements de populations: du Sud en direction du Nord, comme il se doit. En ligne de mire, bien sûr, l'Europe. C'est ça l'objectif*. Vers 2050, estiment-ils, il devrait être atteint. Dans cette démarche, ils peuvent compter sur leurs alliés habituels: la théocratie séoudienne, d'une part, mais aussi les islamistes turcs, certains réseaux djihadistes, les ..., etc. La Syrie, il est vrai, leur donne passablement de fil à retordre. Davantage, en tous cas, qu'ils ne le pensaient. Malgré un gros investissement militaire et logistique de leur part depuis maintenant plus de trois ans, ils n'arrivent toujours pas à régler le problème. Ils viennent par ailleurs de subir un échec en Egypte. Leur grand atout, en fait, ce sont les Européens eux-mêmes, et en particulier les Français. Ils ne pensaient pas que ces derniers se montreraient aussi coopératifs. Réellement ils sont surpris. En contrepartie, ils se heurtent aux Russes et aux Chinois. Les Russes, on le sait, ont une manière bien à eux de faire la guerre. Jusqu'ici ils n'ont fait que reculer. Mais rien ne dit qu'ils reculeront toujours.

* "Double veto", 15 février 2012.




9/02/2013

Si tu ne le fais pas

Ou je me trompe fort, ou il a peur, dit l'Etudiante. On ne comprendrait pas autrement ses valses-hésitations. Comme tu le sais, on commémore cette année-ci le cinquantième anniversaire de l'assassinat de JFK, dit le Colonel. Ceci explique peut-être cela. C'est-à-dire, dit l'Etudiante? Très probablement, il est hostile à cette guerre, dit le Colonel. Il n'est pas idiot, il sait sur quoi elle risque de déboucher. Par ailleurs, autant que je puisse en juger, c'est un honnête homme. Comme l'était d'ailleurs JFK. Simplement ce n'est pas lui qui décide*. Tu veux dire que..., dit l'Etudiante? Soit tu fais ce qu'on te dit de faire, soit tu ne le fais pas, dit le Colonel. Si tu ne le fais pas, tu sais à quoi tu t'exposes. Une expression allemande résume bien la situation, dit l'Avocate: "Entrer dans la zone des balles".

* "Pressentiment", 28 juillet 2013.

9/01/2013

Quoi par exemple?

Les gens en veulent décidément beaucoup aux Américains, dit l'Etudiante. Que ne raconte-t-on à leur sujet. C'est comme en 2001, dit l'Auditrice. A l'époque, déjà, on disait beaucoup de choses. Quoi par exemple, dit le Collégien? Oh, rien de particulier, dit l'Auditrice. Des bêtises. On disait que ... Comme si les Américains avaient besoin de prétextes pour faire ce qu'ils ont envie de faire, dit l'Etudiante. Ils le font, c'est tout. Ce qu'ils font n'a d'ailleurs rien d'immoral. C'est le mal qui est immoral, non le bien qui est le contraire du mal. Là, incontestablement, vous avez raison, dit la Poire. En plus, on a des preuves.








 

8/23/2013

Branche morte

A quoi bon une armée si elle ne sert pas à défendre les frontières, dit le Collégien? C'est une branche morte, autant s'en débarrasser*. Si ce qu'on attend d'une armée est qu'elle défende les frontières, évidemment on risque d'être déçu, dit le Colonel. Les armées ne sont plus aujourd'hui faites pour défendre les frontières. Elles ont au contraire pour consigne stricte de ne pas les défendre**. Les frontières doivent rester ouvertes. C'est bien ce que je dis, dit le Collégien. Sauf que cela n'épuise pas le débat, dit le Colonel. Il est plus complexe. Oublions un instant la protection des frontières. Personne, encore une fois, n'imagine un seul instant que l'armée serve à défendre les frontières. Pour autant, ce serait une erreur de lui dénier toute utilité. Toute utilité, non. En l'occurrence, comme tu le sais, on est en présence d'un système de milice. En d'autres termes, l'Etat offre à tous les citoyens, hommes et femmes, la possibilité, une fois au moins au cours de leur vie, d'apprendre à se servir d'une arme. Par les temps qui courent, cela peut avoir son utilité***. Ils n'en ont pas tellement autrement l'occasion. Et donc, dit le Collégien? C'est ça, en fait, le sujet, dit le Colonel.

* En septembre 2013, les électeurs suisses seront appelés à se prononcer sur le maintien ou non du service militaire obligatoire.
** "Redéfinition", 15 août 2013.
*** "En profiter", 3 novembre 2010.

8/16/2013

Standardisé

Tout est aujourd'hui très standardisé, dit le Colonel. Les uniformes sont les mêmes, mais pas seulement les uniformes: les véhicules, les herses, les meubles de bureau, etc. Les chefs ont tous effectué un ou même plusieurs stages aux Etats-Unis. Ils participent également à des réunions communes dans le cadre du partenariat pour la paix de l'OTAN (PPP), un organisme créé dans les années 90 et regroupant, outre les pays membres de l'OTAN, un certain nombre d'autres pays non membres (mais, comme les précédents, très liés aux Etats-Unis). En 20.., par exemple, lors du sommet du G8 à ..., l'un d'eux prit prétexte de cette réunion pour décréter l'état de siège sur une partie de son territoire, histoire de tester son aptitude à gérer d'éventuels troubles civils. Un exercice grandeur nature, en quelque sorte. Le directeur de l'exercice venait, comme par hasard, d'effectuer un stage de longue durée aux Etats-Unis. S'il est un domaine où l'intégration est aujourd'hui devenue réalité, c'est bien celui-là.

8/15/2013

Redéfinition

Allez voir, si vous ne l'avez pas déjà vu, le récent film de Daniele Vicari, Diaz, crime d'Etat*, dit le Cuisinier. Il décrit ce qui s'est passé à Gênes en 2001, à l'occasion d'une réunion du G8. C'est très spécifique à l'Italie, dit la Poire. Jamais une chose pareille ne se produirait chez nous. Non bien sûr, dit l'Etudiante. Ce n'est pas ce que je voulais dire. On assiste aujourd'hui à une redistribution des tâches entre l'armée et la police, dit le Colonel. Autrefois il revenait à l'armée de faire la guerre (à l'extérieur), et à la police d'assurer le maintien de l'ordre (à l'intérieur). Aujourd'hui c'est l'inverse exactement. Il revient à la police de faire la guerre (à l'intérieur), et à l'armée d'assurer le maintien de l'ordre (à l'extérieur). Le vrai ministère de la Guerre, aujourd'hui, c'est le ministère de l'Intérieur. Militarisation de la police d'un côté, transformation des membres des forces armées en agents de la circulation, pompiers ou travailleurs humanitaires de l'autre: voilà ce qu'on observe. Il faut mettre cette double évolution croisée en rapport avec l'actuel redéploiement stratégique de l'OTAN, redéploiement marqué par un recentrage sur les problèmes dits de "maintien de la paix", avec à la clé une redéfinition de l'ennemi prioritaire. L'ennemi prioritaire, aujourd'hui, ce sont les populations elles-mêmes, leurs propres populations.

* 2012.

8/12/2013

Voilà mieux

Vous vous souvenez peut-être de la Vache, dit l'Etudiante: cette femme d'un grand courage qui, il y a quelques mois, proposait d'introduire des peines de prison ferme pour tout revendeur de drogue pris en flagrant délit*. Juste le minimum, disait-elle: un an. C'est déjà beaucoup, un an. Les gens en étaient tombés par terre. Or voilà mieux. On doit cette proposition au Copain, le nouvel adjoint à la sécurité à ... Il propose, au moins de jour, de rétablir les patrouilles d'agents en uniforme en ville. Car, semble-t-il, on les avait supprimées. Simple proposition, dit-il. Je reste ouvert à la discussion. A quels excès le tout-répressif ne conduit-il pas? C'est vrai, dit l'Etudiante. Un beau matin, vous verrez, on apprendra qu'ils ont réintroduit la peine de mort. En suspendre une petite centaine sur la place de la ..., quel bonheur. La difficulté, avec la peine de mort, c'est qu'ils devraient commencer par se l'appliquer à eux-mêmes, dit l'Avocate.

* "Le problème", 6 novembre 2011.

8/11/2013

En élargir le concept

Le temps de la légitime défense est un temps court, dit l'Auteur. Tout se passe, en règle générale, très vite, en moins de temps, bien souvent, qu'il n'en faut pour le dire. Il est, en revanche, possible d'en élargir le concept. Mettons que des policiers te mettent abusivement en garde à vue, avant de te passer à tabac et d'exiger de toi, comme ils le font maintenant systématiquement (c'est pour cette raison même, soit dit en passant, qu'ils te mettent en garde à vue), que tu te soumettes à un prélèvement ADN. Tu refuses bien sûr, ce qui te vaudra une condamnation à tant de mois de prison pour "rébellion". On est typiquement là dans une situation où le droit à la légitime défense pourrait être invoqué: on a le droit aussi de se défendre contre la police. Et contre la justice, dit l'Avocate. Et contre la justice, dit l'Auteur. Pour autant, ce qui est légitime est une chose, opportun une autre. C'est ce que je veux dire lorsque je dis qu'il faut en élargir le concept. On n'est pas ici dans le temps court mais long. Laisse un peu de temps au temps.




7/31/2013

Ne conspirait pas

On pourrait aussi parler du père, dit l'Ethnologue: Joseph Kennedy. Roosevelt, comme vous le savez, en avait fait son ambassadeur à Londres. Mais en 1940, il le limogea, car ce dernier appartenait au camp dit des "appeasers", hostiles au déclenchement d'une guerre en Europe. Il pensait, à tort bien sûr, qu'une telle guerre n'engendrerait que des catastrophes. C'est ce qu'il expliquait dans ses mémorandums à Washington. Roosevelt pensait de même, mais en tirait d'autres conclusions: non pas qu'il fallait en prévenir le déclenchement mais au contraire tout faire pour le favoriser. Homme de gauche, mais d'orientation impérialiste (ce n'est pas nécessairement incompatible), disciple de l'amiral Mahan, l'un des pères fondateurs de la stratégie planétaire américaine, il voyait dans cette guerre une chance à saisir pour les Etats-Unis, dans leur course, justement, à l'hégémonie. Il limogea donc Kennedy, non sans le menacer d'anéantir sa carrière politique et celle de ses fils s'il lui prenait envie de révéler au grand jour certaines choses destinées à rester secrètes*. On ne parlera bien sûr pas ici de conspiration. Roosevelt ne conspirait pas, il se contentait de violer les lois américaines sur la neutralité, en même temps que de manœuvrer en cachette pour accélérer l'entrée en guerre des Etats-Unis. Si cela s'était su, lui-même n'aurait pas été l'abri d'une procédure de destitution.

* Dirk Bavendamm, Roosevelts Krieg 1937-45, Herbig, 1993, p. 68.


7/28/2013

Pressentiment

La notion-clé en la matière serait peut-être celle de complexe militaro-industriel, dit l'Ethnologue. Quand les grandes firmes liées à l'industrie militaire font main basse sur l'Etat, il en résulte mécaniquement que la guerre tend à devenir la seule et unique justification de l'Etat, sa raison d'être même. C'est le président Eisenhower, prédécesseur immédiat de Kennedy à la Maison Blanche, qui, le premier, parla de complexe militaro-industriel. Il le fit dans un discours très remarqué, quelques jours seulement avant la fin de son mandat. C'est certainement le discours le plus important qu'ait jamais prononcé un président américain. Evoquant l'impression qu'il lui fit à l'époque, l'historien Christopher Lash parle du "pressentiment" qui l'habitait en ces années-là "que nous, Américains, avions, d'une manière ou d'une autre, placé notre destin entre les mains d'une machine de guerre implacable qui s'avérait presque totalement indépendante de toute intervention humaine, poursuivant dans la plus totale irresponsabilité son industrie de destruction"*. Et donc, dit le Collégien? Essaye un peu de te mettre en travers, dit l'Ethnologue.

* Christopher Lash, Le seul et vrai paradis: Une histoire de l'idéologie du progrès et de ses critiques, trad. Frédéric Joly, Climats, 2002, p. 27-28.

7/27/2013

Le coeur des choses

Poursuivons, dit l'Ethnologue. Dans cette même lettre du 24 novembre 1963, Hannah Arendt évoque aussi l'assassinat du président Kennedy, assassinat survenu deux jours plus tôt. Cette tragédie lui inspire les pensées suivantes, pensées qui sont en fait celles de son mari, philosophe comme elle : "Il [son mari] pense qu'il [Kennedy] avait vraiment touché le cœur des choses, ce cœur qui maintient l'équilibre partout, en politique intérieure comme en politique extérieure, et que maintenant tout risque de s'effondrer comme un château de cartes". On retiendra surtout la référence au "cœur des choses". C'est le langage religieux. "Le cœur est essentiellement un symbole du centre (...), qu'on se place au point de vue microcosmique ou au point de vue macrocosmique", écrit René Guénon*. Kennedy n'était peut-être pas le cœur des choses, mais comme le dit très bien Arendt, il l'avait "touché", en sorte qu'on ne pouvait pas assassiner Kennedy sans qu'il n'en résultât de graves conséquences pour le monde entier. "Tout risque de s'effondrer", dit Arendt. D'une certaine manière, c'est bien ce qui s'est produit: tout s'est effondré. Quels étaient les commanditaires, dit le Collégien? Il ne faut pas céder au conspirationnisme, dit l'Ethnologue. 

* René Guénon, "Le Cœur et la Caverne", in Symboles de la science sacrée, Gallimard, 1977, p. 200.

7/25/2013

Sur le campus

On parlait ici même, il y a quelques semaines, de Hannah Arendt et de la campagne de dénigrement dont elle fut l'objet après la publication de son livre, Eichmann à Jérusalem, dit l'Ethnologue*. A Chicago, où elle enseignait, Arendt avait pour collègue Leo Strauss, futur maître à penser des néoconservateurs américains. S'en étonnera-t-on, Arendt et Leo Strauss ne s'aimaient  guère. Arendt dit dans une de ses lettres que Strauss faisait de "l'agitation contre [elle] sur le campus". Mais "il l'aurait fait de toute façon", précise-t-elle*. Il serait exagéré de dire que l'histoire du dernier demi-siècle aux Etats-Unis se résumerait en une victoire posthume de Leo Strauss sur Hannah Arendt. Les choses sont bien sûr plus compliquées. Hannah Arendt reste aujourd'hui encore très lue et admirée aux Etats-Unis. Malgré tout on peut se demander ce que penserait aujourd'hui l'auteur des Origines du totalitarisme de l'état actuel de l'Amérique, avec ses guerres à répétition, son système d'espionnage généralisé, l'hyperviolence de ses dirigeants, leur goût, effectivement, invétéré pour les conspirations, etc., elle qui mettait en garde contre le mensonge et la violence, en même temps que contre l'idée selon laquelle le pouvoir se réduirait, justement, à la violence.

* "La moindre larme", 10 mai 2013; "Etat des lieux", 12 mai 2013.
** Hannah Arendt, Lettre à Karl et Gertrud Jaspers, 24 novembre 1963.

7/18/2013

Singulier

C'est très singulier comme milieu, dit l'Etudiante. Vous vous souvenez peut-être de ce courriel que le Sceptique, en son temps, avait envoyé à la Pasteure, courriel resté sans réponse. Il l'interrogeait sur une de ses prédications. On avait, à l'époque, fait la comparaison avec la Psy. La Psy, comme vous le savez, n'est accessible au téléphone qu'une fois toutes les trois semaines, et encore: une demi-heure seulement. Ensuite elle décroche. Bref, je vous raconte. J'avais besoin d'un renseignement, et donc je leur écris: une petite lettre formelle, très polie. Je ne sais trop à qui j'ai eu affaire: au Bedeau, peut-être. Me répondre leur aurait pris 30 secondes. Aucune réponse. Au bout de six semaines je les relance: cinq lignes pour leur dire que ça se fait en principe de répondre aux lettres. Non seulement ils ne se sont pas excusés, mais ils m'ont reproché de les stresser. Absolument. Par parenthèse, ce sont les mêmes, en toute occasion, qui, la larme à l'oeil, t'expliquent que tu dois t'ouvrir aux autres, être à leur écoute, etc. Ce disque vous est connu. Tu as encore de la chance, dit l'Archiviste. Au moins ont-ils répondu à ta deuxième lettre. Moi, même pas. J'en suis maintenant à ma troisième. Devrais-je en écrire une quatrième? Il faut les comprendre, dit l'Ethnologue. Du matin au soir, ils sont en réunion*. C'est ça, aujourd'hui, leur vie. Comment voulez-vous, dans ces conditions, qu'ils trouvent encore le temps de répondre aux lettres (aux vôtres en particulier)?

* Alain Besançon, Problèmes religieux contemporains, Editions de Fallois, 2015, p. 245.

7/17/2013

L'idée de base

On n'aime pas trop aujourd'hui les théories du complot, dit l'Auditrice. On leur reproche de semer le trouble dans la population, de porter atteinte à la démocratie, etc. On stigmatise aussi la mentalité dite "conspirationniste". Il faudrait y voir une forme de paranoïa. En déplaçant ainsi le débat sur le terrain médical, on s'affranchit par là même de l'obligation, il est vrai fastidieuse, d'avoir à considérer ces théories pour elles-mêmes, pour en évaluer le contenu. On n'aime pas trop ces choses. Il faut bien voir l'idée de base, dit l'Ethnologue. L'idée de base est que nous sommes en démocratie, et qu'en démocratie tout est nécessairement transparent. Les théories du complot n'ont donc pas lieu d'être. A priori elles sont fausses. Les réfuter, on n'y pense même pas. Si nous n'étions pas en démocratie, il en irait bien sûr autrement. On irait y regarder de plus près. On ferait quelques vérifications. Mais nous sommes en démocratie.

7/08/2013

L'adapter

Il ne suffit pas de légaliser les interceptions électroniques, dit le Cuisinier. Toutes sortes d'autres choses encore devraient être légalisées. Les assassinats politiques, par exemple. On pourrait aussi parler des attentats qu'ils commettent occasionnellement, en en imputant, comme vous le savez, la responsabilité à des tiers. Cela aussi, il faudrait le légaliser. La torture, je crois, a été légalisée récemment, mais pas le trafic de drogue. Pour autant, c'est une branche importante de leurs activités, et cela depuis longtemps*. Ils s'autofinancent en partie grâce à ça. La guerre contre le terrorisme, expliqueraient-ils (j'invente, bien sûr), nous oblige à faire un certain nombre de choses qui ne nous plaisent guère, à vrai dire nous révoltent profondément (oui, tout à fait). Mais notre sécurité à tous en dépend. Merci donc de bien vouloir changer la loi pour l'adapter à la réalité. Et non seulement cela, dit l'Auditrice. Mais cette légalisation devrait être rétroactive. Vous n'y pensez pas, dit la Poire. Ce serait contraire à l'Etat de droit. C'est vrai, dit l'Auditrice. J'oubliais.

* Alfred McCoy, La Politique de l'héroïne. L'implication de la CIA dans le trafic des drogues [1972], E. du Lézard, 1999.

7/07/2013

En toute légalité

Les services secrets se sont toujours considérés comme au-dessus des lois, dit le Colonel. Et donc aussi ils ont toujours cherché à tourner la loi. Or, aujourd'hui, ils n'ont même plus à se demander comment tourner la loi, car la loi elle-même vient à leur rencontre, leur donne la possibilité de faire ce qu'ils ne pouvaient faire autrefois qu'en tournant la loi. S'ils le font donc (ce qu'ils ne pouvaient faire autrefois qu'en tournant la loi), c'est en toute légalité qu'ils le font, en accord même avec la loi. Ou alors ils changent la loi (c'est devenu chez eux une habitude). Cette évolution est particulièrement manifeste aux Etats-Unis, mais elle caractérise également l'évolution du système politique en Europe. Voyez, par exemple, ce qui se passe en France, mais aussi en Suisse*, en Allemagne, etc. Sous l'angle des rapports de force à l'intérieur de la supra-société, elle équivaut à un transfert de souveraineté de la sphère politique à celle des services secrets. C'est elle, désormais, qui est le véritable siège du pouvoir. Cette situation n'est pas exactement sans précédent: que l'on songe au rôle du KGB dans la dernière phase d'existence de l'ancien régime soviétique. Sauf que l'informatique, à cette époque-là, n'existait pas encore, dit l'Avocate.

* "A le faire", 31 juillet 2011.








7/06/2013

Signes

Si l'on oublie les absurdités propagandistes et l'idéologie, comment, personnellement, définirais-tu la démocratie, dit le Collégien? Voici ce qu'en disait, il y a une vingtaine d'années, Alexandre Zinoviev, dit l'Ethnologue: "Le mot est utilisé pour désigner une certaine somme de signes de la communalité de l'occidentisme, sélectionnés dans un but idéologique précis. (...) Parmi les signes qui lui sont attribués, je n'ai jamais rencontré les prisons, la corruption, les intrigues, la tromperie délibérée des électeurs, la violence, etc."* On pourrait aujourd'hui compléter la liste: les arrestations abusives, les prélèvements contraints d'ADN, l'espionnage généralisé, le stockage des données ainsi collectées dans les sous-sols des services secrets, leur mutualisation, sur simple demande, avec d'autres services de police**, etc. Quel rapport, dit le Collégien? Tu me demandais d'oublier l'idéologie et les absurdités propagandistes, dit l'Ethnologue. Je fais ce que tu me dis de faire.

* Alexandre Zinoviev, L'Occidentisme: Essai sur le triomphe d'une idéologie, Plon, 1996, p. 121. Zinoviev distingue entre deux types de comportement: le professionnel et le communal (ibid., pp. 29-36).
** Le Monde, 5 juillet 2011.

7/02/2013

Quelque part

Quelque part ça les arrange, dit l'Ethnologue. Je parle des dirigeants européens. Ils sont très contents qu'on croie que les Américains les espionnent. Comme ça ils passent pour indépendants à l'égard des Américains. C'est bon pour leur image. La réalité est évidemment tout autre. Il y a quelques années, on disait que la moitié au moins, sinon les trois quarts, des présidents et premiers ministres des Etats membres de l'Union européenne, et non des moindres, étaient des agents de la ... Polanski en avait même fait un film: The Ghost Writer. J'ignore ce qu'il en est en 2013. Ca va, ça vient. Le pourcentage est peut-être un peu plus bas aujourd'hui qu'autrefois. Le regretté Père Gaston Fessard avait, à une certaine époque, forgé une expression pour décrire ce genre de situation: le prince-esclave*. Les dirigeants européens feignent aujourd'hui de découvrir ce qu'ils savent, en fait, depuis toujours (sans, d'ailleurs, que ça ne les dérange en rien: pourquoi cela les dérangerait-il?). Sauf que, jusqu'ici, ils faisaient semblant de ne pas le savoir. C'est compliqué la vie. Surtout celle du prince-esclave.

* Gaston Fessard, Au temps du prince-esclave: Ecrits clandestins 1940-1945, Criterion, 1989.

7/01/2013

Un moyen simple

Il y a un moyen simple de ne pas se faire espionner*, dit le Sceptique: c'est de ne pas utiliser Internet. Quand on a quelque chose de particulier à dire à quelqu'un, soit on utilise le courrier postal, soit on se déplace soi-même pour aller voir la personne. Personnellement c'est ce que je fais: je vais voir la personne. On discute un moment (généralement en plein air), après quoi je rentre chez moi. Je vais ainsi relativement souvent aux Etats-Unis. Beaucoup croient qu'il est impossible de se passer d'Internet. Il est en réalité tout à fait possible de s'en passer. Les terroristes s'en passent, je ne vois pas pourquoi les non-terroristes ne pourraient pas eux aussi s'en passer. Ce que je pense, en fait, c'est que les gens seraient très tristes de ne pas se sentir espionnés. Ils le vivraient très mal. Non seulement ils n'ont rien contre le fait que la NSA les espionnent mais ils considèrent cela comme un honneur. Cela prouve qu'on s'intéresse un peu à eux. Il n'y a que la NSA pour le faire.

* Un ex-agent de la NSA fait des révélation sur l'ampleur du système d'espionnage américain à travers le monde.







6/16/2013

Un temps seulement

Ce régime est dépourvu de toute assise populaire, dit l'Ethnologue. Même les populations qu'il courtise, celles issues de l'..., ne lui accordent qu'un soutien très relatif. C'est la corde qui soutient le pendu. Privé de toute assise populaire, donc aussi de tout pouvoir. Car le pouvoir n'est ce qu'il est que par la confiance qu'il inspire. Autrement il dépérit. Ce prétendu pouvoir est en fait un non-pouvoir, il n'a plus prise sur la réalité. D'où de plus en plus, comme vous le voyez, le recours à la violence. Dans son essai sur la violence, Hannah Arendt relève que la violence non seulement n'a rien à voir avec le pouvoir, mais que ce sont les pouvoirs faibles qui y ont surtout recours: quand, justement, le pouvoir entre en déliquescence, donc commence à leur échapper. Sauf, bien sûr, que la violence ne remplace jamais le pouvoir (même si elle en donne parfois l'illusion). Elle permet, un temps au moins, au pouvoir de garder la tête hors de l'eau. Mais un temps seulement. Au moindre coup de vent, il plonge. Ah, la météo! Ca sera peut-être dans dix ans, demain peut-être déjà. Mais des coups de vents, il y en aura, c'est sûr.

6/12/2013

En règle générale

En règle générale, si vous avez le choix entre la légitime défense et la fuite, choisissez plutôt la fuite, dit l'Auteur. C'est le conseil que je vous donne. Car, comme vous le savez, les juges ne plaisantent pas avec ces choses. A plus forte raison encore lorsque vous êtes victimes d'exactions de la part de gardes mobiles ou de membres de la police. Là, au moindre signe ou manifestation de mauvaise humeur de votre part, ils peuvent vous mettre en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (comme ils disent). Vous en aurez alors pour plusieurs années. Soyez donc prudents, n'ayez recours à la légitime défense que lorsque le rapport de forces vous est très, mais vraiment très favorable, et surtout que vous êtes sûrs de pouvoir ensuite disparaître sans laisser de traces. Ce qui est parfois le cas.

6/08/2013

Tailler en pièces

Au tour, maintenant, du Zéro pointé de monter au créneau, dit le Double: je vais vous tailler en pièces, a-t-il dit. Dans le style robespierriste, on fait difficilement mieux. On pourrait aussi évoquer Lénine: écrasons les insectes nuisibles. On sait désormais à qui on a affaire. Parce que tu ne le savais pas, dit l'Auditrice? A mon avis, ils commettent une erreur, dit l'Avocate. Quand on veut tailler les gens en pièces, on ne le dit pas, on le fait. On risquerait autrement de ne pas pouvoir le faire. Si tu vois ce que je veux dire. Non, pas vraiment, dit l'Auditrice. 

6/01/2013

Main invisible

En fait, aplanir l'espace social*, c'est ce que fait déjà le marché, dit le Cuisinier. Lui aussi veut tout aplanir, tout éradiquer. Et d'ailleurs, très souvent, y parvient. Mais sans gardes mobiles, gaz toxiques, etc. On fait ainsi des économies. Il n'y a pas d'un côté le marché, de l'autre l'Etat total, dit l'Ethnologue. C'est beaucoup plus intriqué que tu ne le penses. Jusqu'à un certain point, c'est vrai, le marché se suffit à lui-même. Mais jusqu'à un certain point seulement. Au-delà, pour le dernier kilomètre, tu as besoin d'une aide: celle de l'Etat total, justement. Je veux bien croire à l'existence d'une main invisible, mais ce n'est quand même pas la main invisible qui a créé l'OMC, n'est-ce pas? En sens inverse, s'il n'y avait pas le marché, crois-tu que l'Etat total surmonterait aussi aisément qu'il le fait les obstacles sur lesquels, occasionnellement, il lui arrive de buter? Je parlais l'autre jour de la famille biparentale. Parlons plutôt de ce qu'il en reste: car la désagrégation de la famille ne date pas d'hier. "Au lieu de servir de contrepoids au marché, la famille a (...) été envahie et minée par le marché", écrit ainsi Christopher Lasch. Qui précise: "De nos jours, il est de plus en plus clair que les enfants paient le prix de cette invasion de la famille par le marché"**. Bref, ce n'est pas ou bien, ou bien: ou bien le marché, ou bien l'Etat total. Les deux s'étayent l'un l'autre. Et de toute façon, les bénéficiaires sont les mêmes.

* "Devant rien", 15 mai 2013.
**La révolte des élites et la trahison de la démocratie, Champs essais, Flammarion, 2009, p. 105.








5/29/2013

Sauf qu'ils...

C'est être très bête, ou alors très naïf, que de crier, comme le font certains: "Les gendarmes avec nous"*, dit l'Ethnologue. Les gendarmes sont d'abord avec le pouvoir. Ils ont été dressés à ça, et en plus sont payés pour ça. Ils n'ont aucun état d'âme. En cette matière-là comme en d'autres, les analyses arendtiennes conservent toute leur pertinence. Les ... ne sont quand même pas des ..., dit la Poire. Non bien sûr, dit l'Ethnologue. Pour la même raison il est stupide de dire que la police protège les personnes et les biens. Elle ne protège en réalité qu'une chose: les dirigeants. N'en attends donc rien, il n'y a rien à en attendre. Sauf qu'ils ne se conduisent pas toujours comme on l'a vu ces derniers jours, dit le Collégien. Parfois même, au contraire, ils se montrent particulièrement accommodants. Ils ferment les yeux sur beaucoup de choses. Ce sont leurs "petits chéris", dit l'Avocate: les petits chéris du pouvoir. Tu ne voudrais quand même pas qu'ils gazent les petits chéris du pouvoir.

* Le Monde, 17 avril 2013.

5/28/2013

Devant rien

C'est un régime totalitaire, dit l'Avocate. Il faut le prendre pour ce qu'il est. Hannah Arendt parlait d'"atomisation sociale": on est complètement dans cette logique. Leur but est d'aplanir le paysage social, d'écarter tout ce qui pourrait encore faire obstacle à l'extension illimitée de leur pouvoir: la famille biparentale, en particulier, mais pas seulement. Bien d'autres choses encore. Tout doit disparaître, être éradiqué. Ou alors se transformer en bouillie informe. Pour l'instant encore, les dirigeants s'abstiennent de recourir trop systématiquement à la violence. Leur registre est celui de la contrainte molle, de la décérébration au quotidien. Mais comme cet épisode le montre bien (et il n'est pas le seul), on passe relativement vite de la contrainte molle à des formes de contrainte beaucoup plus dures: gaz asphyxiants, certes, mais aussi arrestations abusives, coups et blessures volontaires, passages à tabac, etc. D'une manière générale, un régime totalitaire ne recule devant rien. Il va toujours jusqu'au bout de ses entreprises. Ou alors recule. Mais s'il recule, c'est qu'il est sur la pente descendante. C'est le début de la fin.





5/27/2013

Programme

Pour beaucoup, le mariage pour tous aurait une fonction dérivative, dit l'Ethnologue. On l'aurait inventé pour occulter la crise, empêcher qu'elle n'occupe trop l'esprit des gens. Personnellement, je suis d'un avis contraire: c'est la crise elle-même qui a une fonction dérivative. Pendant que les gens transpirent et se démènent, les uns pour trouver un emploi, les autres pour ne pas basculer eux-mêmes dans le chômage et la misère, les dirigeants en profitent pour mettre les bouchées doubles dans l'actualisation de leur programme de révolution sociétale, programme, effectivement, articulé à une redéfinition des repères généalogiques les plus originaires. Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme ils le pensaient. Ils ont dû faire appel aux gardes mobiles, lesquels n'ont pas hésité à agresser de petits enfants en leur balançant des gaz asphyxiants. Ils auraient préféré ne pas devoir le faire, mais voilà, ils n'avaient pas le choix. C'est vrai, dit l'Avocate: on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie.











5/22/2013

Sans précédent

C'est un geste inaugural, dit l'Auteur*. C'est ainsi au moins que je l'interprète. Et lui-même, semble-t-il, l'a conçu et voulu ainsi. Geste non pas de désespoir (comme, de prime abord, on inclinerait à le croire), mais bien d'espoir. On retiendra aussi l'endroit choisi: à la croisée même de la verticale et de l'horizontale, de la transcendance et de l'immanence. Là même où refleurit la rose, au cœur de ce qui la nie. C'est ce que signifie son acte. Il est trop tôt encore pour en mesurer l'onde de choc. Mais la charge symbolique en est puissante. Elle entre en résonance avec beaucoup de choses en nous (tant inconscientes que conscientes). Le sang des martyrs est la semence des chrétiens, disait Tertullien. En l'occurrence, évidemment, il faudrait changer la formule. Mais le sens profond subsiste. Et son dernier texte: en lequel, entre autres, il désigne l'ennemi. C'est "sans précédent", aurait dit le ministre de l'Intérieur. Il a complètement raison. Sans précédent.

* Dominique Venner s'est suicidé le mardi 21 mai 2013 en la cathédrale Notre-Dame de Paris, près de l'autel. Historien et écrivain, il dirigeait la Nouvelle Revue d'Histoire.

5/12/2013

Etat des lieux

Personnellement je serais un peu moins sévère, dit le Sceptique. Il y a quand même de bons passages dans ce film. Entre autres celui où on la voit avec ses chers collègues transformés en inquisiteurs. Je n'ai peut-être pas exactement passé par là, mais plus ou moins quand même. Les chers collègues, je puis en témoigner, ressemblent assez à la description qu'en donne le film. Ils ont bien ce genre de têtes. A partir de là, on pourrait élargir le débat. Comment s'opère aujourd'hui la sélection des professionnels en ce secteur (chercheurs, enseignants, etc.)? Suivant quels critères? Pour être plus précis encore, à quoi ressemble aujourd'hui une thèse universitaire? Quelle en est la raison d'être? Qu'est-ce qui t'arrive (et immanquablement t'arrive) lorsque ce que tu écris ne correspond pas exactement à ce qu'on attend de toi que tu écrives? Etc. Ensuite tu dresses un état des lieux. Tu décris le néant actuel de la production universitaire courante, au moins en certains domaines (tu vois bien plus ou moins lesquels); les formes diverses et variées de la Gleichschaltung. Tu montres également comment cela se passe au niveau des revues académiques: les filtres, la censure. Tu parles des études de genre. Etc. Un beau sujet de thèse, quoi. Reste à trouver le directeur, dit l'Etudiante.



5/10/2013

La moindre larme

En 1963, Hannah Arendt publia Eichmann à Jérusalem, livre en lequel, entre autres sujets, elle aborde la question du rôle des "conseils juifs" durant la deuxième guerre mondiale, dit l'Ethnologue. Elle ne leur reprochait rien moins que d'avoir coopéré avec les nazis. Le scandale fut énorme. Arendt se retrouva soudain très seule, bon nombre de ses amis rompirent avec elle. Le Mossad s'en mêla en interceptant ses correspondances*. On voulut même l'interdire d'enseignement. Mais cette dernière manœuvre échoua, car elle avait le soutien des étudiants. La cinéaste Margarethe von Trotta revient sur cet épisode en l'interprétant à sa manière**. Tout le film tourne autour de la "banalité du mal", effectivement un grand thème arendtien. Les criminels de masse ne sont que rarement des monstres, soutient Arendt. Il faut plutôt voir en eux des clowns, des êtres inconsistants. Ils font ce qu'on leur dit de faire. On est d'accord ou non avec ces affirmations, mais si Arendt s'est retrouvée un jour en difficulté, ce n'est pas à cause de la banalité du mal: c'est à cause de ce qu'on vient de dire, les conseils juifs. En ce sens, le film n'explique rien. Autre grand défaut du film, celui de céder au pathos. A un moment donné, on nous montre Arendt éclatant en sanglots: c'est un contresens complet. Jamais, en l'occurrence, Arendt n'a versé la moindre larme. Elle était très sûre d'elle-même, très déterminée. On lui fait également dire (sans doute, pour "l'humaniser"): "Penser c'est baiser". Visiblement, Trotta est dépassée par son sujet.

* Lettre de Hannah Arendt à Karl Jaspers du 20 octobre 1963.
** Margarethe von Trotta, Hannah Arendt (2012).

5/02/2013

Amour impossible

Très souvent les mots eux-mêmes nous mènent au-delà des mots, dit l'Auteur. C'est le cas, par exemple, chez Tolstoï: j'en parle parce que je viens de relire Guerre et paixGuerre et paix est typiquement une oeuvre où l'écriture se transcende elle-même dans autre chose qu'elle-même. Il en va de même de L'Education sentimentale de Flaubert. Tous les grands textes de la littérature, en fait, nous mènent au-delà des mots. En revanche il est très difficile, à vrai dire impossible, de faire le même trajet en sens inverse: en revenir aux mots eux-mêmes après être allé au-delà des mots. En substance c'est le message de Martha Argerich dans le très beau film que lui a consacré sa fille*. Le langage musical, nous dit-elle, se situe au-delà des mots, on ne peut donc pas le transcrire en mots. L'émotion musicale dépasse nos capacités de verbalisation. Martha Argerich parle aussi de son "amour impossible" pour Chopin: elle aurait voulu accéder à l'âme de Chopin, mais n'y est jamais parvenue. C'est un peu la même idée. En ce sens la littérature nous permet d'accéder à la musique, mais l'inverse, semble-t-il, non: on ne peut pas exprimer en mots ce que nous dit la musique. Si l'on peut aller de Tolstoï à Chopin, on ne peut pas en revanche aller de Chopin à Tolstoï.

* Stéphanie Argerich, Argerich - Bloody Daughter (2013).

4/13/2013

Excellente journée

C'est vrai, dit l'Avocate. Il pourrait très bien se faire, un beau matin, que nous parviennent ces mots ailés: "Chers concitoyennes, chers concitoyens, vos avoirs, au cours de la nuit, ont été amputés de 50, 60, voire 80 %. Cette décision, soyez-en certains, n'a pas été facile à prendre, mais nous l'avons prise pour assurer le maintien indispensable de nos super-salaires, prébendes, retraites dorées, indemnités de fonction, rentes de situation: les nôtres propres, mais aussi ceux des bureaucrates dont, jusqu'ici au moins, l'impôt assurait l'auto-épanouissement harmonieux (maintenant, il est vrai, cela ne suffit plus). Il nous fallait également, comme vous le savez, régler l'arriéré de solde de nos valeureux mercenaires (que d'autres, assurément malintentionnés, ont surnommés nos "petits chéris"): on pourrait craindre autrement qu'ils ne se révoltent. Merci pour votre compréhension, et excellente journée à tous." C'est tout à fait envisageable. Que faire, dit le Collégien? D'abord, ne pas avoir de comptes, dit l'Avocate. Comme ça tu es sûr qu'ils ne seront pas amputés. Je pense ici surtout aux comptes déclarés. Les autres, cela dépend. Rien, a priori, ne t'empêcherait d'avoir un compte non déclaré. C'est tout à fait possible. Mais il faudrait éviter alors de le mettre dans un paradis fiscal: car de tels paradis, aujourd'hui, n'existent plus (au moins pour des gens comme toi et moi: pour certaines multinationales c'est différent). Où donc, dans ces conditions, dit le Collégien? Tu serais surpris d'apprendre ce que, parfois, les gens cachent dans leur appartement, dit l'Avocate. Ou s'ils en ont un dans leur jardin. Adresse-toi à un intermédiaire.



4/12/2013

Pas deux

Les gens n'en ont peut-être pas exactement conscience, mais l'Europe est sans doute un des endroits au monde où la propriété privée est la plus exposée, dit le Double. Relativisons, dit le Sceptique. On peut prendre l'argent des gens une fois, mais pas deux. Une fois que l'argent est pris, il est pris. On ne peut pas répéter l'opération.

4/11/2013

Ballon d'essai

Comme toujours, il faut resituer les choses dans leur contexte, dit le Colonel. Vous avez vu ce qui s'est passé récemment à Chypre. Les dirigeants, la main sur le coeur, ont juré que jamais, au grand jamais, ils ne recommenceraient. On a au contraire toutes les raisons de penser qu'ils recommenceront très vite, qui plus est à une beaucoup plus grande échelle. Car les caisses sont vides, ils ont désespérément besoin d'argent. Les gens croient que les dirigeants ne s'intéressent qu'aux comptes non déclarés, ceux enfouis dans des paradis fiscaux. Ils s'y intéressent, bien sûr, ils souhaiteraient même ardemment mettre la main dessus, mais ils s'intéressent aussi aux autres: aux comptes légaux, ceux régulièrement déclarés. La question, en fait, qui se pose n'est pas celle des comptes non déclarés: c'est celle de tous les comptes quels qu'ils soient, aussi bien déclarés que non déclarés. De ce point de vue, Chypre a été un ballon d'essai. On va voir maintenant la suite.





4/10/2013

Renouvellement

On se demandait il y a quelques années ce qui supplanterait un jour la pédophilie en tant que figure du mal radical, dit l'Ethnologue*. Nous avons maintenant la réponse: la fraude fiscale. Ce soir même, sur France Inter, j'en ai entendu un (et même deux, je crois) réclamer la cour d'assises pour les évadés du fisc. La cour d'assises! Avec à la clé, bien sûr, la réclusion criminelle à perpétuité. Vous allez voir, dit le Cuisinier: le Guignol ne pourra s'empêcher de répéter ce qu'il déclarait déjà il y a cinq ans. Vous vous souvenez, n'est-ce pas: qu'il est difficile de savoir par où exactement passe la limite entre mobilisation citoyenne et chasse à l'homme**. C'est assez juste, d'ailleurs: on ne sait pas exactement par où elle passe. A l'époque, cela lui avait valu une promotion.

* Cf. "Analogue", 25 novembre 2008; "Les deux mamelles", 19 novembre 2009.
** "Protesté", 27 mars 2008.









4/06/2013

Eux-mêmes

Quelque part, je peux le comprendre, dit l'Ethnologue*. Quand on sait comment est utilisé aujourd'hui l'argent public. A quoi exactement il sert. Qui en vit, etc. En plus, il était ministre du budget. Rien, donc, ne lui échappait. Il avait une vue d'ensemble du problème. Soit, dit le Logicien. Mais on ne saurait à la fois faire la chasse aux fraudeurs et frauder soi-même. Ce n'est pas logique. Cela me paraît au contraire complètement logique, dit l'Ethnologue. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots. Il a menti à la représentation nationale, dit la Poire. C'est impardonnable. Oui, je sais, dit l'Ethnologue, vous aimez les grands mots. La représentation nationale, dites-vous: que représentent-ils, en fait, ces gens? Posez-vous un peu la question. "Impardonnable": comme si eux-mêmes ne mentaient jamais à personne, y compris et même surtout en tant que représentants de ceci ou de cela. Juste retour des choses. Vous dites, dit la Poire? Ce que je viens de vous dire, dit l'Ethnologue.

* L'opinion effondrée apprend que le ministre du budget fraudait le fisc.

3/18/2013

D'ordre privé

Regarde, dit l'Auditrice, c'est dans le Gratuit: édition de Dope-City. Ce titre en une: "Lacéré au cutter sous les yeux de sa fillette". Les médecins ont réussi à le récupérer, mais in extremis. Le lendemain encore, il était aux soins intensifs. Et l'agresseur, me demanderas-tu? Bonne question. L'agresseur, dit le Gratuit, a été "entendu par la justice". Entendu, certes, mais immédiatement "ensuite libéré". Pour si peu, n'est-ce pas, on ne met pas les gens en prison. Et maintenant cette perle: "Il s'agit d'un conflit d'ordre privé". C'est la procureure qui s'exprime. Elle a raison, dit l'Etudiante. Ce sont leurs us et coutumes. Nous n'avons pas à nous en mêler.

3/11/2013

Seulement envisagée

Et dire qu'il a fait mai 68, dit le Double. Autant que je sache, à l'époque, il n'était guère question de l'industrie alimentaire, encore moins de ses rapports avec la pensée (ou l'inverse: de la pensée dans ses rapports avec l'industrie alimentaire). C'est vrai, dit l'Ethnologue. A première vue, on pourrait être surpris. Voici ce qu'en dit Jean-Claude Michéa: "L'idée que le capitalisme moderne représente non pas la trahison mais, au contraire, l'accomplissement des idéaux de Mai 68, soulève la plupart du temps une indignation bien compréhensible en raison de l'ampleur du travail intellectuel et psychologique qu'elle suppose pour être seulement envisagée"*.

L'enseignement de l'ignorance, p. 93.

3/10/2013

Suspect

Tiens, un article du Métaphysicien, dit le Cuisinier. Le sujet en est la non-pensée. Contrairement à d'autres, qui associent la non-pensée à la pensée unique, le Métaphysicien la met, lui, en rapport avec le "pluralisme". Un peu de pluralisme, soit. Mais point trop n'en faut, n'est-ce pas. Exemple, on en est venu ces derniers temps à critiquer l'industrie alimentaire. On ferait mieux de s'occuper des "terribles conditions de vie dans les camps de réfugiés en Syrie". Voilà ce qui s'appellerait penser. Mais justement on ne le veut pas. Il trouve cela "suspect". Etc. Au passage, le Métaphysicien relève que la liberté de l'information s'est aujourd'hui affranchie de toute espèce d'entrave: "Il n'y a plus ni comité central, ni orientation autoritaire des nouvelles". Aucun dogme non plus, bien entendu. Voyez le Journal: quel "foisonnement d'opinions" (sic). Et l'Emission: je ne vous dis pas. Etc. Soit, dit l'Etudiante. Mais là encore on peut se poser la question: croit-il réellement à ce qu'il raconte? Les sentiments que l'on feint, on finit par les avoir, dit l'Ethnologue.



3/03/2013

Réponse bête

Réponse bête, dit l'Auditrice: dans la poche des dirigeants. On fustige volontiers les rémunérations abusives de certains grands patrons, leurs retraites chapeaux, etc. On a sans doute raison de le faire. Mais comme le relevait récemment l'Editeur, c'est l'arbre qui cache la forêt*. Prends l'exemple de Sa Magnificence, le maire de ..., non loin d'ici. Son salaire mensuel se monte à 27'000 euros: 27'000 euros. En connais-tu beaucoup, autour de toi, de personnes qui gagnent 27'000 euros par mois? Autre exemple. Mettons que tu passes quatre ans dans un exécutif régional. Tu rates ta réélection. Qu'à cela ne tienne, tu auras droit en compensation à une rente à vie de 8'000 euros par mois**. Je dis bien: 8'000 euros. Quel que soit ton âge. Certains parleront de corruption, mais il faudrait alors parler de corruption institutionnelle. En France, la communauté urbaine de Metz compte 48 vice-présidents, tous indemnisés à hauteur de 1'700 euros mensuels, charges non comprises***. Là encore, en toute légalité. En Italie, le président de la région Sicile a plus de collaborateurs que le président Obama lui-même****. Etc. Voilà où passe l'argent. Sans compter les à-côtés. Ainsi, le sommet de l'OTAN à Strasbourg en 2009 a coûté 36 millions d'euros au contribuable français*****, soit l'équivalent de mille salaires annuels de postiers ou d'agents SNCF. Etc. Beaucoup de gens, aujourd'hui, vivent comme ça. C'est ce qu'on appelle la nomenklatura.

* Slobodan Despot, "Les huîtres", Le Nouvelliste, 8 février 2013.
** "Hauts salaires", 18 août 2006. Cf. aussi "Quelle perte", 17 novembre 2007.
*** Le Monde, 13-14 juillet 2008.
**** Le Monde, 28 septembre 2012.
***** Le Monde, 22 avril 2011.

3/02/2013

Question bête

Autrefois tu savais plus ou moins où allaient tes impôts, dit le Cuisinier. Ils servaient à financer l'école, la poste, le téléphone, les chemins de fer, etc. On pensait que ces tâches étaient d'intérêt général. Entre-temps les conceptions ont évolué. Le téléphone a été privatisé, quant aux trains, comme on sait, on a eu l'idée géniale de les mettre en concurrence les uns avec les autres, qui plus est sur les mêmes voies. Les usagers s'appellent aujourd'hui clients, et donc, très logiquement, on leur demande de passer à la caisse: cela au nom de la transparence, de la vérité des coûts, etc. Même régime ou presque à la poste. Ce n'est plus aujourd'hui l'Etat qui donne de l'argent à la poste, c'est le contraire: la poste qui donne de l'argent à l'Etat. Si elle ne lui en donne pas (ou pas assez), les directeurs sont remerciés. L'Etat te demande aussi, comme de juste, de participer au financement du traitement des ordures ménagères. C'est le principe du pollueur-payeur. Tu paies ou ne paies pas, mais la plupart des gens paient. Pour autant les impôts n'ont pas diminué. Ils n'ont cessé au contraire d'augmenter. Question bête: si l'argent que tu donnes à l'Etat ne sert plus à financer la poste, le téléphone, les chemins de fer, le traitement des ordures ménagères, etc., où alors part-il?

3/01/2013

En creux

On pourrait aussi parler d'Argo, dit l'Ethnologue*. Au point de vue qui nous occupe, les premières minutes sont peut-être les plus intéressantes. En gros ce que dit le film est correct. Il est exact, par exemple, que les Américains, au début des années 50, ont organisé un coup d'état pour faire tomber le régime du Dr Mossadegh, un nationaliste d'orientation progressiste qui les gênait. Exact encore que le régime du Shah qui lui a succédé ne s'est pas spécialement signalé par l'intérêt qu'il portait aux droits de l'homme. Les Américains font donc leur mea culpa: "mea culpa, mea maxima culpa". En même temps, ils nous disent, mais en creux: tout ça, c'est du passé, il y a longtemps que nous avons tourné la page. Nous ne nous sommes peut-être pas très bien conduits autrefois, ça c'est vrai. Nous avons organisé des coups d'état, soutenu des régimes sanguinaires, contribué activement au développement du trafic de drogue à travers le monde, financé des guerres civiles en série, planifié des assassinats politiques, etc. Mais le fait même que nous le reconnaissions aujourd'hui montre que nous avons changé. Entre-temps, nous sommes devenus très vertueux. Evidemment rien n'a changé (sinon en pire). Mais le film est là pour nous faire croire le contraire. Très bon film, d'ailleurs.

* Ben Affleck, Argo (2012).

2/25/2013

Si je devais

On parlait l'autre jour de Charlotte Corday, dit l'Avocate. Voici maintenant Zero Dark Thirty, le dernier film de Kathryn Bigelow*. C'est, pour une part au moins, un film de propagande. Mais très bien fait. On ne perd donc pas son temps en allant le voir. On dit que c'est un film sur la torture. Ce n'est pas un film sur la torture, mais sur la vengeance. C'est beaucoup plus intéressant. Je n'ai jamais rencontré Charlotte Corday, mais si je devais me la représenter, je l'imaginerais volontiers sous les traits de Jessica Chastain. Tranchante comme une lame. Ne cédant rien sur rien. Allant toujours jusqu'au bout d'elle-même. Les Américains ne font pas que se venger, dit le Cuisinier. Il leur arrive, certes, de se venger, c'est vrai, mais font plein d'autres choses encore. Je ne dis pas le contraire, dit l'Avocate. Ce que je dis, c'est que quand ils en viennent à parler de la vengeance, ils en parlent plutôt bien. De manière convaincante. On est hors réalité, dit le Cuisinier. Eux-mêmes ne croient pas un mot de ce qu'ils racontent. C'est un autre débat, dit l'Avocate.

* Kathryn Bigelow, Zero Dark Thirty (2012).

2/18/2013

C'est assez ça

Si tu vas sur leur site, tu verras que la devise de Dope-City est: "Dope-City bouge", dit l'Ethnologue. L'expression "Dope-City bouge" a été forgée au début des années 80, elle désignait à l'époque un collectif de casseurs, des gens qui saccageaient des vitrines pour le simple plaisir de les casser. C'est eux, en fait, qui l'ont forgée. La nomenklatura locale l'a ensuite récupérée. Dans L'enseignement de l'ignorance, Jean-Claude Michéa écrit: "On sait que le système a déjà réussi à imposer aux fractions les plus canalisables de la jeunesse, l'idée que bouger serait en soi une activité parfaitement définie et nécessairement vertueuse. Dans la pratique, il y a donc beaucoup de chances pour que ce que la jeunesse qui regarde Canal + appelle habituellement une ville qui bouge bien soit, en vérité, une ville que détruisent le tourisme et la promotion immobilière, où la mafia possède de nombreuses boîtes de nuit et où les téléphones portables se vendent particulièrement bien"*. C'est assez ça. D'une manière générale, on n'a plus besoin aujourd'hui de casseurs pour casser une ville. Les casseurs eux-mêmes ont fini par le comprendre. Les ex-sympathisants de "Dope-City bouge" se sont pour la plupart recyclés dans la communication, la gouvernance, parfois même la police. On mesure mieux désormais de quoi bouger est le nom.

* Flammarion, 2006, p. 105.

1/30/2013

Cinq

On est en 1943, dit l'Auditrice. Un homme marié entretient une relation extraconjugale avec une femme qui elle-même est mariée: mariée avec un homme qui, à l'époque, est prisonnier de guerre en Allemagne. C'est un amour partagé, ils se voient et s'écrivent régulièrement. Mais l'homme est pris de scrupules. Sa propre épouse est malade, il se dit donc qu'il n'a pas le droit, moralement parlant, de la quitter. S'il le faisait, il serait grandement coupable à son endroit. Grandement coupable aussi à l'endroit du mari de son amie, encore une fois prisonnier en Allemagne. On croit volontiers que les gens sont toujours prêts à tout trahir: en l'occurrence au moins, non. Passons maintenant au commentaire. Ils étaient cinq autour du micro, journalistes et enseignants-chercheurs*. L'un d'eux a évoqué la "morale de Vichy": une morale "conservatrice", comme chacun sait. Personne n'a bronché, c'est passé comme une lettre à la poste. La morale de Vichy! Ils exhibent leur belle âme, dit l'Etudiante. C'est bien de savoir à qui l'on a affaire.

* France Culture, 30 janvier 2013, 9-10 heures.

1/22/2013

Se loger

Tiens, un nouveau projet de loi, dit l'Etudiante. Ils veulent protéger la nature, et pour cela limiter le nombre des zones constructibles. Il ne faut pas construire partout. Pourquoi non. Sauf que les mêmes qui font ces propositions comptent au nombre des partisans les plus résolus de l'... de masse. On a déjà de la peine aujourd'hui à se loger: qu'est-ce que cela va être demain? Les plans sont prêts, dit l'Ethnologue. Dans un premier temps, ils réquisitionneront les logements vides. C'est déjà, en fait, ce qui se passe. Puis, dans un second temps, les logements insuffisamment occupés. Mettons que tu occupes un appartement de trois pièces: ils t'en laisseront une à disposition, mais réquisitionneront les deux autres. D'une manière générale, les gens devront s'habituer à vivre dans des appartements collectifs. Chaque famille aura droit à une pièce particulière (certaines deux: discrimination positive oblige). Les membres de la nomenklatura et leurs proches bénéficieront bien sûr de larges dérogations. C'est tout, dit l'Etudiante? Nullement, dit l'Ethnologue. De nouvelles lois seront ensuite votées, elles porteront sur la "mixité sociale". Le champ d'application actuel de telles lois, comme tu le sais, est la commune politique. A l'étape suivante, ce sera l'immeuble. Puis chaque appartement. Chaque pièce de l'appartement.


1/20/2013

Pour perdre

Quand on fait la guerre, en principe, c'est pour gagner, dit l'Auteur. Mais pas toujours. Parfois aussi on fait la guerre pour perdre. C'est à qui perd gagne, dit le Collégien? Non, pas du tout, dit l'Auteur: c'est à qui perd perd. Pourquoi faire, dit le Collégien? Pour perdre, dit l'Auteur.




1/18/2013

Eux non plus

C'est la guerre de trop, dit l'Etudiante. Ils vont vraiment cette fois avoir des problèmes. Ceux que Jupiter veut perdre, il les aveugle, dit l'Auditrice. C'est plus compliqué, dit l'Ethnologue. Ils ne sont pas à proprement parler aveugles. Aveugles, non. Ils savent très bien que ce qu'ils font est absurde. Que cela, très vite, va se retourner contre eux. Les enfoncer un peu plus encore qu'ils ne le sont déjà. Mais ils le font quand même. Je ne comprends pas, dit l'Etudiante. Eux non plus, dit l'Ethnologue.