9/19/2016

A cela peut-être

C'était hier sur France Inter, dit l'Auditrice: une tribune de critiques de films. Comme toujours, dans ces groupes endogames, il y en a un qui joue le rôle de bouc-émissaire. On l'égratigne, le houspille. On l'interrompt quand il parle, etc. Il joue aussi le rôle d'alibi. Voyez, on est en démocratie. Quinze jours plus tôt, ledit bouc-émissaire s'était permis, il est vrai sans les nommer, d'évoquer deux actrices de cinéma, de l'une disant: "la noire" (ce qui, paraît-il, ne se dit pas, c'est leur manquer de respect), et de l'autre: "la beurette" (pareil). L'animateur, d'un ton grave, est revenu là-dessus en début d'émission. De nombreux courriels lui étaient parvenus, des gens clamant leur indignation. Cher …, a-t-il dit (ils s'appellent tous par leur prénom), pourrais-tu, s'il te plaît, rassurer nos auditeurs ? dissiper les doutes affreux qu'ont suscités en eux tes propos malencontreux ? Houellebecq a intitulé son dernier roman: Soumission. On a donc eu droit à un exercice de soumission. "Si, sans le vouloir, j'ai pu blesser quelqu'un...", etc. Bien sûr, le type aurait pu dire non. Allez vous faire voir. Mais il savait que s'il le faisait, il devenait non coopté. Jamais plus on ne le réinviterait. La voix tremblante, il s'est donc exécuté. On se demande parfois à quoi ressemblaient les séances d'autocritique sous Staline ou Brejnev. A cela peut-être. Un vrai sujet de film, par ailleurs.